GRAINES JAUNES
On appelle ainsi dans le commerce, les baies desséchées de différentes espèces de nerpruns ou rhamnus. Cette plante croît dans le midi de la France, en Espagne, en Italie, en Turquie, en Asie Mineure, en Perse, etc.
La graine a la forme et la grosseur d’un pois, avec trois ou quatre dépressions demi-circulaires partant de la tige et aboutissant au sommet; elles correspondent à autant de semences aplaties d’un côté et convexes de l’autre. Elle est tantôt unie, tantôt ridée. La couleur, après dessiccation, varie du jaune vert au noir. Dans ce dernier cas elle est trop vieille pour donner de bons résultats en teinture. Saveur amère, désagréable; odeur nauséabonde.
On en distingue plusieurs variétés, qui sont:
4 42 TlîAITÉ DES MATIÈRES COLORANTES.
1° La graine de Perse proprement dite. Plus grosse que les autres, fournie par les rhamnus amygdalinus , oleoïdes , saxatilis. Importée de Smyrne et d’Alep. Couleur d’un beau vert, allongée vers sa tige; grosseur d’un pois; formée de quatre coques monospermes ; fruits triangulaires. Saveur amère. Elle est très-riche en matière colorante.
On en distingue trois variétés, suivant la grosseur.
(Grosse, moyenne, petite).
2° Graine du Levant. Vient de Natolie et de Turquie, par voie de Constantinople et de Smyrne. Grosseur d’un grain de poivre. Plus petite que la graine de Perse et à trois coques.
Variétés : Graine de Valachie, de Bessarabie, d’Andrinople.
La première est la plus estimée.
3° Graine de Morée. La plus grosse des graines jaunes ; à deux coques. Couleur blonde.
4° Graine d’Avignon ou de France. Fournie par les rhamnus infectoria et alaternus. Vert foncé, grosseur d’un grain de poivre ; aplatie ; à deux coques ; moins estimée que la graine de Perse.
5° Graine d’Espagne. Fournie par le rhamnus saxatilis , semblable à la graine d’Avignon ; plus jaune et plus estimée.
6° Graine d'Italie. Semblable à la graine d’Avignon.
( Rhamnus infectoria).
7° Graine de Hongrie. Rhamnus carthartica et saxatilis ; grosseur d’un pois ; estimée.
La décoction de graine de Perse ou d’Avignon est jaune verdâtre ; elle devient orange sous l’influence des alcalis fixes et des terres alcalines.
Ces dernières déterminent la formation d’un léger précipité floconneux.
Elle ne précipite pas par l’acétate de plomb, ou l’acétate de cuivre. Le sel d’étain fait virer la nuance au jaune verdâtre.
MATIERES COLORANTES DE LA GRAINE DE PERSE
MATIÈRES COLORANTES DE LA GRAINE DE PERSE
Xanthorhamnine , Rhamnine , Chrysorhamnine, Rhamnétine , Rhamnoxanthine.
Les graines jaunes renferment un ou plusieurs glucosides colorants, solubles dans l’eau, et, d’après M. Bolley, un principe jaune insoluble qui ne serait autre que la quercétine. Nous avons déjà vu par quel traitement ce chimiste isole la matière colorante identique avec la quercétine ou tout au moins très-voisine.
L’existence d’un ou plusieurs glucosides colorants, est suffisamment démontrée par les travaux de MM. Persoz (1), Gellaty (2), Ortlieb (3), Schützenberger et Bertèche (4).
M. Persoz fait observer que les décoctions de graine de Perse , abandonnées longtemps à elles-mêmes, subissent une fermentation alcoolique, en même temps qu’elles déposent une substance cristalline très-peu soluble.
Ce phénomène dépend évidemment d’une saponification lente d’un glucoside.
Par l’ébullition d’une décoction de graine, additionnée d’acide sulfurique, la même réaction se produit en quelques minutes (Ortlieb).
M. Gellaty a isolé au moyen de l’alcool une quantité notable d’une matière cristalline jaune, formée d’aiguilles soyeuses insipides, soluble dans l’eau froide et l’alcool, insoluble dans l'éther, se dédoublant, par l’ébullition avec l'acide sulfurique étendu, en glucose et en un produit jaune qui se dépose en flocons.
Il donne à la matière génératrice le nom de xantborbamnine et celui de rhamnétine au dérivé.
(1) Traité de l’impression des tissus, t. I.
(2) Edinb. ne w Phil. Journ., t. VII, p.252.
(3) Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse, t. XX\, p. IG.
(4) Bulletins de la Soc. ind . de Mulhouse, t. XXXV, p. 455.
La réaction serait exprimée, d’après M. Gellaty, par l’équation :
C23Hs8014 -f 3H2Û = ClzH24012 -f- CnHl0OB.
Xanthorhamniae.
Glucose.
Rhamuétine.
Ce dernier corps est évidemment le même que celui que M. Ortlieb obtient par l’ébullition d’une décoction de graine additionnée d’acide sulfurique, et que nous avons étudié récemment, M. Bertèche et moi.
Purifié par plusieurs cristallisations dans l’alcool étendu et dans l’éther, il se présente sous forme de fines aiguilles, d’un beau jaune d’or, très-peu solubles dans l’eau bouillante (1 litre en dissout 0gr,6o3) qui se précipitent complètement par refroidissement, assez soluble dans l’alcool et l'éther.
Il a donné à l’analyse des nombres conduisant à la formule C12H10O5. La formule de la xanthorhamnine proposée par M. Gellaty deviendrait, d’après cela,
C24H28014 + 3H20 = 2C6H1206 -f C12H10OB.
Chauffée avec de l’hydrate de potasse, la rhamnétine se dédouble,, comme la quercétine, en une matière sucrée et. en un acide dont nous n’avons pas déterminé la composition.
Chauffée avec de l’acide acétique anhydre, à 140° et en vase clos, elle se transforme en dérivés acétiques d’un jaune très-pâle, insolubles dans l’eau et susceptibles, l’un d'eux au moins, de cristalliser en grains blancs dans l’alcool.
Le dérivé acétique paraît renfermer :
Cl2H7(C2H30)30s.
La rhamnétine fonctionne donc comme un alcool polyatomique. Peut-être doit-on l’écrire :
MATIÈRES COLORANTES DE LA GRAINE DE PERSE
C'2H7Os„,
3C2HsO
C,sH6v )
O3 ou 3(C1 2I130) O5.
En donnant àlaquercétinelaformuie CuH805, on en ferait un homologue inférieur de la rhamnétine, ajoutons que
ChHi°o5 = C12H805 + 112.
Jusqua preuve du contraire, nous n’admettons pas l’identité de la rhamnétine et de la quercétine.
La quercétine est très-sensiblement moins soluble dans l’eau chaude. Une solution bouillante dépose à peine quelques légers flocons par le refroidissement.
Dans tous les cas, on ne saurait confondre le quercitrin et la xanthorhamnine. Cette dernière est infiniment plus soluble dans l’eau. Quoi qu’il en soit, l’analogie est très-marquée et elle nous dispense d’entrer dans de plus amples détails.
M. Kopp fait ressortir une relation intéressante existant entre la méline de M. Stein (1) (acide rutinique) et la rhamnétine.
On a, en effet,
Cl8H2lO'2 = Cl2IIl0O5 -f C6H'206 4- IPO.
M-êliue. Uhamuetine* Glucose.
D’après ses caractères et sa composition, la chrysorhamnine extraite par Kane des graines jaunes, au moyen de l’éther (alcoolique), doit être de la rhamnétine.
Il en est de même de la rhamnine de M. Fleury, extraite du nerprun (2) ; quant à la rhamnoxanthine de monsieur
(1) Journ. für prakt. Chem., LXXXV, 351.
(2) Journ. de pharm., XXVII, 060.
Buchner(l), retirée del’écorce et des graines de bourdaine et du nerprun, elle semble s’éloigner par sa volatilité de la rhamnétine.