‹ Traité des matières colorantes (volume 2)Chapitre 66 sur 110 · MATIÈRES COU)RANTES ROSES, ROUGES ET BLEOES DES FLEURS · texte numérisé non relu

MATIÈRES COU)RANTES ROSES, ROUGES ET BLEOES DES FLEURS

Les matières colorantes qui communiquent des nuances si vives et si brillantes à un grand nombre de fleurs, sont extrêmement fugaces et altérables ; elles ne se rencontrent, de plus, qu'en proportions très-faibles. Leur étude offredonc de grandes difficultés, et leurs applications sont nulles, dans la teinture et l'impression.

MM. Fremy et Cloez (1), qui se sont le plus récemment occupés de cette question obscure, admettent l'existence de trois principes : 1* la cyanine ou matière bleue ; 2* la matière colorante rose. Elle serait identique avec la cyanine, et n'en différerait que par un effet de virage acide, dû à la

(1) Comptes rendus de r Académie des sciences, X\Xl\^ 194. — Dingler's Poiytechnisches Journal, CXXXH, 377. — Bulletins de la Société chimique, 2* série, I, 56. — Journal fur prakiische Chemie, LXXXIX, 491 .

composition du suc de la fleur ; 3* deux principes jaunes , dont Tun insoluble, la xanthine ; l'autre soluble, la xanthéine.

Cyanine. — Pour l'extraire, on traite par Talcool bouillant des pétales de bluet, de violette ou d'iris. La fleur se décolore et le liquide prend une belle teinte bleue.

Cette solution passe peu à peu au jaune brun, par suite d'une véritable réduction. L'agitation au centact de l'air rétablit la nuance. Cependant cette réaction ne pourrait être répétée plusieurs fois, sans amener la destruction de la cyanine.

La liqueur alcoolique est évaporée, et le résidu est traité par l'eau. Celle-ci dissout les substances bleues, en laissant de la graisse et des résines. On précipite par l'acétate neutre de plomb. Le précipité d'un beau vert est lavé et décomposé par l'hydrogène sulfuré, on filtre, on évapore, on reprend par l'alcool absolu, et on précipite la cyanine par l'éther.

La cyanine est incristallisable, soluble dans l'eau et l'alcool, insoluble dans l'éther. Elle vire au rouge avec une grande facilité sous l'influence des acides, et au vert par les alcalis.

Les agents réducteurs la décolorent, l'oxygène rétablit la nuance.

M. Morat a également retiré des bluets une belle substance bleue, en les épuisant par l'alcool absolu.

La matière rouge des fleurs s'extrait par des procédés identiques, et, une fois isolée, elle possède tous les caractères de la cyanine.

D'après MM. Cloez et Fremy, les fleurs rouges ou roses sont toutes à réaction acide, tandis que les fleurs bleues sont neutres.

Certaines fleurs rouges prennent, en se flétrissant, une coloration bleue, puis verte. Cet effet s'explique en admettant une décomposition partielle d'une matière azotée, qui développerait des traces d'ammoniaque.

Une dessiccation très-rapide, qm élimine de l'acide carbonique, peut aussi donner lieu au passage du rouge au violet.

Les fleurs roses, violettes ou bleues doivent donc leur coloration h la même substance, différemment influencée par les sucs végétaux.

Les fleurs d'un rouge écarlate contiennent, outre la cyanine, des matières jaunes.

M. Filhol a reconnu que la coloration tantôt bleue, tantôt verte, que prennent ces fleurs sous l'influence des alcalis, dérive de la même matière colorante, et que les différences observées dépendent de la présence de matières étrangères.

Certaines fleurs rouges, celles de l'aloès par exemple, renferment, au lieu de cyanine, une matière peu soluble dans l'eau, insoluble dans l'éther, soluble dans TalcoGl et qui ne vire pas sous l'influence des acides et des bases;

La cyanine paraît se rapprocher par ses caractères et son peu de stabilité de la roséo-cyanine, formée par l'action de l'acide borique sur la curcumine.

La paracarthamine obtenue par M. Stein , par raction d'un amalgame de sodium sur la quercétine et la mélétine, offre aussi des analogies avec la cyanine.

Les pétales de VAlthœa rosea ou mauve noire, plante de la famille des Malvacées, renferment un principe colorant, soluble dans l'eau et Talcool, peu soluble dans l'éther.

La solution aqueuse, préparée avec les pétales débarrassés du calice et des étamines, est rouge violacé ; elle vire au rouge cramoisi par les acides et au vert par les alcalis.

L'extrait alcoolique est rouge pourpre et laisse après évaporation un résidu foncé, exempt d'azote.

Le coton mordancé en fer se teint en bleu noirâtre ou en bleu dans un bain aqueux de fleurs de mauve ; avec le mor-

dant aluminique il prend une nuance bleu violacé ; avec le mordant d'étain, une nuance bleuâtre, violette.-

La laine mordaticée au bichlorure d'étain se teint en violet foncé; avec le fer elle prend une nuance bleu noirâtre ou grise ; avec Talumine, une teinte grise ou bleu violacé; avec les sels antimoniques, une teinte bleue violacée. La soie, avec sels d'étain, se teint en violet.

Pour l'impression il est plus favorable de faire usage d'un extrait alcoolique préparé au moyen d'un appareil d'épuisement continu.

Les couleurs dérivées de la mauve sont plus solides que celles du bois de campêche, mais elles ne supportent pas le savonnage.

Cette nouvelle matière colorante, employée autrefois pour la coloration artificielle du vin, a été introduite depuis quelques années dans la teinture et l'impression, surtout en Allemagne (Bavière).

Ses usages sont du reste peu importants.

BiBuoGRAPHiE. — BtdHxm de la Société d'encouragement, t. LVIII, p. 332. — Répertoire de chimie appliquée, I, 340. — Dingler's Polytechnisches Journal, CLI, 468.

SOOBANGES. RACINE DU MORINDA CITRIFOLTA.

Importée pour la première fois des Indes à Glascow, elle se présente en fragments de 2 à 8 centimètres de long et de 5 à 10 millimètres d'épaisseur, bruns à l'extérieur, jaunes à l'intérieur.

Le pigment est exclusivement concentré dans l'écorce. II est jaune orangé et porte le nom de morindine.

On l'extrait en épuisant l'écorce de la racine par de l'alcool bouillant. La matière colorante se dépose, par refroidissement, en flocons impurs, mélangés à une matière rouge.

On purifie le produit par des cristallisations répétées dans n. î7

Talcool àSO*" centésimaux, et enfin dans Talcool acidulé avec de l'acide chlorhydrique.

Il se présente alors sous fofrme d?aiguilles satinées, jaunes.

Lamorindineest pcusoluble, à froid, dans Teaii, plus soluble dans Teau bouillante qui la. dépose bu une masse gélatineuse. Peu soluble dans l'alcool froid, plus à chaud, surtout dans Taldool étendu ; insoluble dans Téther.

Les solutions aqueuses se colorent, en orange par les alcalis ; elles précipitent eu rouge par Iq baryte et la chaux, en cramoisi par Tacétate de plomb, en brun par le perchloruredefer et l'ammoniaque, enijaùne rougeâtre par l'alun et l'ammoniaque.

Elle se dissout en pourpre foncé dans l'acide sulfurique concentré ; au bout de vingt-quatre heures le liquide donne par l'eau un précipité jaune insoluble dans l'eau, et soluble en violet dans l'ammoniaque. Sous l'influence de la chaleur elle fond, entre en ébuUition et émet de belles vapeurs orangées, qui se condensent sous forme de fines aiguilles rouges, également insolubles dans l'eau, solubles dans les alcalis en violet foncé. Ce corps, que M. Anderson nomme morindone, paraît être le même que celui qui se forme sous l'influence de l'acide sulfurique. La solution ammoniacale de morindone donne une laque rouge par l'alun et précipite en bleu par l'eau de baryte. L'acide nitrique dissout à froid la morindine et l'attaque à chaud.

M. Rochleder pense que la morindone est identique avec l'acide rubérythrique, et la morindone serait, d'après lui, de l'alizarine.

Le fait serait intéressant à vérifier. Les analyses de M. Anderson ne sont pas d'accord iavec cette manière de voir.

D'après lui, la morindone renferme :

Carbone 6o,8<

Hydrogène. 4,18

Ces nombres s'accordent beaucoup mieux avec la formule que j'ai assignée à la purpurine et qui exige :

Carbone 65,6

Hydrogène 3,2

Les résultats de l'analyse de la morîndône se rapprochent beaucoup de ceux de Tacide rubérythrîque.

Carbone.. 55,40

Hydrogène 5,03

La matière colorante du soorange ne teint pas les tissus mordancés à la manière ordinaire.

Le coton préparé pour rouge turc, se teint en rouge brun solide, mais peu vif.

Depuis longtemps les Indiens emploient cette substance.

Le tissu est préparé avec une émulsion d'huile de sésame dans le carbonate de soude et séché au soleil, puis teint, avec le soorange mêlé h de Thuile de sésame. Il prend par là une couleur rouge solide.

L'industrie européenne n'utilise guère cette matière tinctoriale.

BiBUOGRAPHiE. — Anderson, Ann. der Chem. und Pharm., LXXI, 216. — Dingler's Polytechnisches Journal, CXIV, 209.

La matière colorante rouge du vin a été étudiée par M. Glénard (1).

Il l'isole à l'état de pureté en traitant le vin rouge par l'acétate de plomb basique.

(i) Journal de pharmacie et de chimie, XXXV, 113. — Comptes rendus de VAcad. des se., XVfll, p. 268; LVIII, 268. — Annales de chimie et de physique [3], LIV, 366. —Répertoire de chimie appliquée, IV, 328; I, 3?, — Répertoire de chimie pure, II, 306.

4tO TRAITÉ DES MATIÈRES COLORANTES.

Le précipité bleu est bien lavé et séché à 100*, on l'introduit dans un appareil de déplacement et on l'arrose avec de Téther anhydre chargé de gaz chlorhydrique. L'éther s'écoule chargé d'une matière brune. On lave à Téther jusqu'à ce que le liquide n'ait plus de réaction acide. Le résidu rouge vif est traité par l'alcool à 36*. Celui-ci prend une couleur d'un rouge vif intense .JL'extrait alcoolique est réduit à un petit volume, puis additionné d'eau. La matière colorante se précipite sous forme de flocons rouges. Elle est insoluble dans l'éther, peu solûble dans l'eau, soluble dans l'alcool, insoluble dans la benzine. Par une ébullition prolongée avec l'eau, elle s'altère, devient brune et perd sa solubilité dans l'alcool. Aussi le vin évaporé à sec communique-t-il à l'alcool une couleur lie brunâtre.

La solution dans l'alcool étendu offre les réactions suivantes :

Le chlore la détruit en la changeant en une substance

jaune soluble.

La potasse la colore en bleu, puis en brun. L'eau de chaux donne un précipité couleur feuille morte. Le bicarbonate de soude donne une coloration bleue. Le chlorure de calcium — — bleue.

L'alun vire la nuance au rouge clair.

L'acide chlorhydrique ne Taltère pas. L'acide azotique la transforme en flocons jaunes. L'acétate de plomb donne un précipité bleu. L'azotate de plomb — — rouge violacé.

L'acétate de cuivre — — marron.

M. Glénàrd représente sa composition par la formule

On a encore signalé dans le vin une matière bleue, soluble en beau bleu violet, dans l'éther acétique et l'éther butyrique, et qui verdit par l'ammoniaque, puis passe au brun.

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