‹ Traité des matières colorantes (volume 2)Chapitre 23 sur 110 · Partie solnble · texte numérisé non relu

Partie solnble

Chlorures^ carbonates, sulfates alcalins.

Carbonate de chaux 3,06 0,08

Phosphate de chaux et un peu d'alumine 0,08 1,33

Silice 0,09 0,06

Le carbonate de chaux de la cendre de la garance d'Avignon préexiste dans la poudre, au moins en partie, et n'est pas tout entier formé, par incinération des sels de chaux à acides organiques. Cette garance n-offre, en effet, pas de réaction acide; sa couleur est un peu violacée ; par Tébullition avec Teau, elle dégage de Tacide carbonique et fait en* suite encore effervescence avec Tacide acétique.

Dans ta garance d'Alsace, qui a une teinte jaune claire^ nne réaction franchement acide (acide organique)^ et qui ne fait pas effervescence avec les acides, il n'y a pas d;e carbo<nate de chaux naturel. Ce sel est donc nécessaire pouit obtenir des nuances solides.

Reste à savoir si son rôle se borne à saturer Tacide libre de la garance , ou s'il intervient d'une autre manière ; c'est ce que nous examinerons plus tard.

La garance d'Alsace renferme plus de principes mucilagineux, sucrés, amers et plus de purpurine (jue la garance d'Avignon. Elle cède à l'eau ses parties colorantes à une moindre température.

La présence du carbonate de chaux dans les racines de garance dépend évidemment de la nature du sol, et, pour s'en convaincre, il suffit de se reporter à l'analyse des terres d'Alsace et de Palud que nous avons dor.née plus haut.

On pouvait donc espérer qu'en amendant convenablement, avec des calcaires marneux, les terres d'Alsace, on parviendrait à leur faire rendre des produits égaux à ceux d'Avignon. Pour vérifier ces déductions, on planta en mars 1834, dans le jardin botanique de la société industrielle, des boutures de garance d'Alsace et d'Avignon : 1** dans une terre préparée avec 50 à, 80 pour 100 de blanc de Troyes, et 1/S du volume en fumier; 2"* dans de la terre venue d'Avignon; 3° dans la terre d'Alsace non calcaire. Tous les produits cultivés dans les terrains calcaires, récoltés en novembre de la même année, donnèrent en teinture des résultats comparables en solidité à ceux des bonnes garances paluds. Les différences observées dépendaient de l'âge ; tandis que les échantillons des terrains non calcaires se comportaient comme la garance d'Alsace. Il résulte de là que le climat n'a pas d'influence sensible sur l'assimilation de la craie, au moins pour la première année. Celle-ci est d'autant plus grande que les racines sont plus vigoureuses et plus âgées.

Les différences signalées résident surtout dans la solidité des couleurs ; quant à l'intensité, mesurant la quantité utilisable de matière colorante et à la dose absolue de cette dernière, il est difficile d'établir une comparaison d'une espèce à l'autre. En effet, d'après les essais de M. H. Schlumberger, une même espèce peut offrir des variations de 60 pour dOO

dans le pouvoir tinctorial, tandis qu'en comparant les meilleures qualités prises dans les différentes espèces, on ne trouve pour ainsi dire aucune différence. On peut en conclure que les bonnes garances d'Alsace, de Zélande, de Belgique, d'Avignon, etc., ont un pouvoir tinctorial équivalent. Ce facteur dépend d'une foule de circonstances, telles que le climat, le temps où la racine reste en terre, les variations des conditions atmosphériques pendant la végétation, la manière de sécher les racines, les soins apportés à, leur trituration et à leur conservation.

Au point de vue de la solidité des nuances, dérivant de la présence ou de l'absence de calcairedans laracineetle terrain, les garances de Zélande et de Belgique (Hassell) se rapprochent tout à fait de celles d'Alsace. Il en est de même des produits de la Silésie, du Bonat, du Rhin et jusqu'à un certain point de la garance rosée d'Avignon cultivée dans des terrains siliceux. Les garances de la mer Caspienrie, cultivées dans le district de Derbent, ont une teneur en chaux égale ou inférieure à celle de l'Alsace, d'après les analyses de M. Petsholdt. La garance dite du Levant appartient au type Avignon.

L'âge de la racine influe beaucoup sur la quantité de matière colorante rouge et sur la solidité des couleurs. C'est vers la fin de la troisième année que la racine doit être récoltée. Dans la première et la seconde, les parties jaunes ou fauves sont beaucoup plus abondantes que dans la troisième, et les parties rouges le sont moins. Cette opinion, généralement admise par les cultivateurs et formulée par M. D. Kœchlin, n'est pas d'accord, au moins en ce qui touche les racines cultivées dans un terrain non calcaire, avec les essais faits à Mulhouse. Ainsi, on planta au jardin botanique de la société industrielle des garances pendant quelques années, en laissant les anciennes racines en terre et en replantant à chaque printemps de nouvelles, par boutures. On récolta à la fois toutes les racines des différents âges, soit

espèces d'Alsace, soit espèces d'Avignon, et Ton trouva que les racines d'une seule année de terre (plantées en mars et récoltées en novembre), étaient à très-peu de chose près aussi riches en matière colorante que celles de 4eux, de trois et même de cinq ans. Les racines de l'espèce AlsacjB ont donné des nuances un peu plus foncées que celles d'Avignon. Avec addition,de craie, les résultats étaient tout aussi solides.

Les jeunes pousses de l'espèce d'Avignon donnant des couleurs aussi foncées que les racines, mais elles exigent un peu plus de craie. .,

Pour les garance? cultivées dans un terrain cçJcaire, le résultat n'est pas le même, car l'assimilation du calcaire est d'autant plus grande, que les racines sont plus vigoureuses et plus ancienues. Ainsi, il est bien prouvé que les garances paluds sont plus calcaires el doni>ent des couleurs, plus vives et plus solides lorsqu'elles ont trois années de. terre que lorsqu'elles n'ont qu'une année et demie, et ces dernières sont plus avantageuses que celles de six mois.

En Allemagne, on emploie sous le nom de Roethe une qualité de garance inférieure qui se compose de racines récoltées avant leur maturité. Elle ne fournit que des nuances peu solides, et ne sert que pour les teintures communes, pour brunir et pour rougir.

Influence de la trituration de la poudre,. —L'influence delà préparation sur la solidité , et la richessje, abstraction faite de tout nçiélange hétérogène, dépend du soin .que l'on apporte à séparer les diverses parties et le chevelu. Quelques fabricants broient avec la racine la partie de la tige qui, restée sous terre pendant, La culture^, en a pris la couleur, sans participer à ses ,pi:opriétés. tinctoriale^. Ils augmentent ainsi le poids de lagaxançe,au,détria?ient d^sa richesse. . .,...,.

L'écorce donne trois fois plus de couleur rouge que le ligneux ; elle est plus épaisse dan^ Iç^ planâtes mûres, quje

dans les jeunes pousses. A la troisième année, son épaisseur est du tiers du rayon. Elle est d'un brun foncé et plus pesante que la partie ligneuse.

Les fabricants cherchent principalement à séparer, pendant la trituration, les parties ligneuses et charnues de Tépiderme. Le plus ou moins de pureté de l'une de ces parties, ou leurs proportions respectives dans le mélange du ligneux et de Técorce forment les diverses qualités. Celles-ci, provenant d'une même racine , outre les différences dans la richesse colorante, donnent des résultats variables au point de vue de la solidité, puisqu'il se peut que le carbonate de chaux soit distribué inégalement dans la racine. Ainsi le ligneux de la racine d'Alsace teint plus solide que l'écorce charnue. Pour certaines teintures fines, on préfère la partie centrale, quoiqu'elle soit moins riche.

Influence de Vâge de la poudre. — Une longue pratique a démontré, qu'un produit conservé quelque temps en tonneau rend mieux en teinture que lorsqu'il est fraîchement préparé. Ce fait est déjà signalé dans la traduction allemande de Bancroft. Dingler et Kurrer disent que les garances moulues et conservées dans des tonneaux bien fermés s'améliorent pendant plusieurs années , qu'elles y gagnent de 2 à 5 pour 100 en poids et un tiers en faculté tinctoriale. Cette amélioration, d'après les auteurs cités, atteindrait son maximum de la troisième à la quatrième année. A partir de la sixième, elle commencerait à se perdre. Les essais directs de M. H. Schlumberger ont pleinement confirmé ces intéressantes observations. En teignant avec des racines fraîches ou vertes sortant de terre et un poids équivalent des mêmes produits séchés et, pulvérisés rapidement, de suite après la récolte, ce chimiste a trouvé des résultats identiques, ou même plutôt en faveur des racines vertes. Les mêmes produits, conservés dans des flacons en verre, bouchés avec du liège, ont accusé, après trois ans, un gain en matière colorante de oO à 60 pour 100. En grand, pour la II. 11

garance conservée en tonneau, on trouve généralement que 100 kilogrammes de garance de deux ans équivalent à 120' kilogrammes des mêmes produits de deux mois de tonne. Des garances de qualités médiocres de dix années de tonneau lui donnèrent des résultats équivalents à ceux de garances de première qualité. Les racines conservées entières offrent des effets semblables , l'amélioration s'y accuse même plus tôt.

Voici, en résumé, les changements physiques que subissent les garances depuis le mome;it de leur récolte :

1° La matière colorante devient rouge, de jaune qu'elle était d'abord.

2° Les garances pulvérisées et conservées dans de bons tonneaux augmentent de poids pendant quelques années, et perdent de leur gain pendant les suivantes. Leur nuance continue à se foncer par l'âge.

3° Certaines garances riches eu principes sucrés et mucilagineux, celle d'Alsace par exemple, s'agglomèrent et se durcissent. On dit alors qu'elles sont mûres ou grappées.

L'augmentation de poids, éprouvée par les garances en tonne, ne peut tenir qu'à une absorption d'humidité, due aux principes hygroscopiques qu'elle renferme. Dans des flacons bien bouchés, ce changement n'est pas observable.

Sous la double influence de l'oxygène interposé et de l'humidité absorbée, et parallèlement à cette absorption, il s'établit une fermentation lente qui donne lieu au dédoublement des glucosides colorants, jaunes; de là le gain en matière colorante.

Le rôle de l'oxygène dans les modifications que subissent les principes colorants n'est pas douteux, lorsqu'on voit le suc jaune de la racine se troubler et devenir rouge dès qu'il est exposé au contact de l'air. Il est probable, d'après cela, que les principes se trouvent, dans la plante vivante, dans un état particuUer de désoxydation. Mais l'oxydation ne se poursuit probablement pas activement, lorsque

la garance, une fois moulue, est mise en toùneau. Le phénomène principal revient alors à cette fermentation particulière, due à la matière azotée, modifiée par l'air, qui possède le pouvoir de dédoubler les glucosides.

Le rapport remarquable que nous avons fait ressortir, entre la composition des diverses matières colorantes rouges, pourrait faire penser que pendant cette fermentation la pseudopurpurine et la purpurine sont susceptibles de se changer, par voie de réduction, en alizarine ; mais aucun fait chimique ne permet encore d'adopter cette hypothèse comme probable.

Essais des garances^ fleurs de garance^ garancine , extraits^ etc. — Comme nous l'avons vu plus haut, de nombreuses circonstances peuvent influer sur la richesse colorante d'une garance d'origine donnée, et sur la solidité des teintes qu'elle est susceptible de fournir. A ces causes naturelles de variations , nous avons encore à ajouter les sophistications pratiquées dans le commerce des poudres.

C'est pendant la pulvérisation, que certains fabricants peu consciencieux mélangent aux garances diverses substances de médiocre valeur, qui en augmentent le poids sans en changer la couleur.

De semblables falsifications peuvent nuire, aussi bien à la pureté et à la beauté des couleurs qu'à la richesse tinctoriale du produit.

Il était donc urgent de trouver une méthode d'essai permettant d'évaluer rapidement les qualités et la richesse d'une garance ou d'un de ses dérivés.

Dans l'examen d'une garance, nous avons trois choses à déterminer ;

1* La valeur de la matière pour l'industriel qui la consomme, et dans les conditions où elle est employée, valeur qui se fonde sur la quantité utilisable de la matière tinctoriale et sur la solidité et la pureté des nuances ;

2° La quantité absolue de matière colorante renfermée dans la poudre ;

3° La présence de substances étrangères et la dose de ces substances.

La première question intéresse le plus le consommateur; c'est aussi celle qui a trouvé la solution la plus pratique et la plus complète, grâce aux beaux travaux de M. H. Schlumberger. Pour ce qui est de la seconde, il peut être utile dans certains cas de l'éclairer ; malgré le grand nombre de procédés proposés, on peut dire qu'elle n'est pas résolue d'une manière convenable,

PROCÉDÉ DE M. SCHLUMBERGER POUR DÉTERMINER LE POUVOIR TINCTORIAL UTILE d'uNE GARANCE ET D'uN DE SES DÉRIVÉS AINSI QUE LA SOLIDITÉ DES TEINTES.

Une teinture faite avec une dose connue et constante de garance et une surface constante d'un tissu mordancé avec les divers mordants usités (mordants d'alumine pour rouge et pour rose, mordants de fer pour noir et pour violet, mordant puce) , la comparaison du résultat obtenu avec celui que donne une bonne garance prise pour type ; tels sont, en quelques mots, les moyens simples usités pour l'essai des garances, fleurs de garance, garancine, etc.

Le rapport entre la surface mordancée et la matière tinctoriale doit être tel que le mordant ne soit pas complètement saturé, afin de permettre l'évaluation de richesses dépassant le type ; il doit l'être assez pourtant, pour que l'on puisse estimer la vivacité des nuances sortant de teinture et les soumettre aux avivages, pour en examiner la solilidité.

Cette dernière opération est d'autant plus indispensable, qu'elle ramène souvent les nuances à un rapport inverse de celui de leur intensité primitive.

On emploie ordinairement pour un essai : 2S centimètres carrés de tissus imprimés en mordants, par bandes parallèles (mordants pour rouge, pour rose, pour noir et

pour violet. Ils doivent être parfaitement fixés en bouse ou silicate et bien dégorgés) ; 10 grammes de garance ou 5 grammes de fleur et un litre d'eau distillée ou d'eau pure. Avec la garance d'Alsace, il est nécessaire d'ajouter de la craie. La pesée de la gaVance doit se faire au moins à i centigraname près. On teint simultanément avec des poids égaux de garance ou de fleur type et des produits à essayer, afin que les conditions soient bien égales. L'appareil dont on se sert, se compose d'une grande bassine en cuivre ou en fer battu dont le couvercle présente deux ou un plus grand nombre d'ouvertures assez larges pour y fixer des vases en verre de 1 litre , 2 décilitres de capacité dans lesquels la teinture a lieu. Ces vases sont chauffés par l'eau du bain-marie. On chauffe soit à la vapeur, soit sur un fourneau à charbon, en montant progressivement de 25 à 9S degrés centigrades, pendant deux heures. La limite supérieure doit être maintenue une demi-heure. Chaque vase est muni d'un agitateur que l'on met en activité toutes les cinq minutes, afin de renouveler les surfaces et d'obtenir des teintes unies. Les échantillons sont marqués par des trous coupés dans la partie blanche. Au sortir du bain, ils sont bien lavés et dégorgés, séchés, repassés et partagés en deux moitiés dont l'une est conservée et l'autre avivée. La première permet de juger de l'intensité avant l'avivage et de la pureté des blancs après la teinture. La seconde sert à déterminer la solidité.

L'avivage se compose :

1" D'un passage d'une demi-heure dans un bain de savon, à 75 degrés centigrades, monté avec 10 grammes de savon mi-blanc et 4 litres d'eau, pour 8 échantUlons ;

^ D'un passage au savon bouillant, une demi -heure, monté comme le premier ;

3* D'un lavage à l'eau ;

4"" D'un passage de dix minutes dans un bain de nitromuriate d'étain, monté avec 5 grammes de savon et

5 granames de nitromuriate d'étain, pour 4 litres d'eau, et chauffé à 45 degrés centigrades, de là on passe immédiatement en :

5"* Savon boiiillant (1 Ogrammes de savon pour 4 litres d'eau), une demi-heure. Enfin on laVe, on sèche et on compare.

A propos de l'essai des fleurs de garance, M. G. Schaeffer fait remarquer que depuis que leur emploi s'est généralisé, leur valeur tinctoriale a baissé. Bien souvent la fleur est encore chargée de matières solubles et de quantités d'acide sulfurique très-appréciables. Avec, de pareils produits on est exposé à, de grandes irrégularités dans la fabrication, et il est impossible d'obtenir, surtout pour les violets, cette pureté de nuance qui fait le mérite de la véritable fleur.

Les essais faits pour évaluer la richesse et la solidité du produit ne correspondent pas toujours aux résultats obtenus en grand : la quantité d'eau employée pour les essais en petit étant environ huit fois plus grande que celle pour la teinture des pièces, il est évident que l'action des substances étrangères et de l'acide doit être moins sensible.

Il importe avant tout de savoir si le produit est débarrassé de ses matières solubles, avant de procéder à des essais de teinture. M. Schaeffer propose à cet effet le moyen suivant :

Il fait macérer avec de l'eau qudques grammes de la fleur à essayer et filtre. Les eaux de lavage des fleurs dont le rendement et la beauté des nuances étaient reconnus inférieurs, se trouvaient sensiblement colorées. Le nitrate de baryum y donne un précipité assez abondant. Chauffées avec de l'acide sulfurique ou chlorhydrique, elles donnent une coloration verte très-prononcée.

Pour les fleurs donnant les meilleurs rendements et les plus belles teintes, les eaux de lavage sont peu colorées et neutres : elles ne précipitent pas par le sel de baryte, elles ne prennent qu'une légère coloration rose avec Pacide sulfurique, et jaunâtre avec l'acide chlorhydrique. Dans l'essai par voie -de teinture, il convient de faire une double expérience,

l'une avec 1/5 environ de craie et l'autre sans craie. Avec les garances la tempiérature doit être élevée graduellement, sans jamais rester stationnairé ni descendre : une irrégularité de cette nature n'a pas d'influence lorsque l'on opère avec les fleurs.

Essai des garancines, — On prend pour 25 centimètres carrésde tissumordancé,l*',6degarancineet 3/4 delitred'eau. On teint une heure et demie en montant de 25 à 90 degrés centigrades: onlaveaprès teinture et on passe en eau chaude.

Les produits plus concentrés, tels qu'extraits divers, alizarine verte, etc., peuvent être examinés de la même manière, en ayant soin d'en prendre un poids tel que l'échantillon ne soit pas saturé complètement, ce à quoi l'on arrive en teignant plusieurs doses décroissantes et en prenant, pour l'évaluation, l'échantillon qui offre la nuance immédiatement inférieure à celle de deux essais consécutifs de même intensité. Il est bon de délayer les extraits résineux dans de l'alcool, afin de favoriser la dissolution de la matière colorante et sa division dans le bain. Enfin, d'après les observations de M. G. Kœchlin, il est nécessaire, pour arriver à des résultats exacts, de graduer la quantité d'eau suivant la richesse et la concentration du produit. En règle générale, la quantité d'eau employée dans la teinture doit être d'autant plus faible, jusqu'à une certaine limite, que la matière colorante est plus concentrée.

Ainsi avec un extrait teignant comme 16 à 20 fois la garance, 250 centimètres cubes d'eau suffisent pour un échantillon de 25 centimètres carrés et la dose d'extrait convenable pour le teindre.

Le procédé de M. Schlumberger, modifié légèrement suivant la nature des substances, ne donne qu'une comparaison par rapport à un produit type. Si l'on a soin de former une gamme chromatique décroissante, avec des poids connus de plus en plus faibles du type, le résultat de l'essai fait avec la dose normale (10 grammes de garance, 5 grammes de fleur,

l'%6 garancine) tombera, quant à Tintensité, avant et après l'avivage, entre deux numéros de la gamme et pourra se classer d'après ces numéros mêmes.

Si nous avons, par exemple, la gamme de fleur teinte avec :

iV 2 é^sos

et si la teinture faite avec 5 grammes de la fleur à déterminer tombe entre 2 et 3, on pourra dire que 5 grammes de cette fleur valent entre 4«%5 et 4 grammes du type, ou en moyenne que la fleur vaut 83, le type valant 100.

Évaluation de la quantité absolue de matière colorante. — Nous perdrions notre temps à décrire tous les procédés imaginés pour arriver à ce résultat. Aucun d'eux ne résout la question d'une manière satisfaisante , vu qu'ils fournissent toujours, pour la pesée, la matière colorante encore impure et mélangée à plus ou moins de substance résineuse. Ces procédés exigent, de plus, des manipulations longues et difficiles et qu'il est par conséquent impossible d'appliquer en fabrique, oîi l'on a toujours un grand nombre d'essais de ce genre. Une bonne méthode approximative a été proposée par M. Schlumberger, elle est basée sur le pouvoir dissolvant de l'acide acétique indiqué, déjà en 1829, par un anonyme , pour l'extraction de la matière colorante.

On pèse 10 grammes de garance qu'on met dans un flacon, avec SOO grammes d'eau distillée à 30 degrés centigrades et un peu de levure de bière. On laisse fermenter pendant vingt-quatre heures, puis on filtre et on lave avec de l'eau aiguisée de 1/50 d'acide acétique.

On peut aussi négliger la fermentation et macérer et laver avec l'eau acétique. Cette opération préalable est inutile pour la fleur.

Le résidu est bouilli avec un litre d'acide acétique à 1/2 degré Baume, pendant dix minutes; on décante, après repos, sur un filtre et on traite par une nouvelle quantité d'acide acétique. Les deux solutions abandonnent par refroidissement des flocons oranges et Feau mère retient du colorant qu'on précipite complètement par addition de chlorure de sodium. Le dépôt est recueilli sur un petit filtre taré, lavé à Teau pure, séché et pesé.

Ce procédé a fourni à M. Schlumberger 4«%1 à 4«',2 de colorant, pour 1 00 grammes de bonnes garances d'Avignon , d'Alsace, de Hollande ou de Belgique; tandis que les garances de qualités inférieures donnaient 1*%9 à 2'%7 de précipité. Les garances nouvelles, d'un faible pouvoir tinctorial, donnèrent 3*',8 à 4'',2, c'est-à-dire autant que les bonnes anciennes, parce que l'ébullition avec l'acide, en dédoublant les glucosides, ramenait ces garances nouvelles au même état que les anciennes.

Le produit déposé dans l'acide acétique, contenant tout le colorant de la garance, pourrait fournir par son poids une donnée certaine, mais seulement comparative, s'il était prouvé que la résine et le colorant s'y trouvent toujours dans le même rapport. Dans ce cas il suf&rait de déterminer une fois pour toutes la proportion des deux principes.

Les progrès de la science rendent plus exigeant, et il conviendrait de pouvoir doser exactement l'alizarine, la purpurine, la pseudopurpurine, la matière orange contenue dans une garance. Une méthode si riche en résultats est encore à trou ver.

Examen des garances au point de vue des falsifications, — Quelle que soit la nature des poudres étrangères mélangées par fraude aux garances, elles ne peuvent influer sur le résultat final de l'essai de teinture, si l'on a soin, comme nous l'avons prescrit plus haut, d'aviver au savon et au nitromuriated'étain. En effet, les couleurs rouges étrangères qui peuvent se fixer aux mordants et simuler ainsi, au sortir du

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bain, une richesse mensongère, ne résistent pas, comme Talizarine et ses congénères, aux agents énergiques de ravivage, et disparaissent complètement en colorant les bains de savon et de nitromuriate.

Voici la liste des produits étrangers qui ont été trouvés dans la garance.

Substances minérales. Substances Tégétales.

Brique pilée, ocres jaune Sciure de bois de campôche.

et rouge , sable jaunâ- Coques d'amandes. — ' d'acajou, tre, argile ou terre ar- Son, — santal,

gileuse jaunâtre. Écorce de pin. — sapan.

— Brésil.

— jaune, etc.

Cette nomenclature peut s'étendre suivant Tesprit plus ou moins inventif des sophisticateurs.

L'incinération complète, dans un creuset de platine, d'un poids connu de garance (5 à 10 grammes ) et la pesée des cendres permettent de découvrir la présence des substances minérales, vu que le poids des cendres normales varie de 5 à 9 pour 100. Leur analyse qualitative, faite d'après les règles connues, conduira à la solution complète du problème.

Pour reconnaître la nature des poudres tinctoriales ajoutées, on peut suivre le procédé de M. Pernod, d'Avignon.

On plonge, pendant une minute, une feuille de papier blanc dans un bain faible de bichlorure d'étain. On pose cette feuille sur une assiette ou une plaque de verre, et on la saupoudre à l'aide d'un tamis avec la garance à essayer. Au bout d'une demi-heure, on remarquera sur tous les points du papier occupés par les parcelles de bois étrangers les colorations suivantes :

Bois de Brésil. Points rouge-cramoisi.

Campôche. Taches violettes.

Cuba. Taches jaunes.

Garance. Légère couleur jaune.

Pour apprécier la présence de substances astringentes, on se sert d'un papier imbibé de sulfate ferroso-ferrique et humecté avec de Talcool. Après un quart d'heure, on verra des taches bleu noirâtre partout où seront venues se déposer des parcelles de matière astringente.

La garance pure ne donne au papier qu'une coloration brun clair.

On peut aussi rechercher la présence des bois étrangers en opérant sur une infusion filtrée de garance, faite à chaud. Ce liquide est essayé soit parle bichlorure d'étain, soit par le sel fcrrique.

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