‹ Traité des matières colorantes (volume 3)Chapitre 6 sur 124 · SOL · texte numérisé non relu

SOL

CPH5 } O2

L’acide sulfophénique représente donc le sulfate acide de phényle. Il est susceptible de donner quelques réactions colorées. Ainsi, suivant Gerhardt, on obtient une solution d’un violet magnifique, en faisant tomber quelques gouttes de perchlorure de fer dans une solution très-étendue d’acide sulfophénique. Ce violet n’a pas encore été obtenu pur, ni assez concentré pour pouvoir être fixé sur tissus.

M. P. Monnet (J) a constaté que l’action prolongée à froid du deutoxyde d’azote sur l’acide sulfophénique est susceptible, suivant le degré de saturation, de produire d’abord du rouge, puis du violet et du bleu. Contrairement aux autres réactions de l’acide phénique, ces couleurs ne maintiennent leurs nuances primitives qu’au contact des acides forts; l’eau les vire au jaune opalin, et par l’addition d’ammoniaque, on obtient une liqueur d’un vert plus ou moins bleu, mais toujours très-beau. Ces matières colorantes ne donnent en teinture que des résultats assez médiocres.

En chauffant à 1 30 degrés un mélange de 25 grammes d’acide sulfophénique et de 15 grammes d’iodure d’amyle, il se dégage d’abondantes vapeurs d’iode, et l’on obtient une masse sirupeuse jaune orangé, que les acides font virer au jaune vif. Avec les alcalis, on obtient une belle matière colorante rouge que les acides ramènent au rouge. Ce corps offre la plus grande analogie avec l’acide rosolique.

F Acide rosolique. — 11 fut découvert par Runge, en 1834, dans les résidus de la préparation de l’acide phénique. Ces résidus traités par un lait de chaux donnent une dissolution rouge de rosolate de chaux, d’où l’acide acétique précipite l’acide rosolique encore impur, mélangé à un acide brun (brunolique). On doit répéter les traitements à la chaux et les précipitations par l’acide acétique, jusqiuà ce que l’acide rosolique se dissolve sans résidu brun dans un lait de chaux étendu.

On obtient plus d’acide rosolique par l’action prolongée de l’air sur un mélange d’acide phénique et de chaux éteinte, à une température un peu élevée (Tschelnitz) (2).

M. A. Smith (3) considère l’acide rosolique comme un produit d’oxydation du phénol ; il le prépare en faisant bouillir

(1) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, t. XXXI, p. 464.

(2) Comptes rendus des séances de l’ Académie de Vienne, t. XXIII, p. 269.

(3) Poqgendorffs Ann., t. XXXI, p. 150.

un mélange de phénol, de soude caustique et de bioxyde de manganèse. La masse est reprise par l’eau, et le rosolate de soude est décomposé par un acide.

MM. Dussart (1) et Jourdin (2) ont également obtenu l’acide rosolique par l’oxydation du phénol en présence d’un alcali. Ainsi, par exemple, en chauffant au-dessous de 150 degrés un mélange d’acide phénique, de soude caustique et d’nxyde de mercure, il se forme très-rapidement, en dix minutes, du rosolate de soude, tandis que du mercure devient libre.

Le même acide coloré prend encore naissance : a) par la distillation d’un mélange d’acide phénique et de sublimé corrosif ; b) par la distillation du phénol avec l’acide bromacétique (3); c) par la décomposition sèche des acides phéniques iodés (Scühtzenberger et Paraf).

On n’est pas encore d’accord sur la formule de l’acide rosolique. MM. Smith et Jourdin le représentent par C12H1203 ; M. Dusart,par Ct2H1204ou C6H602 ; M. MuellerparC23H2204.

L’acide rosolique pur, bouilli avec de l’eau, se présente sous forme d’une substance amorphe, d’un vert foncé, avec l’éclat des cantharides. Lorsqu’on le pulvérise, il devient rouge orangé, et, frotté avec un corps dur, il acquiert un bel aspect doré ; il est translucide en couche mince et présente alors une teinte rouge ou orange foncé. Précipité au moyen de l’eau d’une solution alcoolique ou acétique, il se présente sous forme de flocons rouge orangé, semblables au chromate basique du plomb. Il fond dans l’eau bouillante. Il est soluble dans l’alcool, l’éther, le phénol, les acides acétique, sulfurique et chlorhydrique concentrés; l’eau le reprécipite en flocons.

Très-peu soluble dans l’eau pure, il se dissout dans l’eau chargée d’un carbonate alcalin, sans déplacer l’acide carbo-

(1) Répert. de chim. appliq., t. I, p. 207.

(2) Répert. de chim. app/iq., t. Il, 216.

(3) Perkin, Chemical News, 1861, p. 351.

nique. Il forme avec les alcalis et les terres alcalines des combinaisons solubles offrant en solution une teinte rougecerise très-belle. Les rosolates alcalins donnent avec les sels métalliques des précipités colorés. L’alumine ne forme pas de laque avec l’acide rosolique.

L’acide sulfureux est sans action sur lui. Chauffé avec de la chaux sodée, il donne de l’acide phénique et un résidu de charbon .

Avec l’acide nitrique, il fournit de l’acide picrique.

Malgré les essais tentés dans cette voie, on n’est pas encore parvenu à faire servir cette matière à la coloration des tissus. MM. Persoz fils et Arnaudon ont obtenu sur soie et sur laine mordancée à l’alun, une belle couleur jaune-orange qui vire au rouge-cerise dans un bain d’eau de baryte ; mais cette couleur se ternit peu à peu à l’air.

On a aussi fixé le rosolate de magnésie, sur mousseline, au moyen de l’albumine; ce sel est un des moins altérables parmi les rosolates.

M. Persoz fils a découvert en 1859 une méthode de traiter l’acide phénique, qui fournit un produit identique avec l’acide rosolique ou au moins très-voisin. Le procédé de M. Persoz était exploité depuis deux ans, dans la fabrique de MM. Guinon, Marnas et Bonnet à Lyon, lorsque MM. Kolbe et Schmith le publièrent comme nouveau (1); ils ignoraient sans doute, comme tout le monde, la belle expérience de M. Persoz.

On fait un mélange d’environ 3 parties d’acide phénique, 2 parties d’acide oxalique et 2 parties d’acide sulfurique. Le tout est chauffé pendant quelques heures à une température modérée. Durant la réaction il se produit une effervescence plus ou moins vive, due au dégagement, souvent assez abondant, d’acide carbonique et d’oxyde de carbone provenant de la décomposition de l’acide oxalique. La

(1) Annalen der Cliemie und Pharmacie, t. CXK, p. 169.

masse s’épaissit et devient d’un brun rougeâtre. Lorsqu’on juge l’opération terminée, ce que l’on voit aisément en prenant de temps en temps avec un agitateur une goutte de mélange et en la projetant dans de l’eau ammoniacale, on retire la masse du feu et on la coule dans l’eau froide, pour séparer la majeure partie de l’acide sulfurique en excès et de l’acide sulfophénique formé. Le produit est purifié par des lavages à l’eau bouillante. On obtient ainsi une masse poisseuse, presque solide, à reflets vert-cantharides. Par la dessiccation elle devient dure et cassante. Le rendement dépend de la manière plus ou moins rapide dont on on conduit l’opération.

MM. Ivolbe et Schmith ont analysé le produit de cette réaction ; ils sont arrivés à des nombres qui conduiraient à la formule C5H40 ou C10H8O2 ; elle demande à être contrôlée, comme toutes celles que nous avons indiquées plus haut pour l’acide rosolique.

Nous empruntons à M. Persoz fils (1) la description de deux dérivés colorés de l’acide rosolique, obtenus par lui. Ces nouveaux produits ont acquis une certaine importance industrielle.

Péonine ou coralline. — Cette matière est le résultat de la métamorphose qu’éprouve l’acide rosolique , lorsqu’on le ■ chauffe en vase clos avec de l’ammoniaque.

Elle paraît être une sorte d’amide ou plutôt d’acide amidé, car elle joue le rôle d’acide. Le nom de péonine qu’on lui a donné est destiné à rappeler la grande analogie de sa couleur avec celle de la fleur de pivoine.

Pour la préparer, on introduit dans un appareil autoclave 1 partie d’acide rosolique et 3 parties environ d’ammoniaque du commerce. On chauffe au bain d’huile pendant 3 heures, à une température qui ne doit pas dépasser ISO0. La masse, retirée de l’appareil après refroidissement, forme un

(1) Pelouze etFrémy, Traité de chimie, 3e édit., t. VI, p. 295.

2 4 TltAITE DES MATIÈRES COLORAMES.

liquide épais présentant un reflet cramoisi doré de toute beauté. En ajoutant de l’acide chlorhydrique, on précipite la nouvelle matière colorante.

Bien préparée, la péonine possède les caractères suivants : elle est presque insoluble dans l’eau, se dissout très-aisément dans l’alcool qu’elle colore en rouge, ne vire plus comme l’acide rosolique sous l’influence des acides. Ses solutions alcalines s’altèrent au bout de quelque temps au contact de l’air et prennent une teinte brune.

La péonine n’a pour ainsi dire pas encore été exploitée, parce qu’on a trouvé à tirer parti de l’acide rosolique, d’une manière plus avantageuse, dans la préparation de l'azuline découverte peu après.

Azuline. — Cette matière, dont la couleur rappelle beaucoup celle du sulfate de cuivre ammoniacal ou de l’outremer, est le produit de la réaction de l’aniline, sur l’acide rosolique ou sur la péonine.

Pour l’obtenir, on chauffe à une température voisine de 180°, un mélange formé de 5 parties d’acide rosolique et de 6 à 8 parties d’aniline ; après quelques heures l’opération est terminée. La matière colorante, purifiée par différents dissolvants destinés à lui enlever l’excès d’aniline et une matière rouge qui l’accompagne, se présente sous forme d’une masse à reflets rouge doré.

Elle est insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et l’éther ; elle colore en rouge violacé les alcalis caustiques. Elle se dissout en rouge brun dans l’acide sulfurique concentré. L’addition de l’eau la précipite sans altération. De même que le bleu de Lyon, l'azuline éprouve une modification particulière lorsqu’on chauffe pendant quelques heures sa solution dans l’acide sulfurique concentré. Dans ce cas elle n’est plus précipitée par l’eau, mais seulement par des sels alcalins.

Par la plupart de ses caractères physiques et chimiques, l’azuline peut se confondre avec le bleu de Lyon, mais elle

en diffère essentiellement par sa composition. U’après M. de Laire, l’azuline ne contient qu’une proportion très-faible et toujours variable d’azote, tandis que le bleu de Lyon en contient une quantité bien supérieure et toujours constante. Les analyses de M. Willm conduisent aux rapports C12HuAz02, mais cette formule demande à être contrôlée.

La naphtylamine, la toluidine et en général les alcalis huileux produisent également des couleurs bleues quand on les chauffe avec l’acide rosolique ou avec la péonine.

Emploi de l'acide rosolique , de la coralline et de F azuline en teinture et dans F impression. — L’acide rosolique n’a pas d’emploi pour la coloration des fibres. D’après MM. Persoz fils et Arnaudon, il donne sur laine et sur soie mordancées par l’alun, une belle couleur jaune orangé. Lorsqu’on fait virer cette couleur dans un bain d’eau de baryte à une température de 25°, on obtient une coloration d’un riche rouge cerise; mais malheureusement elle se ternit peu à peu à l’air.

On teint la soie et la laine, au moyen de la coralline, en dissolvant la matière dans l’alcool, on y ajoute ensuite un peu de soude, et l’on verse cette liqueur alcaline dans une grande masse d’eau. Par une faible addition d’acide tartrique, on met la matière colorante en liberté, sans cependant la précipiter, et dans un bain semblable on peut teindre très-aisément la soie et la laine, même à froid. Les nuances obtenues sont intermédiaires entre celles de la cochenille et celles de la fuchsine.

On peut aussi fixer la coralline par voie de teinture sur coton mordancé. A cet effet, on dissout le produit dans une lessive de soude caustique à 12° ou dans du carbonate de soude saturé (4 litres de lessive pour 1 kilog. de matière colorante). On favorise la dissolution en chauffant le mélange à 40°.

Cette dissolution est versée dans 10 litres d’eau, puis on neutralise par addition de 4 litres d’acide sulfurique à 10°.

La matière colorante ne se précipite pas, mais elle est dans un état tel, que la moindre attraction moléculaire en déterminera la séparation et le dépôt sur la fibre. Le bain teint directement en rouge ponceau la laine et la soie. Le coton est préparé à l’étain et au sumac ou au tannin. La teinture se fait à 50°, on entre à tiède et on laisse dans le bain 1 heure 1 /2. Pour une nuance nourrie, on consomme environ 500 gr. de coralline par pièce. La nuance résiste au vaporisage et au lavage, mais le savon, les alcalis et la lumière l’altèrent assez promptement. On peut la faire virer au carmin, par une exposition ammoniacale, mais cette teinte est très-instable.

La coralline précipitée par l’eau de sa solution acétique se présentant, après dessiccation à une température inférieure à son point de fusion, sous forme d’une belle poudre rouge ponceau, peut être imprimée dans cet état au moyen de l’albumine. On utilise à cet effet, depuis quelque temps, à Mulhouse, une espèce de laque de coralline qui n’est autre chose que cette poudre mélangée intimement soit à du carbonate de chaux, soit à de l’oxyde de zinc.

On donne le nom de coralline jaune à un produit qui ne diffère de la coralline rouge que par une teinte plus orangée, et qui probablement se prépare de même, mais dans des conditions un peu différentes. Elle donne sur laine des nuances oranges très-vives. On suit la méthode que voici: 2kil. 500 de coralline jaune sont dissous dans 10 litres de soude caustique à 10° Bauméet à 60° centigr. On verse dans 100 litres d’eau, on chauffe de nouveau, et après complète dissolution on ajoute 1 litre de deutochlorure d'étain à 55° Baumé étendu de 5 litres d’eau. On filtre et on obtient 20 litres de laque d’un orangé très-vif. On prend 10 litres de cette laque non lavée et demi-fluide.

2 kilogrammes de gomme en poudre.

350 grammes d'acide oxalique.

On chauffe jusqu’à dissolution de la gomme et de l’acide, on passe au tamis et on imprime sur laine ; après 12 heures, on vaporise 40 minutes.

Pour teindre la soie et la laine avec l’azuline, on dissout la matière colorante dans l’alcool et on verse le liquide bleu dans de l’eau acidulée. La soie et la laine passées dans ce bain se chargent de la matière colorante restée en suspension dans l’eau, et, en élevant peu à peu la température, on fixe la couleur et on l’unit au tissu.

Matière colorante de M. Fol dérivée du phénol. — M. Frédéric Fol (1) prépare, avec l’acide phénique, une matière colorante jaune, acide, dont les sels sont rouges. On chauffe, à cet effet, à 100° centigr. pendant 12 heures, dans une chaudière en fonte, un mélange de S kilog. d’acide phénique et de 8 kilog. d’acide arsénique desséché et finement pulvérisé, en remuant souvent avec une spatule en fer. La coloration apparaît au bout de 2 heures et augmente peu à peu en intensité à mesure que la matière s’épaissit en dégageant de la vapeur d’eau. Après 12 heures, on monte à 125° et on maintient ce degré pendant 6 heures. A ce moment le mélange a cessé de se boursoufler et devient pâteux et tranquille. On ajoute 10 kilog. d’acide acétique du commerce à 7°, en favorisant la dissolution par une élévation de température. La liqueur étendue d’eau est saturée par du sel marin qui précipite la matière colorante. Pour la purifier, on la dissout une seconde ibis dans l’eau et on précipite de nouveau par le sel marin.

Le précipité, bouilli avec deux fois son poids de carbonate de barium, donne un selbarytique soluble d’où l’acide colorant est facile à extraire pur, au moyen de l’acide sulfurique.

Le produit se présente, après dessiccation, sous forme de paillettes mordorées douées d’un vif éclat. 11 est soluble dans l’eau froide en notable quantité ; la dissolution est jaune d’or;

(1) Répertoire de chimie appliquée, t. IV, p. 179.

beaucoup plus soluble dans l’eau bouillante, d’où il se dépose par refroidissement en lamelles mordorées ; il est soluble dans l’alcool, l’esprit-de-bois et l’éther, insoluble dans la benzine.

L’acide sulfurique concentré et froid le dissout, sans altération. Les alcalis et les terres alcalines caustiques ou carbonatées donnent des sels rouges solubles, qui teignent facilement la soie et la laine, depuis le rouge le plus foncé jusqu’au rose le plus tendre. Les teintes obtenues résistent au savon. L’acide seul fournit des colorations jaunes qui virent au rouge dans les bains alcalins. Cette matière n’est pas de l’acide rosolique, d’après l’auteur, qui veut y voir un produit d’oxydation de l’acide phénique.

Phénicienne. — M. J. Roth a découvert en 1863 et préparé, sur une assez grande échelle, une matière colorante brune dérivée de l’acide phénique, à laquelle il donne le nom de phénicienne (1).

La phénicienne se produit par l’action de l’acide azotosulfurique sur l’acide phénique. Dès que les deux acides sont en contact, ils s’attaquent avec une violence extrême, avec un dégagement abondant de vapeurs nitreuses. On verse peu à peu l’acide sulfurique nitré jusqu’à cessation de réaction: 1 kilog. d’acide phénique cristallisé exige, environ 10 à 12 kilog. d’acide azotosulfuriqueconcentré. L’opération doit être dirigée de façon que la masse ne s’échauffe pas trop. Le mélange est jeté dans une grande quantité d’eau. Il se forme à l'instant même un précipité abondant qui, recueilli, lavé et séché, constitue le nouveau produit tinctorial. Le lavage est très-long et exige plusieurs jours.

La matière colorante se présente sous forme d’une poudre brune amorphe, très-ténue, peu soluble dans l’eau; fort soluble dans l’éther, l’alcool, l’acide acétique; soluble dans les alcalis et la chaux. Les solutions alcalines ont une

(1) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , t. XXXI V, p. 499.

belle nuance bleue 'violacée que le moindre excès d’acide ramène au brun.

La phénicienne fond à une température peu élevée sous forme d’une résine noire. D’après M. Roth elle est formée d’un mélange de deux matières colorantes, l’une jaune, l’autre noire, jouissant des mêmes propriétés tinctoriales.

Cette substance offre de l’intérêt, car,' de toutes les matières colorantes dérivées du goudron, c’est celle qui fournit les nuances les plus variées et les plus solides. Elle résiste à l’action de la lumière solaire et même de l’hypochlorite de chaux. Elle teint la laine et la soie sans le concours des mordants. Les nuances formées appartiennent au genre Havane; mais elles surpassent en pureté et en éclat celles fournies par des mélanges d’extraits de bois et d’orseille. M. E. Dollfus (1) pense qu’en raison de ces avantages elle est appelée à jouer un certain rôle dans la teinture sur soie et sur laine. De même que pour le cachou, les sels oxydants métalliques rehaussent considérablement les nuances fournies par la phénicienne. La laine et la soie, teintes avec elle, passent du brun jaunâtre au grenat, par l’immersion dans un bain de bichromate de potasse ou de chromate de cuivre acidulé avec de l’acide sulfurique; le nitrate de cuivre produit un effet analogue, mais à un moindre degré. On peut arriver au même résultat en ajoutant directement le sel métallique oxydant au bain de teinture ; ce dernier procédé est même préférable, car on est alors plus maître des nuances que l’on veut obtenir. Les nuances fournies par la phénicienne sur soie et sur laine varient du grenat 'foncé au chamois doré, suivant la force des bains de teinture et des oxydants employés.

Les tissus de coton mordancés au stannate de soude et au tannin absorbent également avec beaucoup de facilité la

(1) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , t. XXXIV, p. 500. — Rapport de M. E. Dollfus au nom du comité de chimie.

phénicienne, et prennent une nuance bois foncé par un passage en chromate de potasse à chaud ; mais dans ce cas la nuance vire au bleu par les alcalis, et la matière colorante est facilement enlevée, même par le savon, ce qui n’arrive pas pour la soie et la laine, l’affinité pour la matière colorante étant beaucoup plus prononcée dans ce cas.

Les nombreux essais d’impression tentés par M. E. Dollfus, tant sur coton que sur soie et sur laine, n’ont pas fourni de résultats bien intéressants. La matière colorante dissoute dans l’acide acétique, épaissie à la gomme et additionnée de sels métalliques oxydants, tels que nitrate de cuivre, chromate de potasse et acide tartrique, prussiate rouge et. soude caustique, est réduite par l’action de la vapeur, et de grenat ou marron vif qu’elle était, devient brun jaunâtre au vaporisage. Il est vrai qu’un passage en chromate chaud restitue le grenat, mais alors le blanc se teint en brun.

La phénicienne, appliquée sur tissu de laine et de soie par teinture, perd également toute vivacité par le vaporisage.

La phénicienne imprimée sur coton, vaporisée et passée au chromate, fournit un grenat foncé, très-altérable par les alcalis qui le virent au bleu. Il en est de même des couleurs appliquées sur coton avec addition de nitrate de cuivre ou d’un mélange de chlorate de potasse et d’acide tartrique.

Comme couleur d’impression , la phénicienne pourrait rendre des services pour la coloration des tissus chaîne-coton, car, imprimée sur ces tissus avec addition de chlorate de potasse et d’acide tartrique, elle fournit des nuances bois égales, dans lesquelles le coton et la laine possèdent la même nuance, résultat assez difficile à obtenir par les procédés ordinaires.

En faisant réagir de l’ammoniaque à 200° environ sur du phénol impur, M. Breitenlohner a obtenu des matières colorantes bleues, vertes et rouges qu'il a peu étudiées et qui sont mal définies (1). M. Berthelot a montré que l’acide phé-

(1) Dingler's polylechnis. Journal, CLXT, p. 150.

nique, mélangé à de l’ammoniaque, prend, sous l’influence du chlorure de chaux, une coloration bleue qui se change en violet et en rouge dès que l’on sature par un acide.

Page 1