AVEC LES COULEURS D'ANILINE
Ce n'est plus la fibre qui se teint et se combine, comme dans les cas précédents ; elle n'est que le dépositaire de la laque colorée, dont on détermine la formation à sa surface ou dans ses pores. Les affinités de l'albumine coagulée pour les matières colorantes , sont à peu près les mêmes^ que celles de* la laine. Sur ce fait est fondé le meilleur procédé d'impression du coton avec les couleurs nouvelles.
Il suffit d'épaissir à l'albumine et à la gomme une solu-
tion aqueuse, alcoolique ou acétique du principe tinctorial, d'imprimer, de sécher et de vaporiser, pour déterminer simultanément la coagulation et la teinture de Talbumine.
Ainsi on obtient un rose passablement foncé, avec 3 grammes de fuchsine dissous dans 1 litre d'eau épaissie avec 200 grammes de gomme et 300 grammes d'albumine.
Pour le violet, on prend environ 3 grammes de rosolane en pâte pour 10" d'alcool et 100 grammes d'eau de gomme, 150 grammes d'eau d'albumine (toutes deux à 500 grammes de gomme ou d'albumine par litre).
Les diverses préparations de caséine et de gluten, dont il a été question au chapitre des fixateurs plastiques, peuvent remplacer l'albumine, avec un certain avantage au point de vue économique, mais avec une infériorité très-marquée sous le rapport de la beauté des nuances et de la facilité du travail d'impression.
L'albumine est quelquefois employée comme mordant pour la teinture du coton. La fibre, foulardée dans une solution albumineuse, est soumise à l'action de la vapeur d'eau qui coagule la matière protéique. Il ne reste plus qu'à teindre en bain colorant, comme si l'on opérait avec de la laine.
Procédés au tannin.
Le tannin forme avec la mauvéine, la rosaniline et tous ses dérivés colorés, des combinaisons insolubles et colorées. Sur ce fait est fondée une méthode d'application souvent usitée.
Le précipité tannique formé d'avance, en pâtcî et bien lavé, est dissous dans l'acide acétique, l'alcool, ou un mélange des deux ; la solution est épaissie à la gomme ou à l'empois et la préparation imprimée, il ne reste qu'à vaporiser pour chasser le dissolvant et fixer la laque insoluble (1).
Plus simplement, on mélange dans la même couleur, le
(1) Procédé de MM. Javal et Gratrex. — Hepertory of Patent. !nv , mai t861
tannin, la matière colorante, l'acide acétique et Tépaississant, on imprime et on vaporise.
Exemple : violet au tannin.
500 grammes violet en pâte.
500 — acide acétique.
500 — tannin.
4 kîlogram. eau bouillante.
4^,500 eau de gomme épaisse.
Au lieu d'imprimer sur calicot ordinaire, on emploie souvent un tissu stannaté, ou alumine ou imprégné d'une solution étendue de gluten, de caséine, de gélatine, ou de certains sels susceptibles de précipiter par le tannin (acétate de plomb, sublimé corrosif, tartrate ou chlorure double de potassium et d'antimoine).
D'après MM. Lloyd et Dale (1), on imprime une couleur composée d'eau de gomme, de tannin, et de matière colorante (4 litres et demi eau de gomme, 250 grammes tannin, et une quantité de rouge ou de violet proportionnelle à la nuance voulue), on vaporise à ^/^j d'atmosphère, puis on passe dans un bain d'émétique à 13 grammes par litre et à 45 ou 85° centigrades, on lave et on sèche.
. Veut-on procéder par teinture, on imprimera le tannin sur toile stannatée ; on vaporise d'abord à basse pression, puis à Va d'atmosphère ; on passe dans un bain fixant (gélatine, etc.) ; enfin on teint à 60° environ dans un bain acidulé à l'acide acétique. Pour blanchir les fonds on passe dans un bain de son ou de savon, ou on donne un léger chlorage.
Suivant une autre recette, on imprime une solution de tannin (130 grammes par litre d'eau de gomme pour une nuance foncée et 20 à 27 grammes pour une nuance claire), on vaporise une heure, on passe dans un bain d'émétique,
(1) London Journal ofArts^nov, 1861, p. 284.
on laVe et on teint. Le fond se blanchit par un passage en chlorure de chaux faible et en bain de savon. Si aux mordants ordinaires pour garance, on ajoute du tannin et du sel d'étain, on aura, après teinture et garançage, des couleurs susceptibles d'attirer en bain de couleur d'aniline et de prendre par là plus d'éclat (1 ).
M. Wischine a proposé l'arsénite d'alumine comme moyen de fixer les couleurs d'aniline. On imprime un mélange épaissi d'arsénite de soude, d'alumine et de rouge ou de violet, on vaporise et on savonne. La couleur est plus belle après le savonnage. C'est le procédé qui donne les résultats les plus solides au lavage.
On peut aussi fixer le violet, le rouge et ses dérivés par Taluminate de soude. A cet effet, on fait macérer le coton dix à douze heures dans une solution de soude de 4 à 5° Baume, puis, sans le laver, on le porte dans une solution d'aluminate de soude, où il séjourne autant de temps. L'alumine est fixée par une solution chaude de sel ammoniac. La teinture se fait dans le bain de matière colorante, à S0°.
Le bleu soluble imprimé sur coton avec de l'acétate d'alumine et vaporisé, se fixe complètement.
Nous signalerons encore comme mordants susceptibles de fixer les dérivés aniliques :
(a) L'oléate de plomb. On fixe sur la fibre uniformément ou par places, de l'hydrate de plomb ou un sel basique, et on teint dans une solution de savon contenant du violet. La couleur fixée est assez belle, mais le procédé n'a pas été adopté.
(b) Le coton huilé, mordancé ou non à l'alumine et engallé, attire également les couleurs d'aniline.
En imprimant de l'acide sulfoléique avec une matière colorante anilique et de l'acétate d'alumine, il y a aussi fixation. M. Bulard (2) a fait remarquer que* certaines gom-
(1) Broocks, London Journal ofArts, novembre 1861, p. 284. (î) Répert, de chimie appliquée, t. V, p. ICO.
mes jouissent de la propriété de faire virer au violet les couleurs fuchsine épaissies avec elles, lorsqu'on les conserve quelque temps. Cet effet est probablement analogue à celui que produit sur le rouge une solution alcoolique de gomme laque. Il est dû à une altération progressive de la rosaniline.
Laques. On prépare avec les dérivés colorés de Taniline des laques d'une beauté et d'un éclat remarquable. On neutralise, à cet effet, une solution de sulfate d'alumine, avec du carbonate de soude, de manière aie rendre très-basique, sans toutefois le précipiter. Oli y ajoute la solution colorante et on précipite par le tannin. Ces laques représentent donc des mélanges intimes de tannate d'alumine et de tannate de la base colorée.
En faisant inten^enir, dans la préparation de ces laques, l'acide benzoïque formé par la décomposition de l'acide phthalique, MM. DepouUy ont obtenu des produits supérieurs au point de vue de la finesse, de l'éclat et du pouvoir couvrant. Il jouit en effet de la propriété de former des sous-sels insolubles avec l'alumine et le fer, et il devient par là un bon précipitant pour les matières colorantes solubles.
ESSAIS DES COULEURS d' ANILINE.
Toutes les couleurs d'aniline sont essayées au point de vue de leur richesse et de la pureté des teintes, par des procédés de teinture ou d'impression sur coton, laine et soie. Par la comparaison avec un type on arrive à une conclusion assez certaine.
Essai de fuchsine,
3 grammes de fuchsine.
1 Utre eau bouillante.
200 grammes gomme pilée.
On laisse refroidir, puis on ajoute 300 grammes d'albu-
mine sèche. On passe au tamis ; on imprime au rouleau sur jaconas et on vaporise.
Essai de violet (T aniline»
3 grammes de violet.
10 cent. c. alcool.
10 cent. c. eau.
100 grammes eau de gomme (500 gr. par litre). 150 — eau d'albumine (500 gr. par litre).
Pour une nuance moitié moins forte, on prend :
50 grammes de la couleur précédente.
50 — eau de gomme.
50 — eau d'albumine.
On passe au tamis et on imprime sur calicot, ou mieux sur mousseline. On vaporise et on lave.
Essai du bleu de Lyon,
On prend :
3 grammes de bleu.
100 — alcool. Dissoudre au bain-marie. 50 — de cette solution.
250 — eau de gomme.
Passer au tamis, imprimer au rouleau sur Teau, vaporiser et laver.
Essai du violet de fuchsine.
On prend :
3 grammes violet de fuchsine.
100 — alcool. Dissoudre au bain-marie. 50 — de cette solution. 250 — eau de gomme.
Passer au tamis, imprimer sur laine au rouleau, vaporiser et laver.
YISCOSIMETRE DE M. HEILMANN.
Le viscosimètre de M. Heilmann se compose de deux cylindres creux, verticaux, en verre, disposés l'un à côté de l'autre. Dans chacune de ces éprouvettes, dont l'une contient de l'eau pure et l'autre le liquide à examiner, peuvent descendre deux sphères métalliques, suspendues à des fils qui passent sur deux poulies mobiles. Ces sphères sont partiellement équilibrées par des contre-poids. Les deux liquides ayant la même viscosité, les boules descendraient avec la même vitesse, si leurs dimensions et leurs poids différentiels étaient égaux. Ces deux conditions doivent être remplies. Si, au contraire, on opère d'une part avec de Teau et de l'autre avec une solution de gomme, la seconde boule descendra d'autant moins vite que la solution sera plus épaisse. Par conséquent, la rotation de la seconde poulie sera d'autant moins avancée. Une disposition convenable arrête les deux poulies en même temps, à peu près au moment où la boule du cylindre à eau est arrivée au bas de sa cQurse. Il suffit alors de lire, sur la graduation tracée sur le cercle de la poulie située du côté du liquide visqueux, à quel degré correspond un repère fixe placé en face.
L'usage de cet appareil exigerait évidemment la construction de tables donnant, pour chaque espèce d'épaississant, la proportion de matière dissoute, qui répond à une division déterminée du cercle de la poulie.
no TRAITÉ DES MATIÈRES COLORANTES.
COULEURS DÉniVÊES DE L'APPLICATION DE L'HIDRATE' HE PEROXÏDE DE FER.
Les échantillons ci-joints devaient être intercalés au paragraphe se rapportant à l'iiydrate ferrique, page 248.