‹ Traité des matières colorantesChapitre 107 sur 124 · ACIDE URIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE URIQUE

C«H*Az*0» + H*0*. ,

Il n'a pas encore été reproduit artificiellement, pas même au ipoyea de çi^s dérivés les plus directs, ce qui ne consti-

(1) Beaucoup de documents relatifs à riïistoire industrielle de cette couleur m*ont été fournis par M*. OU. Lauthi dont les travaux ont puissan^n^nt contribué à propager remploi du rouge de murexide dans la teinture et Timpression. Ce rouge n'est plus employé, mais il a servi à fixer Tattention des fcoloriates sur lé parti que Ton peut tirer des couleurs artificielles, et par conséquent, il a inauguré >une phase nouvelle pour l'industrie des toiles peintes.

tuerait encore qu'un cercle vicieux. C'est un produit excrémentitiel, un des termes de la destruction et de l'oxydation des composés azotés protéiques albuminoïdes, au sein de l'économie animale. Les conditions de cette oxydation n'ont pas pu être trouvées en dehors du laboratoire physiologique.

U fïit découvert par Scheele (1) dans les calculs vésioaux, et reçut de lui le nom d'acide lithique. Vauquelin le retrouva dans les excréments de serpent, formés en majeure partie d'urate adde d'ammoniaque, Brugnatelli démontra son existence dans les excréments des vers à soie , et Robiquet dans les cantharides.

L'acide urique est constant et normal dans l'urine des mammifères et surtout des carnivores.

Le sédiment rouge&tre qui se sépare dans l'urine, après la fermentation acide, se compose d'acide urique. Les concrétions déposées dans les articulations des goutteux sont formées d'urate de soude. Les excréments d'oiseaux en contiennent de notables proportions. Le guano produit par l'accumulation séculaire et progressive de la fiente d'oiseaux aquatiques, sur les rochers de certaines îles de la mer du Sud, près du Pérou et de la Patagonie, constitue, non la source la plus riche, mais certainement la plus abondante et la seule industrielle de ce corps. La condition essentielle pour la formation de couches de guano est l'absence des pluies dans les parages où on le trouve.

Propriétés, — A l'état sec et pur, l'acide urique se présente sous forme d'une poudre d'une blancheur éclatante, composée de paillettes cristallines satinées , sans odeur ni saveur. U est insoluble dans l'eau froide, soluble dans 1800 à 1900 parties d'eau bouillante.

L'acide sulfurique concentré et chaufTé à 60* le dissout

(1) En 1776, Scheele obserra également que la solation nitrique d'acide urique teint la peau en rouge solide.

facilement sans le décomposer, et laisse déposer par le refroidissement des cristaux volumineux contenant

C»H*Az*0» + 4S0*H«,

que l'eau décompose immédiatement en précipitant Tacide urique.

Cet acide est bibasique. Il donne avec les alcalis des sels neutres C* H^ M^ Az* 0' solubles et des urates acides G* H' MAz* 0^ insolubles ou peu solubles.

Les autres urates préparés par double décomposition sont insolubles.

Les acides forts décomposent les urates alcalins et précipitent de Tacide urique. L'acide carbonique donne, dans les solutions des urates neutres alcalins, des dépôts d'urates acides.

L'acide urique donne naissance à de nombreux dérivés, particulièrement étudiés par MM. Liebig et Wœhler (1). Parmi eux figure la belle matière colorante pourpre , qui a fixé l'attention des industriels.

Voici en résumé les principales réactions :

1* Sous l'influence des agents oxydants, tels que l'acide azotique ou un mélange d'acide chlorhydrique et de chlorate de potassium, il se dédouble en urée et en alloxane.

CWAz*0» + H*0 + 0 — CH*Az*0 + C*ïPAz»0*

Ae« arique. Urée. Alloxane.

2** Par une oxydation plus avancée l'alloxane elle-même se transforme en acide parabanique :

C*H«Az«0» + 0 — CO* + CWAzH)»

Alloxane. Ac. parabanique.

(1) Annalen tfer Chemie und Pharm.y XXVI, 241.

3" Les agents réducteurs (hydrogène sulfuré, mélange de zinc et d*acide chlorhydrique), désoxydent l'alloxane et la convertissent en alloxantine :

2C*H*Az«0* + H« = C«H*AzW + H«0

Alloxane. Alluiaatiue.

4** A l'ébullition, l'hydrogène sulfuré convertit l'alloxane en acide dialurique :

C»H«Az«0* + H« = C*H*Az«0*

Ailozane. Ae. dialurique.

5' L'ailoxantine traitée par du chlorhydrate d'ammoniaque se dédouble en alloxane et dialuramide :

C»H*Az*0^ + ClAzH* = C*HUz«0* + CWAzW + CIH

▲lluxanline. Alloxane. Dialuramide.

6* La murexide ou purpurate d'ammonium (C*H*[iiH*]\i^O*) se forme dans les circonstances suivantes :

a. Par l'oxydation de la dialuramide par l'oxyde de mercure ou l'oxyde d'argent :

2C*H»AzW -)- 0 « CWAz60« + H«0

Dialuramide. Murexide.

b. Par l'action de l'ammoniaque sur l'ailoxantine :

C»H*AzW + 2AzH» = C«H»Az«0« + H«0

Àlluzautine. Murexide.

c. Par l'action de l'ammoniaque ou du carbonate d'ammoniaque sur l'alloxane, ou mieux un mélange d'alloxane et d'alloxantine.

d. Par la décomposition sèche de l'alloxane seule, ou mieux encore en présence d'une matière organique azotée.

Préparation de V acide urique. C'est en 18S3 que l'on

songea sérieusement à appliquer la murexide sur 'tissus; avant cette époque, les chimistes préparaient la petite quantité d'acide urique nécessaire à leurs expériences, au tooyendes excréments de boa, des calculs de la vessie, du de la fiente de pigeons ou de poules. • I

Ces produits contiennent principalement de Turate acide d'ammonium. La masse est bouillie avec une solution de potasse caustique à 10 p. 100, jusqu'à disparition complète de toute odeur ammoniacale. Le liquide, traité par un courant d'acide carbonique , donne un précipité d'urate acide de potasse. Celui-ci est lavé, redissous dans la lessive alcaline, et la solution sursaturée par deTacide chlorhydrique abandonne l'acide urique tout à fait blanc, si Ton s'est servi d'excréments de boa. Quand on emploie les excréments d'oiseaux, il vaut mieux remplacer la potasse par du borax ; on dissout moins . de matières animales étrangères. L'acide obtenu ainsi coûtait environ 4 à 500 fr. le kilogramme. Le prix s'abaissa rapidement à 30 et même à 12 et 10 fr. le kilogramme, dès que le produit trouva un débouché industriel.

M. Kessler, fabricant à Metz, a le premier préparé de l'acide urique à des prix abordables.

Le guano, seule matière première utilisable en grand, est un mélange assez complexe d'urate acide d'ammoniaque, d'acide urique, de guanine ; de phosphates, d'oxalates, de carbonates d'ammoniaque, de chaux et de magnésie, de sable, de sulfate de chaux et de diverses matières organiques (albumine, mucus ; matières brunes, ulmîques, etc.)

Une bonne méthode d'extraction industrielle consiste à traiter le guano par de l'acide chlorhydrique étendu et chaud, qui enlève l'ammoniaque et dissout les phosphates, carbonates et oxalates alcalino-terreux.

On décante le liquide acide clair après dépôt et on le fait servir à de nouveaux épuisements jusqu'à ce qu'il soit saturé.

Le résidu insoluble traité une seconde fois par l'acide, lavé et séché, peut servir directement à la fabrication de la murexide. C'est un mélange de sable, de sulfate de chaux, d'acide urique et de quelques matières organiques.

On préfère, le plus souvent, arriver à un produit plus pur ; à cet effet, on traite l'acide brut par une lessive étendue et bouillante de soude caustique et on précipite par l'acide chlorhydrique. 150 kilog. de guano exigent environ 150 kilog. d'acide chlorhydrique, tant pour le premier traitement que pour saturer la soude, et 60 kilog. de cristaux de soude caustifiés préalablement par 60 kilog. de chaux.

On peut calculer, d'après cela, le prix de revient de l'acide urique.

150 kil. de guano à 35 fr. les iOO kil 52',50

4 50 kil. d'acide chlorhydrique 1 8',00

60 kil. sel de soude cristallisé 15',50

60 kil. chaux 2',00

Main-d'œuvre j combustible, frais généraux 30',50

Le rendement au minimum est de 10 p. 100 , on obtient par conséquent 18 kilogr., et 1 kilogr. coûte 8 francs.

M. Lauth a proposé de délayer le guano dans l'acide sulfurique concentré et de précipiter par l'eau la bouillie claire ainsi formée. Le dépôt lavé à l'eau est ensuite traité par la soude caustique comme ci- dessus.

M. Baeyer(l) a cherché à reproduire artificiellement l'acide urique, eu faisant réagir le cyanate de potasse en solution aqueuse sur la dialuramide. La réaction se fait dans le sens prévu, d'après l'équation

C*H8Az»0» + CA^ ) Q c»H*A2*0» -|- H«0. (1) Annalen der Chemie und Pharm., t. CXXVII, p. 1 et 199.

Mais, au lieu d'acide urique , on obtient un isomère, Tacide pseudo-urique qui donne des sels à un atome de métal plus ou moins solubles dans Teau. L'action de l'acide nitrique sur l'acide pseudo-urique, donne de l'alloxanc et de l'urée, comme avec l'acide urique lui-même.

AUoxane, Elle cristallise dans l'eau sous deux formes distinctes. Pendant le refroidissement d'une solution saturée à chaud, elle prend la forme de prismes volumineux à base rectangulaire, contenant quatre molécules d'eau de cristallisation. Ces cristaux sont très-efflorescents. Si, au contraire, ils se déposent d'une solution chaude, ils sont petits, non efflorescents et ne contiennent qu'une molécule d'eau, leur forme est celle d'octaèdres rhomboïdaux.

L'alloxane est très-soluble dans l'eau, de couleur jaune clair. Ses solutions tachent, au bout de quelque temps, l'épiderme en rouge pourpré. Par l'ébullition avec de l'eau Talloxane s'altère et se transforme en un mélange d'alloxantîne et d'acide parabanique, avec dégagement d'acide carbonique :

3C*H«Az'0* «- C«H*Hz*OT + C'H«Az*0' + CO»

Alloxsne. Alloxantiue. Ac. purabauique.

Elle forme avec les alcalis et les terres alcalines des combinaisons (alloxanates G* H^ M^ Az^ 0*) dont les acides forts séparent, non de l'alloxane , mais de l'acide alloxanique G* H* Az2 0*.

Un excès d'ammoniaque transforme l'alloxane en acide mycomélique :

C*H«Az«0* + 2AzH» = C*H*Az*0* 4- H*0*'

Alloxaue. Ac. mycomélique.

L'alloxane bouillie avec la baryte se dédouble en urée et acide mésoxalique :

C*H«Az«0* + H*0« « CH*Az«0 + C«HH)»

Alloxane. Uré«. Ac. mésoxalique.

4 or» TRAITE DES MATIÈRES COLORANTES.

Préparation de Falloxane. Le procédé généralement suivi consiste à oxyder l'acide urique par Tacide nitrique. On ajoute l'acide urique, par petites portions à la fois, à de l'acide nitrique exempt de vapeurs nitreuses, en remuant après chaque addition, et en ayant soin d'éviter une trop forte élévation de température. On emploie environ une partie d'acide urique pour trois à quatre parties d'acide nitrique. A mesure que l'alloxane se forme , elle se dépose en petits cristaux qu'on sépare de l'eau mère acide. Après les avoir fait égoutter sur un entonnoir bouché avec de l'amiante ou du verre pilé, ou encore du coton-poudre, on les étale sur des briques absorbantes. Le produit est redissous à 60** dans aussi peu d'eau que possible, et abandonné à la cristallisation .

Murexide, La belle matière colorante pourpre formée dans les circonstances relatées plus haut, et connue sous le nom de murexide ou de purpurate d'ammoniaque, a été découverte par Scheele, étudiée par Prout (1), et particulièrement par MM. Liebig et Wœhler, qui établirent sa véritable composition.

On doit considérer la murexide comme le sel ammoniacal d'un acide non encore isolé, l'acide purpurique. Lorsqu'on cherche à remplacer, dans le purpurate d'ammoniaque, l'ammonium par de l'hydrogène, par voie de double échange avec un acide minéral fort , l'acide purpuriqiie se dédouble en alloxane et dialuramide :

Vm^kzHf -4- H*0 = C*H*Az«0* + G*H»A2W 'Acide purpurique. Alloxane. Dialuramide.

La murexide cristallise en prismes quadrilatères raccourcis, d'un beau vert doré, comme les ailes de scarabée. Placés entre l'œil et la lumière , ils paraissent rouge-

(1) Annalen of Philosopha, XIV, p. 3C3.

grenat. La poudre est rouge. Les cristaux contiennent une molécule d'eau qu'ils perdent à 100\

Elle est insoluble dans l'alcool et l'éther, peu soluble à froid dans l'eau qu'elle colore néanmoins en rouge, plus soluble dans l'eau chaude.

Le purpurate d'ammoniaque se dissout beaucoup mieux dans une solution de nitrate de plomb ayec lequel il ne fait pas double décomposition. II donne avec un certain nombre de sels métalliques (baryuûi, argent, mercure) des précipités de purpurates insolubles. L'acétate de plomb précipite également, au bout d'un certain temps, la murexide. Elle se dissout dans la potasse caustique avec une magnifique coloration bleue qui disparaît sous l'influencé de la chaleur.

M. Beilstein (1) considère l'acide purpurique comme bibasique. La murexide serait du purpurate acide d'ammonium ^ Les sels acides se forment plus facilement que les sels neutres. Il donne l'analyse d'un certain nombre de purpurates obtenus par double décomposition, tels que :

1* Le purpurate acide de potassium C*H*KAz*0*, poudre rouge-brun, cristalline, obtenue eh précipitant une solution concentrée de murexide par un excès de salpêtre, et en faisant bouillir pour décomposer toute la murexide.

2* Le purpurate acide de sodium, C*H*NaAz*0®; sel rouge peu soluble; il se prépare comme le précédent.- La coloration bleue due à l'action des alcalis dérive de la production d'un sel neutre.

3"* Le purpurate acide de baryum ; précipité vert foncé.

4** Le purpurate neutre de chaux ; précipité cristallin vert foncé.

S® Le purpurate acide d'argent :; précipité d'un pourpre clair, obtenu en décomposant la murexide par le nitrate d'argent, en présence d'un léger excès d'acide azotique.

6* Le purpurate neutre d'argent ; précipité brun-rrouge.

(U Ânnalender Chemieund Pharm,, CVII, p. 176.

7* Le purpurate de mercure ; précipité pourpre magnifique, obtenu par l'acétate de mercure et la murexide.

Préparation de la murexide (1). En grand aussi bien que dans les laboratoires, cette opération est délicate et difficile à mener à coup sûr. Les conditions de succès doivent être déterminées avec soin et précision, à cause de Textrème facilité avec laquelle cette substance se transforme, dès que l'on dépasse les proportions convenables des corps réagissants et le degré de chaleur voulu.

Nous ne parlerons ici que des procédés industriels. Au début, la murexide se vendait en p&te , puis en poudre, mais on finit par la livrer en cristaux.

-Murexide en pâte , carmin de pourpre. On dispose à la suite les unes des autres une série de terrines en grès de 5 à 6 litres de capacité, en versant dans chacune i litre d'acide azotique. On ajoute Tacide urique par petites portions à la fois, en employant les précautions indiquées à propos de la préparation de l'alloxane. Les vases sont beaucoup plus grands que le contenu, afin que là mousse abondante qui se forme ne déborde pas. Chaque terrine exige environ 1 kilog. d'acide urique. L'opération est terminée au bout de 10 à 12 heures et donne un liquide brun qui renferme du nitrate d'urée, de l'alloxane, de l'alloxantine et de l'adde parabanique, avec un dépôt d'acide urique non modifié. La présence simultanée de l'alloxane et de l'alloxantine est très-favorable au développement du rouge. Ces deux corps forment à la surface du liquide une croûte cristalline.

Cette solution acide est évaporée au bain-marie, dans des chaudières en fonte émaillée, à une température qui ne doit pas dépasser 80"*. Elle se colore peu à peu en rouge et finit, en s*épaississant, par devenir d'un brun foncé. La pâte durcit par le refroidissement.

(1) Communication de M. GU. Lauth. Hoffmann, Bappnrt du jury interna* tional, 1862, p. iU. — Broomann, Bepert of Pat Inv,^ 1857, 426.

Pendant la concentration, l'urée se décompose, et l'ammonîaque naissante qui en dérive réagit sur le mélange d'aïloxane et d'alloxantine, pour donner la murexide. Il est plus avantageux de saturer l'acide nitrique libre, avant de chauffer, soit par de l'ammoniaque, soit par du carbonate de soude; dans ce dernier cas il se forme du purpurate de soude.

Murexide en poudre, M. Lauth a proposé le procédé suivant : On dissout 1 kilog. d'acide dans 900 grammes d'acide azotique ; on neutralise par 200 grammes d'ammoniaque, puis on chauffe au bain-marie. Quand la température a atteint 70 à 75*, on ajoute au mélange 125 grammes de sulfite de soude. Il se forme de l'alloxantine, et immédiatement après de la murexide. Le produit est lavé avec soin et séché à l'étuve. 1 kilog. d'acide urique donne par ce procédé 400 grammes de murexide en poudre, coûtant environ 30 fr. le kilog.

Murexide en cristaux. On forme une solution d'alloxane à 30"* Baume, et on la sature par l'ammoniaque en ayant soin de n'ajouter cette dernière que peu à peu et en attendant chaque fois que le bain soit redevenu acide. Quand la saturation est complète, ce qui exige environ 30 p. 100 en volume, on chauffe. La solution rougit promptement, et devient d'un pourpre magnifique. A ce moment on abat le feu et on laisse refroidir. La murexide se sépare alors en cristaux.

M. Cam. Kœchlin obtenait de la murexide cristallisée en employant directement la solution d'acide urique dans l'acide azotique, traitant par une quantité convenable d'ammoniaque et chauffant à GO"".

La murexide en pâte, coûtant d'abord 36 fr. le kilog., a été vendue 12 à 10 fr.

La murexide en poudre s'est abaissée de 120 à 40 fr.

La murexide cristallisée valait de 60 à 70 fr. le kilog.

Par l'action du cyanure de potassium sur l'acide picrique

(trinitrophénique), M. Hlasiwetz obtient un sel dont la composition et beaucoup de propriétés sont semblables à celles du purpurate de potassium. Quelques chimistes considte^nt les deux produits comme identiques. Nous parlerons de ce corps à propos des couleurs dérivées du phénol ; il est connu sous le nom dlsopurpurate de potasse.

D'après les expériences de Rochleder (1), on obtient par l'action du chlore sur la caféine , en présence de Teau, un produit que l'on peut considérer conune de la diméthylalloxantine

C«(CH»)»Az*0'.

La caféine a pour formule C*H*®Az*0^ et s'extrait du café et du thé.

La diméthylalloxantine cristallisée donne avec les alcalis et les terres alcalines des combinaisons d'un violet foncé. L'ammoniaque la convertit en un corps violet foncé dont les solutions sont rouge-murexide. Ce dérivé peut être considéré comme de la diméthylmurexide.

La diméthylalloxantine devient bleu d'indigo avec les sels ferreux et l'ammoniaque ; elle produit sur la peau des taches rouges.

APPUCATION DE LA MUREXIDE ET DES PURPURATES A LA COLORATION DES FIBRES TEXTILES.

Les premiers essais sérieux de coloration des fibres datent de 18S3. Ils ont été faits par M. A. Schlumberger (2) sous l'inspiration et la direction de M. le docteur Sacc. M. Sacc avait été frappé de la belle coloration pourpre que prennent

(1) Annaien der Chemie und Pharm., t. LXXr, p. 1 et LXXXIII, p. &G et

(2) Mémoire traitant du rouge de murexide sur laine ^ par M. Schlumberger. Bulletin de la société industrielle de Mulhouse, t. XXV, p. 242, 28 septembre 1853.

NATIÈItES COLORANTES ORGANIQUES ARTIFICIELLES. 41 1

les ongles et la peau après avoir été mouillés quelque temps^ auparavant avec une solution d'alloxane.

Cependant Prout, dès le commencement de ce siècle, avait montré que les purpurates de zinc , de mercure et d'argent peuvent, grâce à leur éclat et à leur insolubilité, servir en peinture.

En 1820, le docteur Kopp, de Hanau, appliqua Tacide purpurique de Prout sur plusieurs espèces de tissus sur lesquels il développe, à Taide du fer chaud, une couleur pourpre dont il ne dit rien de plus. M. Liebig essaya d'appliquer la murexide sur la soie, mais sans grand succès.

Le procédé primitif de MM. Sacc et Schlumberger ne s'applique qu'à la laine et consiste à mordancer la fibre dans une solution de parties égales de bichlorure d'étain et d'acide' oxalique, marquant 1** pendant une heure, à30* Réaumur ; on lave ensuite et on sèche. La laine ainsi préparée est plongée dans un bain d'alloxane contenant de 2S à 60 grammes par litre, puis exposée à l'air pendant quelque temps, dans une atmosphère humide et à 20*" Réaumur (1). On développe la nuance rouge-amaranthe en appliquant le tissu sur une plaque en tôle chauffée à la vapeur et en le repassant de l'autre côté avec un fer également chauffé à 100".

La chaleur sèche est ici nécessaire et ne peut être remplacée par le vaporisage qui ne donne pas de rouge ; bien plus, un tissu, coloré en amaranthe par le procédé précédent, se décolore lorsqu'on le passe à la vapeur ou en eau bouillante. Ce dernier effet paraît dû, d'après les essais de M. Schlumberger, à l'influence de l'acide stannique du mordant, car la laipe non mordancée, chargée d'alloxane modifiée par une première chaleur sèche, non-seulement supporte l'eau bouillante, mais y acquiert encore une teinte

(f ) H. D. Dollfiis a observé qu'en soumettant les tissus imbibés d'alloxane à l'action de vapeurs ammoniacales concentrées, l'aérage préalable devenait inutile^ et que le mordançage même n'est pas nécessaire.

égale à celle donnée par les laines préparées. Cette méthode n'a pas été suivie en grand, d'abord parce que le chauffage nécessaire est peu pratique, mais surtout à cause de Textrême difficulté que Ton éprouvait à obtenir des teintes égales et uniformes, le rouge se développant mieux sur certaines places que sur d'autres.

En remplaçant l'alloxane (matière colorable) par la murexide (matière colorante), MM. Depouilly frères et Lauth réalisèrent un grand progrès.

Le brevet de MM. Depouilly date du mois de juillet 18S5 et se rapporte à la teinture de la soie et à la production d'une belle laque pourpre, laque de Prout ou purpurate de mercure.

Une solution de murexide donne avec l'acétate de mercure un beau précipité pourpre, d'une pureté et d'une richesse remarquables. Le sublimé corrosif ne précipite pas le purpurate d'ammoniaque , mais un mélange de ces deux sels est éminemment propre à teindre la soie, qui prend rapidement dans ce bain une teinte d'un riche cramoisi. On prépare séparément des solutions aqueuses de murexide et de sublimé, contenant chacune respectivement 8 p. 100 de matière. Les deux liqueurs sont mélangées à froid dans des proportions convenables et le bain est acidulé avec de l'acide azotique; on y manœuvre la soie à tiède jusqu'à ce que la teinle convenable ait été obtenue. Une immersion subséquente en solution de sublimé à 3 p3url00 avive encore la couleur ; on lave ensuite à l'eau alcalisée avec du carbonate de soude, puis à l'eau pure. En remplaçant le sel mercuriel par un sel de zinc, on obtient de fort beaux oranges à base de purpurate de zinc.

Pour teindre la laine, on peut la passer d'abord dans un bain de sublimé, puis en murexide, ou procéder à l'inverse, passer en murexide, puis en sublimé chaud additionné d'un peu d'acétate de soude. On ajoute alors quelquefois du nitrate de plomb au bain colorant, pour favoriser la fixation.

MM. Depouilly frères ont été les premiers à se servir de sels métalliques pour donner à la murexide la solidité dont elle est complètement dépourvue.

M. Lauth s'est occupé avec succès de la teinture et de rimpression du coton avec cette matière colorante. Son brevet date du mois d'août 1856 et ses premiers essais remontent au mois de novembre 18S5; ils ont été commencés d'après le conseil de M. J. Persoz.

M. Lauth imprime sur coton un sel de plomb, acétate et nitrate mélangés, fixe l'oxyde ou un sous-sel par un agent saturant (ammoniaque liquide étendue), lave et teint en murexide, à froid. On forme ainci du purpurate de plomb ; après un lavage parfait on transforme ce sel, d'une nuance médiocre; en purpurate de mercure, par un passage dans un bain de bichlorure additionné d'acétate de soude et d'acide acétique.

Ce procédé fut essayé en premier lieu chez MM. Koechlin, frères, et MM. Zuber, à Rixheim, montaient en même temps la fabrication de la murexide.

La méthode de M. Lauth échoua par suite de la difficulté avec laquelle le mordant de plomb se fixe régulièrement. Elle fut remplacée par une autre plus pratique due à l'initiative des chimistes de la maison DoUfus, Mieg et C".

Dans ce nouveau procédé, généralement adopté, la murexide est dissoute dans du nitrate de plomb, la couleur est épaissie et imprimée, et le tissu est suspendu quelque temps dans une chambre d'oxydation , puis passé dans une atmosphère ammoniacale, ou même en ammoniaque liquide ; enfin le purpurate de plomb est modifié par un bain d'acétate mercurique comme dans la méthode de M. Lauth. On arrive ainsi à plus de régularité et à une plus grande facilité dans le travail ; en effet, il est toujours avantageux de remplacer le foulardage par l'impression pure et simple.

Les couleurs murexides ont eu un succès éphémère malgré leur beauté.La cause principale de leur chute complète a été

4U THAITË DES MATIÈRES CULOIlANTEii.

la découverte, faite peu de temps après, du rouge d'anîtine, plus solide et plus facile à manier.

Elles résistent assez biea au soleil, mais se décolorent avec la plus grande facilité sous l'influence de l'acide sulfureux ; de sorte qu'à Londres, par exemple, où l'atmosphère contient toujours un peu de ce gaz, par suite de l'usage exclusif de combustible minéral, on trouvait le? tranches des pièces, conservées en magasin, complètement décolorées.

L'échantillon suivant donne une idée de la teinte que l'on peut réaliser avec cette matière colorante.

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