LIVRE QUATRIÈME
Pendant longtemps on s'est borné, dans les procédés de teinture et de coloration des tissus, à appliquer les matières colorantes que les règnes végétal et animal nous offrent toutes formées.
Les progrès accomplis dans cette voie consistaient à rechercher des méthodes convenables pour rendre les couleurs dérivées plus belles et plus stables, et à augmenter, par des investigations poussées dans la flore de tous les pays, les ressources dont on disposait.
Le climat de l'Europe n'est pas favorable à la culture de la plupart des plantes tinctoriales ; aussi avons-nous été, durant cette période, sous la dépendance du commerce d'outre-mer.
L'étude des composés organiques, poursuivie d'année en année, par une vaillante armée de chimistes, amenait, pendant ce temps, la découverte d'une innombrable quantité de produits artificiels. Quelques-uns de ceux-ci jouissant de propriétés colorantes et tinctoriales bien définies, l'industrie sut s'en emparer et élargit considérablement ses moyens d'action.
Avouons, cependant, que dans la recherche des couleurs
factices la pratique a souvent devancé les investigations de la science.
G*est ainsi que des lichens parfaitement incolores fournissaient, sous rinfluencede Tairet de Turine putréfiée, une belle substance rouge violacée, bien avant que les chimistes se soient emparés de cette question, pour montrer comment les acides colorables de ces plantes se changent en orcine et celle-ci en orcéine colorée, sous l'influence de l'oxygène et de l'ammoniaque.
On préparait la cochenille ammoniacale sans savoir au juste à quel ordre de réaction il convenait d'attribuer le développement de cette nouvelle nuance amaranthe.
Abandonnant Tordre historique, pour étudier en premier lieu les matières colorantes les mieux définies dans leur composition, leur constitution chimique et leurs propriétés, nous allons passer en revue ceux de ces corps que l'industrie doit réellement au progrès de la chimie pure. Les jprincipâux groupes de composés orga^niques dont elles dérivent nous serviront de base de classification.
Nous trouvons ainsi :
l*" Les couleurs dérivées de Tacide uriqùe.
2" Les couleurs engendrées, par* l'aniline et les alcalis huileux non oxygénés, homologues, isologues et analogues de l'aniline.
3° Les couleurs de l'acide phénique ou phénol et de ses analogues. -
4'' Les couleurs de la Naphtaline.
o** Les couleurs dérivées dés alcaloïdes végétaux.
6** Quelques couleurs d'origines diverses.
Le lien commun de tous les produits organiques eât la préi^eoee; du 'Carbone comme élément constituant essentiel de Ifliirmplécule.' • . ., .
Les uns sont formés de carbone, d'hydrogène et d'oXygène; les autres renferment en outre de l'azote, avec ou sans oxygène.
COULEURS DERIVEES 1)£ L AOIOK URIQUE. 39 9
Us sont^ par oon&équent, comme toutes les matières orga^ niques, if^stables souslUafluence de la chaleur, faciles à transformer, dans diverses conditions, et combustibles en présence de l'oxygène et d'une ternpérature élevée. Les produits de la combustion sont : Tacide carbonique, Teau et Fazote.
Parmi les couleurs organiques, les unes fonctionnent comme acide» faibles, les autres sont de véritables alcalis à la manière de raanmôniaque, d'autres enfin sont neutres.
Nous n'entrerons, pas ici plus loin dans le domaine des généralités, de craibte de^ toucher à des connai^ances non encore acquises.