MATIÈRES COLORANTES DÉRIVÉES DE L'ANILINE
cas, mais ua coulage d'un ordre particulier, différent de ceux résultant d'une trop grande fluidification de la couleur. C'est un coulage par volatilisation dû à la nature même des principes constituants du noir. Aussi, tant qu'il y a travail, éléments indécomposés, aniline libre non oxydée en un mot, les conditions atmosphériques de l'aérage doivent être surveillées avec circonspection , n'être jamais prolongées au delà du terme de maturité suffisante, à moins d'une ventilation assez énergique pour éviter l'accumulation de vapeurs susceptibles de se condenser sous forme d'auréoles.
Les accidents d'irradiations sont d'autant plus sensibles que le tissu est plus léger.
Si quelque entrave accidentelle doit retarder le lavage et si l'on veut arrêter les progrès du noir, il suffit de faire passer les pièces dans une atmosphère chargée de gaz ammoniac.
L'aniline imprimée peut porter ses ravages au delà des limites du dessin et ternir toutes les impressions telles que cachou, oii se trouvent réunies les conditions de saturation et d'oxydation de cet alcaloïde.
Un autre genre d'accidents se produit lorsqu'on imprime et qu'on fixe du noir d'aniline à côté ou à proximité des mordants. Ceux-ci sont alors saturés en partie et précipités avant la fixation du sesquioxyde et par conséquent dégradés à tel point qu'ils n'accuseront plus, après passage en bain colorant, qu'une nuance moitié moins intense. Réciproquement l'acide acétique dégagé pendant la fixation du mordant acétate s'opposera au développement du noir qui n'apparaîtra plus que comme un gris plus ou moins foncé.
Enfin les vapeurs aniliques, émanées d'une couleur imprimée pour noir, peuvent déterminer sur toutes les parties blanches environnantes, une coloration rougeâtre ou rouge, comme si les pièces sortaient d'un bain de fuchsine. Cet effet se remarque surtout sur les pièces qui conservent quelque trace d'acidité; la présence de l'acide pyroligneux favorise le plus cet accident, tandis que l'alcalinité du tissu
626 TRAltÉ DES MATIÈRES COLORANTES.
OU sa neutralité l'en préservent. Ce rouge paraît être identique avec celui qu'a signalé M. Horace Kœchlin (action de Tacide pyroligneux sur l'aniline, voir plus haut). Cette matière colorante, qui ternit la pureté des fonds, est heureusement très-fugace, et disparaît en entier pendant les opérations du nettoyage.
Une singularité assez remarquable du noir d'aniline, c'est que la couleur étendue de deux à trois fois son volume d'épaississant ne fournit plus rien, pas même un gris, tandis que les noirs vapeurs, d'application ou de teinture, donnent du gris par dégradation sous une coupe qui les éloigne soixante fois de la couleur mère. Cette anomalie cesse de se produire si l'on a soin d'acidifier l'épaississant proportionnellement à l'acidité de la couleur mère. On arrive alors à produire des dérivés à l'infini. Si dans un noir ainsi étendu d'un épaississant acide, on vient à ajouter un sel neutre alcalin, en apparence inoffensif, on paralyse de nouveau toute la puissance colorante de la préparation.
Les gris et noirs d'aniline ne possèdent pas, après l'aérage, la teinte définitive sous laquelle on les connaît. Ils sont verdâtres ; le noir est un véritable myrte, et conserverait cet aspect tant qu'il resterait imprégné des sels acides. Ce n'est qu'au lavage et à mesure du départ de l'acide que s'acquièrent la pureté et l'intensité définitives ; aussi est-ce venir en aide à cette opération finale que de débuter par un dégommage alcalin. Le noir d'aniline est verdâtre à l'état acide et bleuâtre lorsqu'il est neutre ou alcalin. Le chromate de potasse lui communique un reflet violacé, et si son action précède le lavage, elle peut contribuer à un surcroît d'intensité autant comme terminant l'oxydation que par effet de coagulation sur l'épaississant.
Dans ce dernier temps M. A. Paraf a feit breveter un nouveau procédé de noir d'aniline composé d'un mélange de chlorate de potasse et d'hydrofluosilicate d'aniline. L'expérience n'a pas encore prononcé d'une manière définitive isur
MATIÈRES COLORANTES DÉRIVÉES DE l'ANILINE. 621
la valeur de cette méthode qui diffère des autres par remploi d'un seul oxydant, Tacide chlorique.
Théorie de la formation du noir.
Il serait prématuré de vouloir faire la théorie de la géné=^ ration du noir, vu qu'on n'est nullement renseigné sur la composition de la substance colorante qui se forme. Tout ce que Ton peut dire, c'est qu'il dérive de l'aniline par voie d'oxydation et que cette oxydation exige, sauf dans le procédé de M. Paraf, le concours de deux agents oxydants, chlorate et sel de cuivre, ou chlorate et ferricyanure.
M. E. Kopp y voit le résultat probable de la production du vert foncé (éméraldine) et de violet foncé d'aniline. Ce seraient, par conséquent, le rouge, le jaune et le bleu qui -serviraient à sa formation. Cette idée s'appuie sur ce fait que dans la composition de la couleur à imprimer se trouvent les éléments au moyen desquels on produit séparément l'éméraldine et le violet d'aniline. M. C. Kœchlin combat cette hypothèse en remarquant avec raison, !• que les dissolvants des rouge, violet, bleu et vert d'aniline sont impuissants sur le noir ; 2" que la vapeur verdit le noir et a une action nulle sur les couleurs élémentaires ; S"" que le noir ne peut contracter aucune adhérence avec la laine, et n'a pu encore être développé sur cette fibre, quelque prédisposée qu'elle fût; 4** enfin on obtient avec l'aniline une quantité énorpae de noir comparativement au rendement des préparations des autres couleurs.
Le noir a perdu tous les caractères des alcaloïdes ; quoique insoluble comme du carbone, il ne peut se confondre avec ce corps vu la facilité avec laquelle il se laisse réduire. ' Ce n'est ni une matière résinoïde ni une matière colorante qui paraîtrait noire à son maximum de coloration et conserverait du cuivre pour base. Le cuivre qu'on découvre par incinération n'est qu'un reste de celui qui a servi à l'oxyda-
tion, sans influence sur la couleur elle-même, puisqu'on peut l'enlever par un passage en acide, sans altérer Tintensité et les propriétés du noir. Il se rapproche plutôt d'un goudron ou de ce bitume qui se forme en si grande abondance lors de la préparation du violet d'aniline par les hypochlorites ou le chromate.
Les anilines qui donnent le noir le plus intense sont celles qui renferment de la toluidine et servent à la préparation du rouge.
On obtient également du noir avec la naphtylamîne.
M. G. KoBchlin analyse ainsi les phénomènes qui se passent dans un mélange de chlorate de potasse, de sel de cuivre, de sel d'aniline et de chlorhydrate d'ammoniaque :
Le sel cuivrique, quel qu'il soit, passe à l'état de chlorure par double échange exercé entre lui et le sel ammoniac ; le chlorure cuivrique oxyde le sel d'aniline (une partie proportionnelle à la quantité d'oxygène qu'il peut fournir en contact avec l'eau), il passe lui-même à l'état de chlorure cuivreux; le chlorure cuivreux reste en solution à la faveur du sel ammoniac et s'oxyde aux dépens du chlorate pour retourner à l'état de sel cuivrique qui continue ainsi son action sur une nouvelle dose de sel d'aniline jusqu'à ce que celui-ci ait complètement disparu. L'oxydation du chlorure cuivreux peut aussi s'effectuer aux dépens de l'oxygène de l'air quoique plus lentement. Il est également possible que le chlorate de potasse dans une liqueur acide ou chargée de sel ammoniac oxyde directement l'aniline.
On s'explique ainsi les effets d'oxydation assez intenses provoqués par des. doses restreintes de sel de cuivre, vu la continuité d'action exercée par ce dernier, grâce à l'oxygène du chlorate ou de l'air, et à la présence du sel ammoniac agissant comme dissolvant sur le sel cuivreux.
Sans cette continuité on serait forcé de renforcer les doses de métal au delà des limites possibles en pratique et de recourir au concours de la vapeur.
Matières colorantes dérivées de l'aniline. 523
Cette recette d'oxydation, sel ammoniac et sel de cuivre, a reçu sa première application pour les couleurs cachou. Son usage a acquis journellement plus d'importance. Nous remarquerons cependant que tandis qu'un cachou, qu'un rouge ou un grenat au fernambouc ou au campêche supporte le vaporisage sans aérage préalable, le noir ne peut se passer de cette opération.
Propriétés et applications du noir cCaîiiline.
Le noir d'aniline a un aspect tout à fait spécial. Il est d'un noir velouté très-riche ; complètement insoluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, la benzine, le savon bouillant, les alcalis et les acides. Ces derniers le font passer au vert, les alcalis ramènent la nuance primitive.
Le bichromate de potassium augmente l'intensité de sa nuance, concentré il le fait légèrement roussir. Il résiste à la teinture en garance et à toutes les opérations usitées pour faire les rouges et roses garances.
Le chlore et les hypochlorites le détruisent ou le dégradent. La réaction lente à froid dans un hypochlorite à S"" Baume étendu au centième, s'annoncepar un reflet rougeâtre suivi de la transformation du noir en grenat. Cette première modification s'étiole progressivement pour ne s'arrêter qu'à la teinte pelure d'oignon. Ce résidu de coloration devient, à partir de ce moment, plus résistant que la fibre elle-même. Si cette décoloration est arrêtée à mi-chemin, au degré rouge grenat, que le tissu soit soustrait au milieu détériorant, on verra la couleur altérée se reconstituer peu à peu au contact 4e l'air, et au bout d'un temps plus ou moins long le noir sera rétabli avec son intensité primitive. On hâte singulièrement ce résultat et on peut le rendre instantané, par une immersion du tissu en acide acétique ; un passage en savon bouillant exerce un effet analogue. Si la teinte a été dégradée jusqu'au rouge pelure d'oignon, elle ne revient plus.
Ces observations très-intéressantes sont dues à l'investigation habile de M, G. Kœchlin.
Le noir d'aniline perd encore momentanément sa couleur lorsqu'il est en contact avec des sulfites, des hyposulfites, des sulfures, avec quelques sels métalliques réducteurs ou avec des métaux réducteurs en poudre impalpable.
Le noir verdit par l'action prolongée de la lumière, ou par un vaporisage prolongé.
On peut réserver tout noir d'aniline au moyen des composés basiques, des alcalis, des sels métalliques réducteurs, des métaux réducteurs (zinc) en poudre, et en général de tous les/agents qui aitërent le noir une fois formé.
^Le noir d'aniline, à la condition de parer aux réactions diverses auxquelles on l'a vu sensible, peut entrer comme élément solide dans des couleurs mixtes- (cacliou , jaunes, mordants), et se prêter à la composition d'une foule de nuances et d'effets de conversion.
Avec les cachous deux cas se présentent : s'ils sont neutres ou acidifiés par de l'acide acétique, à base d'acétate, la couleur cachou seule se développe. En chargeant un cachou d'acétate on le rend même apte à réserver le noir ; si, au contraire, les cachous présentent le degré d'acidité voulu, on obtiendra en mélange avec la composition pour noir, des olives ou des couleurs rougeâtres, selon le plus ou moins d'acidité, le plus ou moins d'aniline.
Malgré les difficultés qui hérissent la pratique du noir nouveau, on peut dès à présent le ranger parmi les couleurs qui ont le plus d'importance pour le fabricant d'indienne, tant en vertu de sa solidité et de sa beauté, que de sa fécondité d'applications. Inaltérable dans les bains les plus concentrés, en acides, en alcalis, en oxydants, il assume les qualités de toutes les couleurs. ^
Jusqu'à présent on ne connaît pas de dissolvant capable de retirer Ip noir d'aniline des tissus. Cette solidité qui est un avantage dans un sens, devient un grave inconvénient lors-
COULEURS DgRIVËES SEMBLABLES A L' ANILINE. 5St
qu'il s'agit de nettoyer les pièces manquées, ou celles qui ont servi de doublier à l'impression au rouleau.
J'ai vu des impressions noir d'aniline sur soie, obtenues, dit-on, en végétalisant la fibre par immersion dans un bain de cellulose dissoute dans l'oxyde de cuivre ammoniacal.
SV. Sduntillon de Dolr d'aniline siir cotoa.
Essai. — La nuance spéciale du noir, sa résistance aux agents indiqués plus haut, sa transformation en grenat par l'hypochlorite permettront toujours de distinguer facilement ce noir des autres couleurs analogues imprimées sur coton.
COULEURS DÉRIVÉES d' AUTRES ALCALOÏDES SEMBLABLES A l'aniline.
M. Williams {i)a publié unjprocédé général pour obtenir des matières colorantes rouges , violettes et bleues au moyen des alcalis huileux de la série anilique (aniline, toluidine, xylidîne, etc.), et de la sérié cbinolique (cbino-
(I) Reptriorj/ of Paient . lavent. January, 1860, p. 70, et' Dingler's Polyiech. Journ., t. CLV, p. 20S. — E. Kopp, Examen dei matières colorantes. Impartie, p. 35 et 48.
52G TRAITÉ DES MATIÉnES COLORANTES.
Une, lépidine, cryptidine, etc.) ; il consiste à soumettre ces produits à l'action de Tiodure d'amyle ou d'autres composés . amyliques, avec le concours d'une température élevée.
Les bases brutes extraites du goudron ou obtenues par la distillation de la cinchonine sous l'influence de la chaux sodée, sont partagées en deux portions : la première comprenant le liquide qui passe avant 177° ; la seconde, les alcalis à point d'ébuUition plus élevé.
On chauffe ces derniers avec de Tiodure d'amyle ou du sulfure d'amyle dans un ballon muni d'un condensateur qui permet aux vapeurs de rentrer dans le mélange ; on ajoute au mélange de l'eau et de l'ammoniaque en excès, et on fait bouillir jusqu'à ce que le liquide oléagineux ait acquis une couleur bleue foncée, violette ou pourpre, et que la coloration n'augmente plus d'intensité.
Les alcaloïdes à point d'ébuUition inférieur à 177** sont également mélangés avec une combinaison amylique, mais le mélange est ensuite enfermé dans un vase clos et chauffé à 1 20**. On y ajoute alors del'eau et un corps oxydant, comme par exemple de l'oxyde de mercure. On fait bouiUir. Le Uquide prend successivement des teintes bleues, violettes et pourpres.
Les matières colorantes ainsi préparées communiquent aux fibres textUes, et surtout à la soie, des couleurs trèsvives et solides. A cet effet, on dissout la matière colorante dans l'alcool, et on ajoute à la solution une quantité d'eau suffisante pour obtenir un bain de la force voulue. On teint au bouiUon. Dans quelques cas, on mordance la fibre pour modifier la nuance et pour la rendre plus solide. Pour l'impression, on dissout dans l'alcool plus ou moins faible, et on épaissit à l'albumine.
La méthode de M. WiUiams n'a guère été appliquée sérieusement qy 'à la préparation du bleu dit dechinoline, dont le succès a été de courte durée vu le peu de solidité des teintes.
COULEURS DÉRIVÉES SEMBLABLES A L'aMLINE. fi27
Préparation du bleu de chinoline (1). — La ciuchonine, résidu du traitement des quinquinas pour l'obtention de la quinine, est distillée avec un excès de soude caustique ; elle donne 6S p. dOO de son poids de chinoline brute, renfermant de la lépidine, de la cryptidine, du pyrrol et un certain nombre d'autres alcalis indéterminés, ainsi que de l'eau ammoniacale. On rectifie et on utilise ce qui passe au-dessus del90\
On fait bouillir 10 minutes un mélange de 1 partie de chinoline et de 1 partie 1/2 d'iodure d'amyle. Le mélange se colore en brun rouge foncé, et se prend en masse cristalline par le refroidissement.
Cette substance est traitée par six fois son poids d'eau bouillante ; la solution est filtrée. Le liquide est maintenu à une faible ébullition dans une capsule en tôle émaillée, en même temps qu'on y ajoute peu à peu de l'ammoniaque liquide, étendue de son volume d'eau.
. On fait bouillir environ une heure, en remplaçant l'eau évaporée par de l'ammoniaque. Par le refroidissement la couleur se précipite entièrement sous forme d'une masse résineuse, soluble dans l'alcool en pourpre bleu très-riche.
Pour obtenir un bleu plus pur, on remplace l'ammoniaque par une solution de potasse dans 5 fois son poids d'eau. Le liquide alcalin est ajouté peu à peu, pendant l'ébuUition, jusqu'à ce que la potasse employée corresponde en équivalents aux 3/4 de l'iode de l'iodure d'amyle.
Après 15 minutes d'ébullition, on filtre pour séparer une résine. La solution est alors d'un bleu très-pur ; il suffit d'y verser le dernier quart de potasse pour précipiter sous forme d'une masse noire tout le colorant rouge qui restait mélangé au bleu.
Ce dernier précipité donne avec l'alcool des solutions pourpre rougeâtre, tandis qu'il reste un magma foncé, soluble
(I) Chemical News, t. II, p. 219. — E. Kopp, Examendes mat. color., Xf partie, p. 48.
dans la benzine, offrant quelquefois une magnifique couleur vert émeraude.
Avec 100 parties de chinoline on obtient ainsi 23 parties de bleu liquide, contenant 4 p. 100 de bleu sec.
On voit que dans ce procédé l'iode n'est pas entièrement perdu, et qu'il reste en grande partie combiné à la potasse.
La matière colorante bleue a été livrée dans le conunerce sous forme de magnifiques cristaux prismatiques, à faces brillantes, d'un éclat vert métallique à reflet doré. Ces cristaux, connus sous le nom de cyanine, sont peu solubles dans l'eau et Téther, assez solubles dans l'alcool. Les acides détruisent la couleur, les alcalis y forment un précipité bleu foncé.
D'après M. Hofmann, qui les a examinés, ces cristaux sont formés par un iodure de formule G^^H^^Az^L L'iode peut être précipité de la solution alcoolique par l'oxyde d'argent, et il peut céder sa place au brome et au chlore lorsqu'on traite la solution par le bromure et le chlorure d'argent.
Cet iodure renferme une proportion très-faible d'un composé homologue de formule C^®H^*Az^I, qui n'en est séparé que par trois ou quatre cristallisations.
Le premier iodure dérive de la lépidine C^^H^Az, le second est dû à la présence d'une petite quantité de quinoléine C*H^Az, dans les alcalis employés.
La génération du nouvel iodure suit deux phases :
1° Il se forme d'abord un iodure d'amyllépidylammonium.
2** Sous l'influence de la potasse ce corps se condense (2 molécules en une seule).
2C*^H»AzI + KHO =« C»H»Az*I + IK + H*0.
Les cristaux verts se combinent à l'acide iodhydrique, et
donnent un sel diacide de formule C^^^H^^Az^I, IH cristallisant en aiguilles jaunes très-belles. L'iodurevertse dissout dans les acides chlorhydrique et bromhydrique a\ec production de solutions incolores, qui déposent des sels cristallisés renfermant, outre l'iode, du chlore et du brome.
Sous l'influence de la chaleur, l'iodured'amyllépidilammonium se décompose en lépidine, iodure d'amyle et amylène.
La base s'obtient par Faction de l'oxyde d'argent sur une solution alcoolique de l'iodure vert ; elle est bleu foncé, soluble dans l'eau et l'alcool, insoluble dans l'éther.
MM. Mtiller et compagnie de Bâle avaient fondé un prix de 10,000 fr. à la Société industrielle, en faveur de celui qui trouverait le moyen de rendre la cyanine moins fugace; ce résultat a, dit-on, été atteint ; malgré cela cette belle couleur est restée sans usage, et les quantités considérables de oinchonine, qui s'accumulent dans les fabriques de quinine, ont perdu ainsi un débouché qui promettait de les consommer rapidement.
APPLICATION DES MATIÈRES COLORANTES ANILIQUES A LA TEINTURE ET A l'iMPRESSION.
Nous ne parlerons ici que des matières colorantes que le fabricant trouve toutes préparées ; quant à celles qui se forment directement sur la fibre, comme le vert d'éméraldine et le noir, il en a été question plus haut.
Les couleurs d'aniline dont l'usage a été consacré par la pratique sont : 1* le violet d'aniline ou rosolane ; 2° le rouge d'aniline, fuchsine, sels de rosaniline ; 3" les bleus de rosaniline, bleu de Lyon, bleu d'impression, bleu de lumière, bleu soluble ; 4** les violets de rosaniline (rosaniline
phénylée) ; 8" le \iolet de Hofmanil ; 6* le dahlia impérial ; 7» le vert d'aniline.
Les autres préparations, dont Tapparition dans Tindustrie a été signalée d'une manière plus ou moins éphémère, gra-* vitent toutes autour de ces types.
Les bleus et violets dérivés de la rosaniline par substitution se comportent de même, sauf la nuance, dans les opérations de teinture et d'impression. Nous y trouvons la même richesse de teinte, la même insolubilité dans l'eau et les mêmes conditions de fixation.
Toutes ces couleurs se vendent maintenant dans le commerce, dans un grand état de pureté et très-souvent en cristaux. Le coloriste n'a donc plus à se préoccuper, comme au début, des moyens propres à obtenir des bains ou des solutions aussi débarrassés que possible de matières goudronneuses ou autres impuretés. Il suffit de dissoudre le produit dans un véhicule convenable et de le mettre en présence de la fibre, dans des conditions telles qu'il puisse y adhérer et la teindre.
Pour les fibres animales (soie et laine), ces conditions sont extrêmement simples. En effet, un des caractères les plus remarquables de toutes les matières colorantes azotées dérivées de l'aniline, c'est l'affinité puissante qu'elles possèdent pour les matières organiques azotées protéiques, et notamment pour lalaine, la soie,le gluten,la caséine, l'albumine.
La teinture a lieu, dans ce cas, sans le concours d'aucun mordant, tantôt à la température ordinaire, comme pour la soie ; tantôt à 50 ou 60% ou même à l'ébuUition.
Dans certains cas, la tendance de combinaison est si puissante que l'opérateur doit plutôt combattre une précipitation trop prompte, que la favoriser. Les choses se passent tout autrement avec les fibres végétales. Ici aucune affinité, aucune tendance de combinaison entre la matière colorante et la cellulose. De là, nécessité absolue de faire intervenir les mordants.
Gomme la plupart des couleurs dont il est question ici sont peu ou point solubles dans Teau, il est indispensable de recourir à des dissolvants spéciaux, soit pour monter les bains de teinture, soit pour préparer les couleurs d'impression. Ceux qu'on emploie le plus souvent sont l'alcool, l'esprit de bois, l'alcool méthylé, l'acide acétique. La solution ainsi préparée est étendue de plus ou moins d'eau ; une partie du colorant se précipite alors, s'il est très-peu soluble dans l'eau, dans un grand état de division, mais il n'en est pas moins apte à la fixation. La richesse colorante de ces corps est du reste si grande, qu'il en faut des quantités relativement très-petites pour le montage d'un bain ou d'une couleur à imprimer ; ceci contre-balance les inconvénients ré* sultant de leur médiocre solubilité.
La rosaniline et tous ses dérivés sont des matières colorantes peu solides, faux teint, surtout sur coton; aussi commence-t-on à revenir un peu de l'engouement qui avait trop généralisé leur emploi. L'indisine est plus solide et résiste relativement beaucoup mieux à la lumière.
VIOLET d'aniline SUR SOIE.
Le bain de teinture se monte en versant dans de l'eau froide, légèrement acidulée, une solution alcoolique de violet en pâte, étendue de 8 fois son volume d'eau chaude préalablement acidulée avec de l'acide tartrique. On y manœuvre la soie jusqu'à ce qu'elle présente la nuance convenable. Pour donner un ton bleuté, on ajoute du sulfate d'indigo ou du bleu de Lyon.
VIOLET d'aniline SUR LAINE.
Le bain se compose d'une solution aqueuse étendue de sel de mauvéine, sans addition d'acide, et la teinture s'effectue à une température de §0 à 60^
Pour faciliter la préparation des solutions, M. Glavel a
proposé remploi d'un violet soluble dans Teau chaude, préparé par l'action ménagée de Tacide sulfurique fumant sur le violet ordinaire. La liqueur est précipitée par Teau, et le dépôt, lavé jusqu'à élimination de tout acide, est soluble dans l'eau chaude.
La solution peut servir aux mêmes usages que la première (1).
Pour V impression de la soie et de la laine, on dissout le violet en pâte dans 8 parties d'acide acétique à 8" Baume. La solution épaissie à la gomme est imprimée et la matière colorante est fixée par vaporisage.
ROUGE d'aniline SUR SOIE.
Le bain de teinture se compose d'une solution aqueuse froide et étendue de fuchsine (chlorhydrate ou acétate de rosaniline). On y manœuvre la soie jusqu'à ce qu'elle ait pris la nuance voulue. On dissout quelquefois la rosaniline dans l'acide sulfurique avant de l'ajouter au bain.
Le bain doit être étendu si l'on veut obtenir des nuances unies et d'une intensité donnée.