Jaune à la graine de Perse, sans étain
ALOÈS
ALOÈS (l).
C’est le suc desséché de plusieurs espèces d’aloès, plante de la famille des Asphodèles, originaire du Cap et cultivée dans les Indes orientales et occidentales, en Égypte, en Grèce, etc.
Le suc efficace est renfermé dans les vaisseaux laticifères, situés au-dessous de l’épiderme. Il est brun jaunâtre, trèsamer.
Le procédé le plus avantageux, pour obtenir un beau produit, consista à couper les feuilles près de leur origine et à les suspendre au-dessus d’un récipient. Le suc qui s’écoule librement est séché au soleil.
L’expression de la plante ou l’extraction par l’eau chaude, suivie d'une évaporation, donne des résultats défectueux.
On distingue plusieurs sortes d’aloès :
(1) Dingler's Polytechn. Journal , LXVIII, G i ; LXXVII, 135; I.XXXIX, 158; CXXXIV, 289 ; CXXXV, 312; CXXXV1I, 238. — Compt. rend, de l’Acad., IX, 820. — Bulletins de la Soc. d’encourag., LIV, C09. — Répertoire de chimie pure, IV, 363; V, 530. — Bulletins de la Société chimique (2), IV, 283. — Journ. fur Prakt. Chem., LXXXIV, 431. — Annalen der Chem, und Pharm., CXXXIV, 229, 23G. — Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse, XXVI, 149.
d° L’aloès du Gap, fourni par X Aloe spicata, arborescens. lingua ;
2° L’aloès socotrin, préparé avec X Aloe socotrina, dans l’île de ce nom ;
3° L’aloès hépatique, foie d’aloès. Il vient des Indes, de Grèce, d’Égypte et s’obtient par l’expression et la concentration du suc ;
4° Aloès Barbade. Les feuilles de X Aloe arborescens sont plongées dans l’eau bouillante, exprimées et le suc est concentré.
Ce suc desséché est résineux d’apparence ; il est en morceaux bruns à reflet verdâtre ; sa poudre est jaune, jaune brun ; sa saveur est amère, son odeur forte et aromatique.
Matières colorantes contenues dans le suc d' aloès, ou formées artificiellement avec lui. — Aloïne-Aloétine. —
Acides aloétique et chrysammique.
Le suc d’aloès contient : 1° un principe jaune, eristallisable, soluble dans l’eau froide, aloïne ;
2° Une substance d’apparence résineuse, soluble dans l’eau bouillante, Xaloétine.
On obtient le premier corps, dit aussi Amer d’aloès, en épuisant l’aloès Barbade par l’eau froide, après l’avoir mélangé à du sable quartzeux. Le liquide, évaporé à consistance d’extrait sirupeux, dépose, au bout de quelques semaines, des cristaux grenus et peu volumineux.
Les autres variétés d’aloès donnent des extraits aqueux trop impurs et d’où l’aloïne ne cristallise pas.
Propriétés. — Aiguilles prismatiques ; saveur douceâtre au début, puis très-amère. Peu soluble, à froid, dans l’eau et l’alcool; plus soluble à chaud; neutre. Donne des solutions jaune clair. Se dissout en orangé dans les alcalis.
Formule. — D’après Stenhouse, C17H1807.
ALOÈS
L 'aloétine, ou résine d’aloès, a été considérée comme un acide (Winkler) , ou comme un mélange de deux acides (Bley). Elle est insoluble dans l’eau froide, plus soluble à
chaud.
Suivant Ulex, l’aloès commercial renferme :
Aloïne 89,2
Aloétine 25,6
Albumine 5,2
M. Kossmann(i), qui a étudié l’aloès du Gap, y a constaté l'existence de deux produits, l’un soluble dans l’eau, l’autre insoluble, et susceptibles de se dédoubler tous deux, par l’ébullition avec l’acide sulfurique étendu, en glucose et en plusieurs corps résineux acides.
D’après lui, le principe aloétique est très-oxydable, surtout en présence des alcalis.
L’aloès soluble aurait pour formule C,7H22Q10 ; son dédoublement fournit de l’acide résineux aloérétique C15H1607, et de l’aloérétine G15H24Q20, qui serait un produit d’oxydation de l’acide aloérétique.
L’aloïne de M. Stenhouse constitue la forme primitive de l’aloès, telle qu’elle se trouve dans les cellules laticifères de Yaloe spicata. Sous cette forme elle est cristalline et peu
colorée.
Dès qu’elle subit l’action de l’air, de l’eau et de la chaleur, elle devient amorphe et se colore en brun.
La partie insoluble aurait pour formule C51Iic0Û27 et donne, avec l’acide sulfurique étendu et bouillant, de la glucose et de l’acide aloérésinique , C15H1606.
L’aloïne primitive 3C17H1807 en s’hydratant et en
(1) Journal rie pharmacie et de chimie, septembre 1801 . — Répertoire de chimie pure, V, 1863, 530.
s’oxydant, pendant la concentration du suc d’aloès, donne l’aloès soluble et l’aloès insoluble.
3C17Ht807 + O3 + 6H20 = 3Cl7H22010
Aloès soluble.
3C17H,807 -j- 0:i -f- 31 FO = C51H60O'27
Aloès insoluble.
Sous l’influence de l’acide nitrique, l’aloès donne deux composés nitrés, colorants. Le premier, acide aloétique , se prépare en chauffant, au bain-marie, 8 parties d’acide azotique à 36° Baumé et 1 partie d’aloès. On enlève du feu dès que l’effervescence se manifeste ; lorsque celle-ci est calmée, on concentre et l’on ajoute de l’eau. Il se dépose une poudre jaune, composée d’acide aloétique impur et mélangée à de l’acide chrysammique. Les deux corps peuvent être isolés, en utilisant l’insolubilité de l’acide chrysammique dans l’alcool chaud, ou l’insolubilité du chrysammate de potasse dans l’eau, et la solubilité inverse de l’acide aloétique ou de l’aloétate de potasse. C’est une poudre orangée, cristalline, amère, peu soluble dans l’eau froide, soluble dans l’eau chaude et l’alcool , soluble en rouge dans les alcalis fixes. Avec l’ammoniaque, on obtient une dissolution violette qui renferme une amide. Les aloétates de potasse alcalins sont solubles et cristallisables. Les aloétates alcalino- terreux, terreux et métalliques, sont insolubles.
Formule probable, C7H2 (Az02)20.
Sous l’influence d’un excès d’acide nitrique concentré et bouillant, l’acide aloétique se change en acide chrysammique C7H2(Az02)202.
M. Sacc (1) prescrit d’opérer comme il suit, dans la préparation industrielle de cette matière colorante.
On chauffe, au bain-marie, 8 kilogrammes d’acide nitri-
(I) Bulletins de la Soc. indust. de Mulh., t. XXVI, p. 1 49 et suiv.
ALOÈS
que à 36° Baume dans lequel on a mis 1 kilogramme d’aloès en gros morceaux. Quand l’effervescence s’est calmée, on peut employer le liquide, renfermant alors de l’acide aloétique, en l’étendant de son volume d’eau. Si l’on veut, au contraire, obtenir de l’acide chrysammique, au lieu d’eau on ajoute 1 kilogramme d’acide nitrique, et l’on chauffe tant qu’il se dégage un gaz ; le liquide est versé dans l’eau.
L’acide se sépare en flocons, on lave par décantation et enfin sur un filtre, jusqu’à ce que l’eau prenne une teinte pourpre. On obtient 40 à 50 grammes de produit, sous forme d écaillés d’un beau jaune doré. Dans cette réaction, il se forme en même temps de l’acide oxalique et de l’acide picrique.
L’acide chrysammique est à peine soluble dans l’eau froide, qu’il colore néanmoins en beau pourpre, il se dissout facilement dans l’alcool et l’éther. Les chrysammates, même ceux à base d’alcali , sont peu ou point solubles. Cristallisés , ils ont un reflet doré verdâtre.
L’acide chrysammique fait explosion par la chaleur ; l’acide sulfurique le décompose avec un dégagement abondant de gaz et production d’un corps violet, que l’ammoniaque dédouble en une substance bleue insoluble, et en un produit hleu soluble.
Les sulfures alcalins transforment l’acide chrysammique, en présence de la potasse, en un corps bleu qui cristallise, par le refroidissement de la solution potassique, en belles aiguilles, rouges par réflexion, et bleues par transparence (hydrochrysamide), insolubles dans l’eau et l’alcool. Le protochlorure d’étain produit un effet analogue, il en est de même du sulfhydrate d’ammoniaque.
L’ammoniaque don$e, avec l’acide chrysammique, deux amides. L’une, la chrysamide C7H3(Az02)‘2Az0, cristallise en aiguilles brun rougeâtre, à reflets vert métallique; l’autre, l’acide chrysamidique G7H5(Az02)2Az02, est d’un vert olive foncé. Nous voyons, d’après cela, que l’aloès est riche
en produits colorés, aussi ne serons-nous pas étonnés de "voir ce produit attirer de bonne heure l’attention des industriels.
MM. Boutin en 1840, Ed. Robiqueten 1847 et Sacc en 1854 ont cherché à appliquer les matières colorantes de l’aloès, ou celles qu’il peut fournir artificiellement, à la coloration des tissus.
Voici, en résumé, les résultats obtenus par l’habile chimiste deWesserling :
1° Une décoction d’aloès sucotrin, épaissie et additionnée d’acétate d’alumine, imprimée et vaporisée, donne sur calicot une teinte noisette pâle, sur laine une teinte jaune-serin.
2° La même décoction, additionnée de pyrolignite de fer, donne sur calicot une teinte noisette foncée, sur laine une teinte bistre clair.
3° La même décoction, avec aluminate de soude, donne sur calicot un noisette très-vif et, avec stannate de soude, une teinte poussière claire.
4° Le bain d’aloès, additionné d’acide nitrique ou d’ammoniaque, donne sur laine un jaune brun assez foncé.
L’acide aloétique, obtenu par l’oxydation partielle de l’aloès, donne sur laine un brun foncé nourri, qui s’éclaircit par un passage en solution très-étendue de bichlorure d’étain, et qui passe au bistre foncé par un passage au protochlorure d’étain.
Le même bain d’acide aloétique, mais saturé par l’ammoniaque, donne sur laine une teinte mousse foncée, et sur coton un beau gris souris, résistant au savon.
La même couleur, additionnée de bichlorure d’étain donne sur laine un bistre foncé, et additionnée d’acétate d’alumine, elle donne sur laine un joli vert mousse et un beau gris sur calicot. La laine passée en aloétate d’ammoniaque, et séchée à l’air, se teint en vert mauve solide. L’acide chrysammiqué, seul, teint la laine en brun foncé et riche, la soie en brun pourpré. Le chrysammate de soude donne à