‹ Traité des matières colorantes (volume 2)Chapitre 59 sur 110 · II · texte numérisé non relu

II

verre et on Tarrose avec de l'ammoniaque, le bon se rembrunit, tandis que le mauvais prend une teinte jaune ou verte.

On sèche la plante dans un grenier bien aéré, et on la remue au printemps pour éviter la fermentation ; enfin on la débarrasse de la mousse.

Pour colorer, on prend 100 kilogrammes de lichen que Ton met dans une auge en bois, évasée par le haut, de 2 mètres de long, sur 0",06 à 0",07 de profondeur et se réduisant par le bas à 0'",04. Cette auge est fermée hermétiquement par un couvercle. On arrose avec 240 litres d'urine, en brassant le tout, de trois en trois heures, pendant deux jours et deux nuits. Le troisième jour on ajoute S kilogrammes de chaux éteinte passée au tamis, un quart de livre d'arsenic blan-c pilé et un quart de livre d'alun de roche, et Ton brasse souvent. La fermentation s'établit. Au bout de deux fois vingt-quatre heures, on peut ajouter encore 1 kilogranmie de chaux. On ralentit peu à peu le nombre des brassages. Après un mois le travail est terminé et le produit est embarillé; il s'améliore avec le temps.

L^urine putréfiée doit son activité, dans ce cas, à la présence d'une forte proportion de carbonate d'ammoniaque, formé par l'hydratation de l'urée, ou principe cristallisable de l'urine.

CH»Az.O+2H'0=2'zVh'

La chaux éteinte ou l'alcali fixe réagissent sur le carbonate d'ammoniaque et mettent en liberté de Tammoniaque caustique.

L'orseille d'herbe, ainsi fabriquées, peut donner diverses couleurs ; ainsi, par un simple bouillon, on obtient un amarante, ensuite un amarante foncé, et enfin, un brun dont l'intensité est déterminée par le temps qu'on laisse l'étoffe plongée dans la dissolution.

Un des premiers progrès que rintervention de la chimie fit faire à cette industrie, tout empirique au début, fut dé conduire à l'emploi exclusif de l'ammoniaque.

Le fabricant d'orseille trouva ainsi, outre l'avantage de remplacer une matière d'un emploi désagréable et répugnant, celui de mieux pouvoir régler et graduer l'intervention de l'agent actif et de se débarrasser de l'action plus ou moins défavorable de la chaux. La pâte rouge obtenue de cette manière fut vendue sous le nom d'orseille épurée, d'orseille violette, ou orseille d'herbe.

Le cubear et le persio oupersico sont des orseilles épurées, sous forme de pâtes plus ou moins molles.

Gomme la matière colorante de l'orseille est soluble dans l'eau, on a cherché à l'extraire et à la séparer des parties ligneuses qui l'accompagnent, en épuisant l'orseille d'herbe par l'eau et en concentrant plus ou moins le liquide. Cetteméthode rappelle la manière de procéder dans la fabrication des extraits bois. La seule dififérence, c'est que dans ces derniers la couleur est naturellement formée, tandis que dans dans la première on commence par la développer. On obtient ainsi les extraits simples et doubles d'orseille, le carmin d'orseille, etc.

La matière colorable des lichens n'imprègne pas uniformément la plante, elle se trouve déposée à la surface sous forme d'une poudre grise, facile à détacher, au moins en grande partie, par des opérations mécaniques.

Cette observation a donné lieu à l'exploitation d'un procédé intéressant, imaginé par M. Frezon. Les lichens sont broyés dans de l'eau et soumis à une espèce de friction sur des cribles. On sépare ainsi une fécule blanche, représentant la presque totalité du pouvoir colorable des lichens. Cette poudre est mise à colorer séparément avec de l'ammoniaque, et fournit une couleur incomparablement plus pure et plus riche que toutescelles que Ton peut obteniren laissant l'herbe dans la macération.

Mais les progrès les plus remarquables, accomplis dans rindustrie de l'orseille, sont dus à Tintervention de la chimie et à Fétude approfondie et raisonnée des principes immédiats des lichens. Nous ne pouvons donc en parler, qu'après avoir passé en revue les résultats acquis dans cette voie.

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