CHAPITRE PREMIER
Il y a ici deux personnes : i"^ celle qui craint de transmettre la maladie ou dont on doit se méfier; ^^ celle qui s'expose et veut se garantir.
Pour le premier cas, c'est-à-dire pour placer la première personne dans les circonstances les moins favorables à la contagion, on devra la soumettre aux soins de propreté les plus minutieux. Tous les tissus, toutes les parties devront être abstergées. Ici les chlorures, les savons, enfin tous les moyens de nature à agir physiquement ou chimiquement pour enlever, altérer, neutraliser les produits de sécrétions morbidef»; devront être employés. On doit décaper les parties, pour iQe mtût d'une expression maintenant usitée en prophylaxie syphilitique: -' o
^ le second cas, c'est-à-dire quand il s'agit de la personne wg^ posée saine, les moyens varieront avant, pendant el après l'acte lois rieox.
On devra s'examiner miiiutieusennent ponrêtre certain qu'il n'ettatir aucune solution de continuité aux parties. On ne saurait croire ooo^ lien la moindre éraiilure des tissus favorise la contagion. Avant k ^*^w les lotions répétées avec des savons sont plutôt nuisibles qu'util^^ elles privent les parties de la protection dusmegnia et des rnooK ^, et mettent les sarfaces complètement à nu, c'est-à-dire daosb instances les plus favorables à la contagion. Les pratieieos qui «■ ^nt ces iotîonSj immédiatement avant le coït^ n'ont pas le Oïte lenient pour celles qu'on ferait quelque temps d'avance et qui» ^i*j^ient de solutions d'alun, d'acétate de plomb et surtout df ique seul ou uni au tan* Ces astringents sont préférables nu jras seuls, comme k suif, la gritisse de porc, lesquels ont ^ flnt encore une grande réputation parmi les personnels qui sVie plus. Le condom déjà mentionné quand il a été questloDife nnonhagie est rintermédiaire le plus efficace : c'est un petit âïde baudruche ou fait avec Tappendice cœcal de certains ini- \ et dans lequel on renferme la verge. U doit être bien lavé, oeuf A* nséraillures. Cependant le condom laissant à nu le scrotum^li e de la verge, le pli génito-crural et te pubis, le pus du chancif peut atteindre et inoculer ces parties; mais quand 11 est bien lait, bien appliqué, quand il n'est pas très-poreux et qui! ne se déchire pas, il préserve d'une manière certaine de la blennorrhagîe et des affections qu'on gagne par le contact du gland avec le col utérin, lequel selon moij est la partie de la femme qui communique le plus de maladies vénériennes. Ainsi le condom est un des meilleurs préservatife; mais les moyens de l'acheter, la présence d'esprit el le calme nécessaires à son application préalable; tout cela manquant plus souvent qu'on ne pense^ fait qu'on le néglige, en général.
Il a été aussi donné des conseils pour le moment même de Tacte. Ainsi ou recommande de ne pas le prolonger, de le hâter : conseils encore inutiles dans bon nombre de cas, car il n'est pas toujours facile de prolonger, encore moins d'accélérer le coit. On a aussi conseillé Féjaculation, car ayant supposé que c'était pendant le temps qui précède rémission du sperme que la contagion avait lieu, on a pensé que le passage brusque et rapide de ce fluide faisait l'oflfice d'une injection eYpulsive qui entraînait au dehors du canal ta matière contagieuse. Ces conseils, celui qui concerne la rapidité du coït et de réjaculalion ont été donnés par de vrais praticiens et parvenus à un âge déjà assez
avancé pour avoir constaté les difficultés qu'il y a de les suivre toujours. Les précautions après Tacte doivent être promptes et très-minu-. tieuses. Ici on conseille d'abord rémission des urines. Il est vrai que, quand il y a possibilité, c'est une bonne pratique, parce que le liquide^ en parcourant, le canal entraîne avec lui la matière contagieuse qui peut être arrivée jusqu'à l'urètre. Ceux qui ont un phimosis peuvent oblitérer le prépuce avec deux doigts^ remplir la cavité préputiale avec l'urine qui sort de l'urètre et lavent ainsi la muqueuse du gland et de son enveloppe. Hais ce qu'il faut faire surtout et le faire avec le plus grand soin^ ce sont des lotions : les femmes ajouteront les injections vaginales. Les lotions doivent s'étendre sur tous les points de la muqueuse ; on devra^ s'il est possible, en explorer tous les replis, n'en négliger aucun, ne laisser rien de douteux. Ici encore il peut se rencontrer des circonstances qui mettent obstacle à cette hygiène ou qui la fassent négliger : ainsi la nécessité de fuir après le coït, une fausse honte, la crainte de blesser l'amour-propre de la personne avec laquelle on a eu des rapports, le trop de confiance en elle et Tétat d'ivresse, puis l'insouciance et les habitudes de malpropreté si fréquentes dans le peuple. Si l'on est assez heureux pour se trouver en dehors de ces circonstances et qu'on prenne les soins de propreté voulus, on a les plus grandes chances d'échapper à la contagion. Ce qui prouve ce que j'avance ici, c'est l'espèce d'immunité dont jouissent les prostituées qui ont déjà payé leur imprévoyance par une bonne vérole. Cette immunité ne provient pas, comme l'a toujours cru H. de Castelnau, d'une espèce de saturation syphilitique; elle est le plus souvent le résultat des précautions que ces femmes prennent avant le coït et après, des lavages, des cosmétiques dont elles font un usage très-répété. Voilà ce qui fait qu'on ne voit pas retourner ces femmes aux hôpitaux spéciaux. Il y a aussi une autre raison, et celleci tient à un abus dont je parlerai plus tard : il est de ces femmes qui, quoique inscrites à la police, trouvent les moyens de se faire traiter chez elles ou dans les maisons de tolérance.
Les acides mêlés à l'eau ont été très-anciennement conseillés comme pouvant constituer d'excellentes lotions. Déjà Lanfranc, en 1290, ordonne de laver la verge avec l'eau vinaigrée. Le passage de cet auteur que je vais citer est non-seulement remarquable au point de vue hygiénique, mais encore au point de vue histonque, car il a été considéré comme une preuve en faveur de l'ancienneté de la vérole. Voici ce passage : « Si quis vult membrum ab omni corruptione a servare, cum recedit a muliere quam habet suspectam de immuna dicitia, lavet illud cum aqua aceto mixta. »
Après ianfianc, ïlarissciri de Gmidesden, Fallope, viintèrent rurijie, le vin, lequel » été beaucoup préconisé dans ces tlerniors temps par M*Ricord, surtout le vin aromïitique* ï'eyiilhe conseillait rammoniaque, M* Malapert vante une solution de de uto chlorure de mercure. En Angleterre on est assez dao8 Tusage de lotionner les parlîeâ a\ec une eau rendue légèrement caustique par le savoïi et quelques graim d'ûlcali fixe. Les hommes slnjectcnt un peu de cette solution dans rurètre, ce que Je crois une mauvaise pratique, car la muqueuse aréirale s' irritant avec facilité, on peut ainsi déterminer une urélriie qui, sans cela, pcut-tMrc, ne se serait pas déclarée*
En Bdgtqueil est prescrit aux maisons publiques, par un arrélédu bourgmestre, de placer ^ dans ctiaquo chambre des maisons de toléranci^ un ilacon d'huile et une bouteille d'une solution de sous cariM)nate liquide.
M* Rleord ^'eât livré k des expériences pour contiatlre ractîon île c^flaîries substances sur le pus virulent. Quand II a inoculé ce pus mwiangé à un alcali ou ti uti acitle un pru conceulréSj les résultais dtî ll&oculation ont été nuls* Ces snbii^tances décomposent te pus^ non qu'elles aient des vertus spédliqucs spéciales comme quelques per< sonnes Tonl pensé, mais par leur propriété de détruire les maltères ou les produits organiques sans distinction d'espèce. Les acides sulfurique. nïtnqtie, cliloHiydnque* :u.'elîqui\ les chlorures purs mêlés ii du pu*; virulent ont aussi empêché celui-ci d'agir par Tinoculation. Tandis que sur un même sujet on inoculait le pus pur qui donnait la pustule, le pus altéré par une des substances déjà indiquées, restait sans effet, placé tout à côté du premier et dans les mêmes conditions de succès, sauf Tagent neutralisant, i^s caustiques alcalins, la potasse, la soude, Talcali volatil, le vin, Talcool, les décoctions concentrées de tan ont fourni les mêmes résultats.
On sait que Luna-Calderon fit des expériences publiques à Thôpital des Vénériens à Paris pour prouver la vertu préservatrice d'une substance qu'il avait inventée. Ce médecin ratissait ou incisait son prépuce sur un point qu'il couvrait de pus virulent. Si, après cette inoculation, il appliquait son préservatif, il ne survenait point de chancre; s'il ne l'appliquait pas, le chancre avait lieu et quelquefois avec bubon. Luna-Calderon a emporté son secret dans la tombe ^.
H. Langlebert a cru aussi trouver un moyen prophylactique. Le voici :
* Voyez Démonstration pratique de la prophylaxie syphilitique, o**thentiguement e<mstatée par Loua Galderon, Paris, I8i6.
Alcool rectiflé à 40 degrés Cartier ou 05 Gay-Lussac 40 grammes.
Savon mou de polisse avec excès de ))ase 40 grammes.
Faites dissoudre et filtrez; puis, ajoutez:
Huile essentielle de citron rectifiée !20 grammes.
M. Langlebert raconte ainsi les expériences qu'il a faites :
(( Lundi dernier^ 14 juillet, je pris du pus à la surface d'un chancre phagédénique, à base indurée, et je l'inoculai aussitôt sur la cuisse gauche de M. R...; puis, trempant de nouveau ma lancette dans le même pus, je ratissai la cuisse droite, de manière à enlever, sur une petite étendue, Tépidernie et une partie de la surface du derme. Cela fait, voulant, pour assurer ma conviction, mettre contre mon procédé toutes les chances défavorables, je trempai une seconde fois et à plusieurs reprises, ma lancette dans le pus virulent, que je déposai ainsi tout chaud, tout vivant, pour ainsi dire, et couche par couche^ dans la plaie que j'avais faite. J'attendis ensuite cinq à six minutes, et j'appliquai mon préservatif.
a Le lendemain, le pus inoculé à la cuisse gauche avait produit son effet habituel : une papule enflammée, surmontée déjà d'une petite vésicule, se montrait au point piqué ; tandis que la cuisse droite inoculée, je le répète, avec les circonstances les plus favorables à l'action du virus, ne présentait rien, si ce n'est une petite croûte sèche recouvrant la plaie que j'avais faite.
« Cette épreuve m'avait donné une telle confiance dans l'efficacité de mon procédé, que je n'hésitai pas à en faire une expérience publique. Vendredi dernier, 18 juillet, à une des séances de mon cours, je me ratissai le bras gauche avec une lancette trempée dans le même pus, et dont j'avais la veille essayé la virulence en inoculant un singe qui porte actuellement un chancre parfaitement développé* Je fis immédiatement la même opération à deux de mes élèves^ MM. Albanel et Moreau, qui me le demandèrent spontanément. Après six minutes, j'appliquai mon préservatif, et aujourd'hui lundi, âl juillet, rien n'a paru, si ce n'est la petite croûte sèche recouvrant les écorchures *. »
Pour juger les moyens prophylactiques que je viens de faire connaître, il faut les placer dans deux circonstances principales : 1° quand le pus est seulement déposé sur une surface sans solution de continuité ; 2* quand il y a eu solution de continuité ou une manifestation locale^ un effet du virus.
> Voyez Lettre adressée le 33 Juillet Ittl * ' * ^ médecine, par le docteur
Langlebert *•*
Il est évident que^ dans le premier cas^ Taction niécanique peut suffire ; ainsi ^ des lotions à grande eau peuvent entraîner, chasser rhumeur et empêcher la contagion. Tout dépend de l'exactitude et de la promptitude du lavage, enfin des soins de propreté. On peut joindre à l'eau les substances alcalines, acides, que j'ai indiquées ; on peut lesremplacer parle vin aromatique. Mais je doute qu'à faible dose on obtienne un effet réel. Pour tuer le virus, il faut que ces substances aient une assez grande activité; elles doivent être comme celles que M. Ricord mêlait au pus qu'il allait inoculer, ou bien leur effet se réduit à une action simplement physique. L'eau seule peut donc les remplacer toutes. Eh bien, ce moyen d'un emploi si simple, qui se trouve partout, est le plus souvent négligé. Et on prétend soumettre ceux qui le négligent à l'application minutieuse d'un moyen qu'il faut acheter , porter sur soi et appliquer avec une certaine méthode !
Dans le second cas^ c'est-à-dire quand il y a solution de continuité, action quelconque du virus, le lavage seul ne suffit pas ; mais les aotoes moyens parviendront-ils là où est le virus et partout où il se trouve? C'est alors que des moyens comme celui de Luna-Calderon, etc., s'olTrcnt avec leurs plus grandes prétentions. Je doute que ce soient là de vrais, de sûrs préservatifs, car si certaines substances peuvent détruire la virulence du pus en atteignant le virus même, avant rinoculation, en dehors de nos tissus, je doute qu'il en soit do même, quand ce même agent osl inséré sous la peau et déjà en rapport avec l'organisme. Après avoir expérimenté les moyens qui ont une action puissante sur le pus virulent au point de le décomposer. M. Uicord dit : a Mais si ces substances peuvent être regardées comme prophylactiques par les conséquences qu'elles ont amenées avant rinoculation, il faut être bien prévenu que les elîets n'avaient lieu que lorsque le mélange avait été fait avant ou à l'instant de l'inociilation; car, dès que le pus virulent a été implanté dans les tissus, si on peut s'exprimer ainsi, et que ceux-ci sont infectés, à moins de détruire, par une véritable cautérisation, les parties à une profondeur qui dépasse celle des points qui ont été contagionnés, la neutralisation n'a pas lieu et le chancre se développe. D'après les résultats rigoureux de l'inoculation, ajoute cet expérimentateur, on ne peut compter sur refficacitr des moyens prophylactiques que nous venons d'intliquer, que pour détruire le pus virulent qui n'aurait encore été que déposé sur une surface saine, ou bien détruire momentanément une sécrétion virulente sur un individu qui sans cela peut communiquer du mal.
Quant au moyen de M. Langlebert^ il est soumis à une commission
de rAcadémie de médecine; je ne voudrais donc rien préjuger ici.
Mais on a vu quMl ne s'est passé que six minutes entre l'inoculation et l'application du préservatif. H faut donc qu'il soit appliqué en toute hâte après la contagion^ laquelle peut, remarquez-le bien^ avoir lieu au commencement d'un coït qui peut durer plus de six minutes. Si le côît est hâtif et que le préservatif soit immédiatement appliqué^ il peut n'agir alors que physiquement, en délayant, en entraînant, en expulsant la matière virulente. Dernièrement H. Rodet, dans un discours d'apparat, a préconisé le perchlorure de fer. 11 parle de ce préservatif comme d'une découverte. J'ai eu soin de souligner la forme de discours dans lequel cette révélation a été faite.
Je dois ajouter d'ailleurs que même la cautérisation de M. Ricord ne m'inspire pas une grande confiance. En décrivant le chancre et son traitement dans la première section de ce livre, j'ai montré avec quelle rapidité le virus pénétrait dans l'économie, j'ai fait mention de ce fait remarquable offert par M. le professeur Duméril qui, piqué par une vipère, éprouva immédiatement les effets généraux du venin malgré la succion, la cautérisation de la plaie faites immédiatement par son fils* Or on sait que de tout temps on a comparé l'inoculation du virus syphylitique à l'inoculation du venin de la vipère, et la justesse de cette comparaison a été reconnue, surtout par M. Ricord. Je crois donc que cet expérimentateur s'avance un peu quand il dit que la cautérisation d'une plaie qui vient d'être inoculée par un pus syphilitique empêche la production du chancre; il s'avancerait beaucoup trop s'il disait que cette cautérisation peut empêcher la production d'une vérole, car il oublierait ce qu'on a enseigné sur la rapidité de la pénétration dans l'économie des virus, sur la généralisation de leurs effets, surtout s'il conseillait d'aller par la cautérisation à une profimdeur qui dépasse celle des points qui ont été contagionnés, car à l'instant tout est contaminé.
On voit donc à quoi se réduit la prophylaxie individuelle ; elle se réduit dans ce qu'elle a de plus sérieux et de moins incertain, à des soins de propreté. Interrogez tous ceux qui sont malheureux : tous vous diront qu'ils ne se sont pas soumis à cette simple règle d'hygiène. Et on veut que ceux qui négligent de simples lotions avec un liquide qu'ils ont toujours sous la main aillent chercher et appliquer méthodiquement des poudres, des chlorures, des caustiques I H faut qu'on sache aussi que la plupart des autres préservatifs se présentent sous l'égide de l'inoculation qui est un moyen très-infldàl^ «"rtoui depuis qu'il a été si bien prouvé que le pus ebancreux ne i^ ■**
et qu'il est des individus réfiractaires au pus le i^
Je n'ai rien à ajouter ici sur la vaccination sj]
par le pus du chancre, ni sur celle de H. Diday par le sang d'un individu parvenu à la troisième période de la syphilis, parce que j'en ai déjà assez parlé dans les notions préliminaires et parce que j'ai prouvé dans la deuxième section de ce li\ re qu'on pouvait avoir plusieurs fois la- vérole. On pourrait donc obtenir celle de l'inoculation expérimentale et prendre celle de Tinoculation physiologique. Il est bien entendu qu'en parlant de la possibilité d'une vérole par l'inoculation, je ne fais allusion qu'à celle de M. Auzias, car celle de H. Diday a été jugée très-innocente : elle ne pourrait nuire qu'en donnant au vacciné une fausse sécurité.