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MATIÈRES COLORANTES BRUNES OU NOIRES. — ASTRINGENTS

Les principes immédiats végétaux que nous avons à examiner dans ce chapitre sont tous incolores par eux-mêmes, et ne développent leur nuance brune, grise ou noire que sous l’influence d’une oxydation spéciale ou de mordants appropriés. La plupart appartiennent à la classe encore mal définie des tannins.

CAcnous.

Le cachou est un extrait sec d’origine variable, obtenu en épuisant par l’eau certaines parties végétales, et en évaporant le liquide à consistance convenable.

On en distingue plusieurs variétés, suivant le pays et la plante qui le fournissent, et suivant la forme du produit commercial (1).

(I) Girardin, Leçons de chimie , 4e édit., t. II, p. C3G. — Guibourt, Jour», de pharm. (3), XI, 24, 2G0, 3GO ; XII, 37, 183, 2C7.

1° Cachou vrai. — Catéchu,cate, catch, cutt, terre du Japon.

Il s’extrait de la partie interne du bois del’aeacia catechu. (Légumineuses, Mimosées.)

L’acacia catechu est un arbre qui atteint S à 7 mètres de hauteur ; il croît aux Indes orientales (Bengale, Bombay,

Mysore, îles de l’Archipel indien). On dépouille le tronc de son aubier blanc, au moment où il est le plus riche en sève ; la partie interne, découpée en menus fragments, est bouillie avec de l’eau, dans des vases en terre non vernie, et le liquide est concentré, d’abord à feu nu, puis au soleil dans des vases plats, et en agitant, jusqu’à ce qu'il ait pris la consistance voulue.

L’extrait ainsi préparé donne trois variétés de cachou brun.

a. Cachou brun coulé sur feuilles (cachou en masses du Pégu). Pains de 35 à 40 kilogr., enveloppés de grandes feuilles ; sec, luisant, couleur brun rougeâtre ou noirâtre, uniforme. Densité = 1,39.

b. Cachou brun coulé sur terre ou sur sable; moins pur et moins estimé que le précédent.

c. Cachou brun en pains cubiques, emballés dans des sacs de 35 à 40 kilogr.

Elles arrivent de Singapore et du Pégu, par voie de Calcutta, à Londres, Amsterdam et Hambourg.

2° Le cachou du Bengale préparé avec la noix d’arec ou fruit du palmier aréquier ( oreca catechu ) [fig. 13).

Il se présente sous forme de pains cubiques de 3 à 4 centimètres de côté ; couleur brun- chocolat, plus claire que celle du cachou de Bombay, avec des zones alternativement

CACHOU

claires et foncées. Cassure terne, terreuse. Densité — 1,28.

3° Cachou jaune, cubique, Gambir cubique. S’extrait des feuilles de Yuncaria gambir et de Yuncaria acida , arbrisseau sarmenteux de la famille des Rubiacées, tribu des quinquinas (Roxburg), très-abondant à Sumatra, Malakka, Pulo-Pinang, Singapore, îles Moluques (/?y. 14 et 15).

Il se présente sous forme de pains de trois à quatre centimètres de côté, bruns extérieurement, jaune clair à l'intérieur; cassure terne; saveur amère, astringente; assez semblable au véritable cachou.

4° Ivino ou Gomme Kino. Fourni parle butea-frondosa{Lègumineuses), le pterocarpus marsupium de l'Inde et par d’autres végétaux ; suc noir', astringent et amer employé seulement en médecine.

Composition du cachou. — Les diverses espèces de ca-

chou présentent à peu près toutes la même composition qualitative.

On y a trouvé :

a. Une variété de tannin, soluble dans l’eau froide, précipitable par la gélatine et en vert grisâtre par les sels de fer au maximum, non précipitable par l’émétique. Ce corps, encore mal défini dans ses propriétés et sa composition, est appelé acide cachoutan nique.

h. Un principe incolore, cristallisable, catéchine ou acide catéchique, auquel le cachou doit surtout ses qualités tinctoriales.

c. Des matières brunes, en plus ou moins grandes quantités, formées par l’altération de la catéchine ou de l’acide cachoutannique, pendant la concentration de l’extrait.

Acide cachoutannique. — Corps amorphe, incolore, soluble dans l’eau froide, l’alcool, l’éther, de saveur astringente.

On le prépare, à l’état impur, en précipitant par l'acide sulfurique concentré une infusion aqueuse, concentrée et faite à froid, de cachou. Le précipité, lavé à l’eau acidulée avec l’acide sulfurique, est redissous dans l’eau. Le liquide est saturé par le carbonate de plomb, filtré et concentré dans le vide. On peut aussi épuiser le cachou par l’éther, dans un appareil de déplacement. La solution éthérée est évaporée dans le vide ; elle donne une masse poreuse, jaunâtre.

Suivant Delffs (1), la solution d’acide cachoutannique s’altère à l’air, devient rouge foncé, en fournissant de la catéchine. Neubauer (2) nie la production de catéchine, dans ces conditions; ce serait, au contraire, la catéchine qui en s’oxydant pourrait se convertir en tannin précipitable par la gélatine.

Les alcalis favorisent l’oxydation du tannin du cachou.

L’acide cachoutannique ne donne pas de glucose par l’é-

(1) Jahresb. für prakt. Pharm., XII, 102.

(2) Neubauer, Ann. der Chem, und Pharm., XCVI, 337.

CACHOU

bullition avec l’acide sulfurique étendu, il diffère par là du tannin ordinaire.

Davy et Nees ont trouvé :

Dans le cachou de Bombay. . 54,4 p. 100 d'ac. cachoutanniquc.

— du Bengale.. 48,2 — —

— Gambir 30 à 40 — —

Catéchine (1). — Ce corps se présente sous forme de fines aiguilles blanches, à éclat soyeux et nacré, renfermant de l’eau de cristallisation, éliminable à 100°. Elle fond à 217°. A une température plus élevée, elle se décompose en donnant un produit volatil, l’acide pyrocatéchique ou oxyphénique, C6HG01 2. Saveur faible, presque nulle, réaction neutre; soluble dans 1133 parties d’eau à 17°, dans 2 à 3 parties d’eau bouillapte ; elle se sépare par refroidissement du liquide saturé à chaud, sous forme de fines aiguilles; soluble dans S à G parties d’alcool froid et 2 à 3 parties d’alcool bouillant, soluble dans 120 parties d’éther froid et 7 à 8 parties d’éther bouillant.

Préparation. — Le procédé le plus avantageux, pour obtenir la catéchine pure, consiste à épuiser par l’eau froide le cachou jaune en pains cubiques, après l’avoir réduit en poudre. Le résidu, débarrassé du tannin, est traité par 8 fois son poids d’eau bouillante.

La catéchine se sépare par refroidissement ; on exprime pour séparer l’eau mère. Les cristaux sont redissous dans l’eau et le liquide est précipité par le sous-acétate de plomb. On ajoute celui-ci peu à peu, et l’on sépare les premières portions, lorsque le dépôt commence à être blanc. Le liquide

(1) Nees, V.-E. Senbek, Am. Chem, und Pharm., I, 343. — Zxvenger, An». Chem, und Pharm., XXXVII, 320. — Hagen, Ann. Chem, und Pharm., XXXVII, 33G. — Delffs, /oc. cit. — Neubauer, toc. ci/. — Van Dclben et Kraut, Ann. Chem, und Pharm., CXXVIII, 285. — Scliüizenberger et Rack, Bullet. Soc. chimiq. de Paris, juillet lSG5,p. 5. — Hlasiwetz et Malin, Ann. Chem, und Pharm. , CXXX1V, p. 118.

filtré est complètement précipité par le sous-acétate de plomb. Le précipité blanc, lavé, est mis en suspension dans l’eau et décomposé par un courant d’hydrogène sulfuré. On filtre à chaud, la catéchine se sépare à l’état de pureté.

Composition. — De nombreuses analyses conduisent aux mbres :

Carbone 61,40

Hydrogène 5,00

pour la catéchine anhydre, et

Carbone 52,06

Hydrogène 6,00

pour la catéchine hydratée. La traduction des résultats analytiques a donné lieu à une foule de formules.

Zwenger propose C®Hl808

Neubaer — C17I11807

D’après Strecker, la catéchine serait un mélange de deux corps très-voisins l’un de l’autre, difficiles à séparer, et homologues :

C,GH1608 acide deutocatéchique.

C18H2°08 — tritocatéchique.

MM. Ixraut et Y. Delben n’admettent pas l’opinion de Strecker et proposent l’expression C,2H1203-f-2H20.

Hlasiwetz et Malin préfèrent C19H1808.

Les expressions C10H1004 et C22H22 09 s’accordent aussi avec les nombres trouvés.

Le doute est donc encore permis sur la véritable formule à accepter ; il ne pourra être levé que par l’étude des dérivés chimiques.

Dérivés de la catéchine. — La catéchine bouillie avec de l’acide sulfurique étendu, à l’abri de l’eau, ou avec de

cachou.

l'alcool chargé d’acide chlorhydrique, se convertit en un produit brun amorphe, insoluble dans 1 eau et 1 alcool, la catéchurétine, qui paraît dériver de la catéchine par déshydratation.

Formule de la catéchu rétine :

a. D’après Neubauer, C17H1407;

b. D’après Kraut et Yan Delben, C12H1004 ;

c. D’après Hlasiwetz, C19H1408=C19Hl808 (catéchine) — 2H20,

d. ou G22H1807.

Fondue avec de l’hydrate de potasse, la catéchine se dédouble en phloroglucine et en acide protocatéchique. Hlasiwetz représente cette réaction par l’équation :

Ac. protoca- Phloroglutéchique. cine.

La catéchine donne avec l’eau bromée une matière rougeâtre, insoluble (bromo-catéchurétine : G12Br4H804, Kraut et Y. Delben, ou G19H8Br606, Hlasiwetz et Malin).

Le chlorure de benzoïle l’attaque à 190° et la change en deux produits : l’un, soluble dans l'alcool, paraît être la catéchine monobenzoïque; l’autre, insoluble dans l’alcool, semble correspondre à la catéchurétine benzoïque.

L’acide iodhydrique, à 100°, désoxyde la catéchine, en la transformant en un produit jaune, élastique, grenu, insoluble dans l’eau, l’alcool, l’éther et l’acide acétique. Ce corps a donné à l’analyse :

Carbone 63,90

Hydrogène S, 00

(C^H2‘G9 ou CJ2H2208 ou C19H,s07)

Une solution de catéchine dans l’acide acétique anhydre, additionnée de bioxyde de baryum en poudre, donne un

corps blanc, insoluble dans l’eau bouillante, soluble dans .l’acide acétique cristallisable et précipitable de cette dissolution par l’eau.

Ce corps a donné à l’analyse :

Carbone 58,00

Hydrogène 4,70

Le bichromate de potasse, l’acide nitrique étendu et chaud convertissent la catéchine en matières brunes insolubles et amorphes. Celle obtenue avec le bichromate a donné à l’analyse les nombres suivants :

Carbone 58,07

Hydrogène 3,42

Cette matière brune se dissout facilement dans l’acide nitrique étendu, avec un vif dégagement d’acide carbonique et production d’acide oxalique.

L’acide nitrique concentré donne un produit analogue de l’acide picrique.

En présence des alcalis ou des carbonates alcalins, la catéchine absorbe rapidement l’oxygène de l’air ; ses solutions deviennent rouges et brunes et contiennent des produits bruns, mal définis dans leur composition, et connus sous les noms d’acides rubinique et j aponique . En présence de l’eau seule, elle subit une oxydation analogue, mais plus lente.

C’est sur la propriété de la catéchine de donner facilement, par oxydation, des corps bruns insolubles, que sont fondées les applications du cachou en teinture et en impression .

Le cachou brut en pains, exposé à une température de 100°, fond et devient transparent, en perdant 4 à 5 p. 100 de son poids. A l’incinération, il donne un résidu de 3 à 4 p. 100.

CACIIOU.

Cl 3

En raison de sa consistance extractive, le cachou est sujet à subir des falsifications par mélange de substances étrangères (sable, argile, ocres, sang, sucre, amidon, etc., etc.).

L’examen attentif des caractères physiques et organoleptiques, de la quantité et de la nature du résidu insoluble dans l’eau ou l'alcool, l’incinération et l’examen des cendres, fourniront des renseignements sur la pureté d’un produit ; mais il conviendra toujours d’essayer le cachou par voie d’impression, en en composant une couleur, comparativement avec un cachou type.

Ainsi, par exemple, on prendra :

Cachou liO grammes.

Acide acétique à 7° 120 —

Eau épaissie avec gomme 40 centim. c.

On imprime, on vaporise et on passe au chromate.

Applications (1). — Le cachou sert en médecine, pour le tannage des peaux et en teinture.

Cette dernière application date de très-loin aux Indes.

Le cachou fut employé pour la première fois en Europe, en 1806, par MM. Schaeppler et Hartmann, comme couleur brune, pour accompagner les nuances garancées. Leur procédé, publié par Dingler (2), ne fut pas adopté et ce n’est qu'en 1829 que l’usage du cachou pour l’impression du coton commença à prendre de l’importance.

M. Barbet, de Jouy, fut un des premiers promoteurs de son emploi.

Le cachou brut et le cachou fondu donnent avec l’eau des décoctions troubles qui déposent par refroidissement ; par une ébullition prolongée, avec 8 parties de \ inaigre à 2° Baume, on obtient une liqueur claire ne fournissant que peu de dépôt.

(1) Bulletins de la S oc. indust. de Mulhouse , XII, 351, 373; XIII, 291 ; XIV, 197.

(2) Dinrjler's Polyt. Journ ., II, n° 1, 1815.

Les parties colorantes du cachou se dissolvent aussi facilement dans la soude caustique.

Une décoction de cachou, à l’eau, teint en jaune foncé le coton mordancé à l’alumine et en olive le coton préparé au fer ; avec addition de colle-forte, la couleur est plus belle mais plus claire ; un passage en bichromate fait passer ces teintes au brun.

Cette même décoction, bouillie avec un peu d’acétate de cuivre, fournit des nuances bois avec l’alumine, et cannelle avec le fer ; par l’action préalable du bichromate de potasse, elle devient tout à fait impropre à la teinture. En général, le cachou ne peut servir utilement qu’autant qu’il n’est pas suroxydé avant d’être porté sur la fibre. Pour qu'il y ait fixation, l’oxydation doit se faire sur le tissu lui-même. En effet, la matière colorable (catéchine) est seule soluble et dans un état propre à pénétrer dans les pores du coton ; une fois oxydée, elle se comporte comme toute substance colorante, insoluble et inerte, susceptible seulement d’être fixée mécaniquement.

Les procédés, au moyen desquels on réalise sur tissus les nuances dérivées du cachou, reposent, en résumé, sur les principes suivants :

La catéchine est appliquée en solution sur la fibre qu’elle pénètre, et le tissu est mis dans des conditions convenables pour qu’il y ait oxydation et transformation du principe immédiat colorable et soluble, en composés bruns insolubles et adhérents.

Cette oxydation peut s’effectuer :

a. Par simple exposition du tissu à l’air;

b. D’une manière plus rapide par le vaporisage. Dans les deux cas, on favorise singulièrement l’oxydation en introduisant, dans la couleur à imprimer, des agents oxydants qui ne produisent leur effet qu’à la longue ou pendant le vaporisage (sels de cuivre);

CACHOU

c. Par un passage en solution alcaline qui exalte l’affinité de la catéchine pour l’oxygène ;

d. Par un passage en solution de bichromate de potasse.

e. Quelquefois on combine deux de ces procédés : ainsi le vaporisage et le passage en chromate, l’aérage et le vaporisage.

Il est évident que, pour des impressions avec cachou seul, le fabricant choisira le mode opératoire le plus prompt et le plus complet, qui est sans contredit le passage au chromate ; mais si le cachou est associé à d’autres nuances, à d’autres couleurs, il faut nécessairement adopter le procédé convenant au cas complexe; c’est-à-dire celui qui ne peut pas nuire à l’intégrité des couleurs associées.

On modifie la nuance propre, donnée parle cachou, en introduisant dans la couleur divers sels ou préparations métalliques, telles que sels de fer, de manganèse, etc.

Emploi des sels de cuivre dans la fixation du cachou. — MM. Cam. Ivœchlin et Mathieu- Plessy ont fait une étude toute spéciale de l’intervention des sels de cuivre comme oxydants, dans les couleurs vapeurs et d’application (i).

D’après leurs expériences, dont les résultats ont été confirmés par celles de H. Schlumberger, le chlorhydrate d’ammoniaque favorise singulièrement l’oxydation des matières colorantes par les oxysels de cuivre. Les plus anciennes formules de cachou renferment déjà, comme moyen de fixation, un mélange de sel de cuivre et de chlorure ammonique (Schaeppler et Hartmann en 1806 ; Esslingerà Jouyen ! 829). On a interprété de diverses manières le rôle si utile du sel ammoniac. M. Persoz pense qu’il contribue à maintenir en dissolution, dans la couleur, divers sels et oxydes, en raison de sa tendance à former des sels doubles.

Suivant M. G. Schwartz, i! servirait à prévenir une combinaison entre le cachou et la gomme.

(1 )Bull. Soc. inclus!., t. XXII, p. 311 et suiv.

Cette dernière opinion est tout à fait arbitraire et, du reste le mélange de sel ammoniac et de sels de cuivre rend des services dans l’oxydation d’autres couleurs que celles dérivées du cachou (bois rouges, campêche, noirs d’aniline).

M. G. Kœchlin pense que le sel ammoniac agit par double décomposition, et donne du chlorure cuivrique. La matière colorable réduit celui-ci en le ramenant à l’état de chlorure cuivreux, qui reste en solution à la faveur du sel ammoniac, se réoxyde au contact de l’air, et devient susceptible d’agir sur une nouvelle portion de matière organique.

Des phénomènes de ce genre se passent, lorsque l’on met une laine de cuivre dans une solution contenant du sel ammoniac et du sel de cuivre (sulfate, nitrate). Nous avons déjà trouvé une application de ces idées dans la génération du noir d’aniline, en faisant observer que, dans cette théorie, une très-petite quantité de sel cuivrique suffit à l’oxydation d’une forte proportion de matière colorable; celte conséquence est confirmée par l’expérience.

Le chlorure ammonique ne peut être remplacé par d’autres sels ammoniacaux. Suivant M. C. Kœchlin le chlorure de sodium agirait dans le même sens que lui, mais les essais de H. Schlumberger ne s’accordent pas avec cette conclusion. Des expériences récentes ont montré que le sulfure de cuivre pouvait, avec avantage, remplacer les oxysels ordinairement employés.

Fixation du cachou au chromate.

C’est vers 1832, que l’on commença à oxyder le cachou parle bichromate de potasse, dans la maison Frères Kœchlin, encore aujourd’hui une des plus importantes de la capitale industrielle de l’Alsace.

Les nuances intenses sont vaporisées, avant d’être foulardées en chromate. La dissolution de ce sel doit être

CACHOU

Cl 7

assez active pour empêcher le coulage de la couleur. On atteint ce résultat par une concentration et une élévation de température convenables. Pour les couleurs claires, on remplace le vaporisage par une simple exposition à l’air.

L’oxydation de la catécliine. dans le bain de chromate, est instantanée et la nuance brune se développe; elle est accompagnée, comme phénomène inverse indispensable, de la réduction de l’acide chromique et de sa transformation en oxyde de chrome (sesqui - oxyde ou oxyde intermédiaire, Cr204).

M. Schlumberger admet la production d’une laque de chrome et de cachou oxydé; d’après lui, l’oxyde métallique serait utile au développement de la teinte ; mais il paraît plus probable que l’oxyde est mécaniquement mélangé avec l’a matière brune oxydée, comme la soutenu M. Heckmann (1).

Oxydation par le concours d'un passage en chaux.

Ce mode d’opérer est moins favorable que les autres; on l’emploie dans les cas où l’on imprime en même temps d’autres nuances se fixant à la chaux, tels que bleu solide.

La présence d’un alcali ou d’une terre alcaline favorise, comme nous l’avons déjà dit, l’absorption de l’oxygène.

On combine ordinairement ce moyen avec l’emploi des sels de cuivre et du sel ammoniac et avec l’aération préalable à la chambre d’oxydation.

On réalise avec le cachou, par voie de teinture, des fonds bruns foncés et clairs, des fonds modes, des impressions.

Les couleurs cachou s’associent souvent aux nuances dérivées de la garancine. En y introduisant du mordant d’alumine et en teignant en garancine, on modifie la teinte propre et on la fait passer au brun rouge.

(I) Bulle!, delà Soc. indus!., t. XIV, p. lSfî Pt 107.

Les teintes données par cette matière colorante sont remarquables par leur solidité, leur résistance aux alcalis, au saxon, aux acides, au chlore. 11 est impossible de produire des enlevages sur fonds cachous.

Dans ces diverses applications, on se sert de solutions de cachou faites à chaud, avec de l’eau seule, de l’acide acétique, ou de la soude caustique.

Voici quelques exemples de couleurs cachou d’impression .

Cachou 6 kilogrammes.

Lessive de soude à 10u Baume 8 litres.

Eau 8 —

Épaissir avec de la gomme ; vaporiser et oxyder par un passage en chromate (5 à 7 grammes de bichromate par litre d’eau, température de 60° à 70° Réaumur, pendant 2 minutes).

Cachou 0 kilogrammes.

Acide acétique à 7° Baume 12 litres.

Eau 4 —

Épaissir avec de la gomme ; vaporiser et oxyder par un passage en chromate.

Cachou 10 kilogrammes.

Acide pyroligneux 20 litres.

Acétate de chaux à 7° 5 — (ne peut

agir que comme moyen hygroscopique).

Acétate de manganèse à 30° Baume. . 5 litres (modifie

la nuance).

Gomme 7kil,o00

Vaporiser et oxyder en chromate.

Cachou 3 kilogrammes.

Acide pyroligneux 6 litres.

Sel ammoniac 360 grammes.

CACHOU

Yerdet... 31 grammes.

Eau de gomme à 700 grammes par

litre 6 litres.

Acétate de chaux lHt,50

Se passe en eau de chaux, après aérage, ne se vaporise ni ne se chromate.

Cachou à garancer»

Cachou

Eau

Sel ammoniac

Azotate de cuivre

Acide acétique, 7° Baume

Acétate de chaux .

Gomme

Pyrolignite d'alumineà 10° Baumé..

14 kilogrammes.

18 litres.

5 kilogrammes.

3kil,37o 1 3 litres.

15 kilogrammes.

1 litre.

Un fixe à la chambre à oxyder, on bouse, puis on teint en garance. Ce cachou s’imprime sur le tissu à côté des mordants. Pour les fonds cachou, on peut procéder de quatre manières : 1° On imprime un mélange de décoction acétique de cachou et de pyrolignite de fer, on laisse oxyder pendant vingt-quatre heures, et on passe en chromate.

Couleur mère.

Cachou jaune 100 grammes.

Eau 2 litres.

Acide acétique, 8° Baumé 100 grammes.

Gomme 1 kilogramme.

Sur 10 litres couleur mère , on prend 1 litre pyrolignite de fer à 10°. Pour une nuance plus claire, on étend encore de 4 litres eau de gomme. Après l’impression du fond, on laisse oxyder vingt-quatre heures, et on passe en chromate (1 litre eau, 5 grammes de bichromate, 75° Réaumur, deux minutes dans une cuve à roulettes).

Laver une demi-heure au clapot.

2° Imprimer une décoction de cachou sans fer et procéder comme ci-dessus.

3° On imprime le mordant nankin :

On ajoute à 2 litres de cette préparation séparée du sulfate de plomb, lkil,2o0 léïocomme,

et l’on a la couleur mère que l’on étend de 7 à 45 litres d’eau de léïocomme).

Après l’impression, on oxyde pendant vingt-quatre heures à l’étendage, on passe en silicate, on lave, et on teint en cachou (pour 50 mètres de tissu) :

Eau 150 litres.

Décoction de cachou à 1 80 grammes par

litre 3 —

En montant de 15° à 64° Réaumur.

On passe en chromate, on lave au clapot et on sèche.

4° On imprime et on fixe, par les procédés ordinaires, un mordant rouge ; on teint en cachou, et on passe en chromate.

Pour les fonds modes, l°on imprime un mélange de cachou et de pyrolignite de fer, et l’on passe dans un bain de bichromate à 45° Réaumur.

Ou 2° on imprime le mordant nankin, on teint en cachou comme ci-dessus, mais on ne passe pas en chromate.

3° On imprime un mélange de cachou et de mordant nankin; après l’impression, on laisse oxyder pendant vingt-quatre heures, on vaporise une demi-heure à deux atmosphères, on lave au clapot et on sèche.

Les procédés de fixation du cachou au moyen des sels de cuivre, ou du chromate, s’appliquent aussi à la teinture et à l’impression de la soie et de la laine.

Les teintes que l’on peut réaliser avec le cachou sont :

CACHOU

Les diverses nuances de brun, l’olive, les bois foncés et clairs , les carmélites , l’olive, les jaunes plus ou moins brunâtres.

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