CHAPITRE II
Les fibres végétales dont les plus importantes sont le ton, le liuy le chanvre, le fil d'aloès Pitte ou dC' faux alo les filaments du phormium tenax ou lin de la Nouvelle-Î lande, du jute ou chanvre du Bengale, etc., ont toutes pc base un seul et même principe immédiat, la cellulose^ n
langé à plus ou moins de substances* étrangères incrustantes. Nous étudierons donc avant tout les caractères de cette cellulose, indépendamment des différences de forme et de propriétés physiques qu'elle affecte dans les variétés de fibres citées plus haut.
L'analogie frappante qui existe, chimiquement parlant, entre la cellulose et les produits végétaux employés pour épaissir les couleurs, nous conduit à annexer l'étude de ces derniers à celle de la cellulose.
CELLULOSE (l).
L'anatomie fine ou l'histologie des organes d'une plante nous apprend à lescortsidérer comme constitués par la juxtaposition plus ou moins immédiate de cellules et de vaisseaux creux, dont les dimensions et les formes changent à l'infini. Les cavités de ces cellules et de ces vaisseaux sont remplies, tantôt par de l'air, tantôt par des huiles essentielles, des résines, de l'amidon, ou par des dépôts, souvent abondants, de matière incrustante ; mais les parois mêmes des organes élémentaires sont essentieirement composées d'un principe unique, la cellulose. Celle-ci peut donc être considérée à bon droit comme la partie essentielle de l'organisme végétal. Elle se retrouve encore comme partie constitutive de l'enveloppe cutanée et des muscles des animaux appartenant aux derniers degrés de l'échelle -zoologique. La forme, la consistance, l'état d'agrégation de la cellulose varient avec l'organe qui la fournit et la maturité plus ou moins avancée de cet organe. Comme type d'une cellulose parfaite, nous prendrons les filaments du coton débarrassés parles opérations du blanchiment des substances étrangères qui l'accompagnent.
Elle est incolore, sans odeur ni saveur, d'une densité
(1) Voir Gerhardt, Traité de chimie organique, t. II, p. 481. — Payen, Chimie industrielle,, Z* édit. , p. 424-440. — Pelouze et Frémy, Chimie générale, 3< édit., p. 743, 761, 915, 945 du t IV.
égaleà l,o2S. Les dissolvants neutres, tels que l'eau, Ta Téther, la benzine, etc., sont sans action sur elle. Sa position est représentée par la formule :
On voit d'après cela qu'elle renferme l'hydrogène et ] gène dans les proportions convenables pour former de 1 et appartient à la classe des substances dites hydrocarbo Elle supporte la température de fusion de l'étain (230°), au-dessus elle commence à s'altérer en brunissant ; les duits de sa décomposition sèche sont l'eau, l'acide ci nique, des hydrogènes carbonés, l'esprit de bois, l'acide tique, la créosote, etc., plus un résidu abondant de cha poreux.
La cellulose brûle assez facilement au contact de 1 sans développer beaucoup d'odeur. A l'état de pureté el conserve indéfiniment au contact de l'air, mais mêlai aux substances azotées qui l'accompagnent dans les o nés végétaux, elle subit une combustion lente, une fern tation spéciale, qui la convertit en une matière friable, ja ou brune, appelée pourri. On sait par les travaux de M. '. teur (1) que ce genre d'altération est dû à des infusoires ( le développement exige la présence de composés azotés.
Les dissolutions acides très-étendues exercent peu d tîon sur la cellulose, même à la température de l'ébullitio] n'en est plus ainsi lorsqu'elles sont plus concentrées.
Les phénomènes qui se produisent alors ont trop d'imj tance pratique pour que nousne nous y arrêtions pas un tant. Plongé à froid dans les acides phosphorique ou su rique concentré, le coton se désagrège, se dissout sans colorer et se convertit en une masse visqueuse composée dextrine. On sait que la dextrine a la même composit chimique que la cellulose ; il ne s'est donc produit qu
(I) Travaux de M. Pasteur sur les fermentations et les putréfactions. Com rendus de l'Académie des sciences j t. LVI, p. 1189, 1862.
changement moléculaire. En étendant d'eau la dissolution et en portant à TébuUition, la dextrine fixe les éléments de Teau et se change en glucose.
GhauflFée avec de Tacide nitrique ou sulfurique moyennement étendus, la toile se convertit en une bouillie qui ne se dissout pas sensiblement dans Teau et qui présente encore la composition delà cellulose. Sous l'influence de Tacide chlorhydrique bouillant, on obtient une poudre fine dont la composition est aussi la même.
Ce genre de désagrégation, suivant qu'elle est plus ou moins profonde, peut s'arrêter à un simple affaiblissement de la fibre ou aller jusqu'à une destruction complète.
Il résulte des expériences de M. C. Calvert de Manchester, que contrairement à l'opinion généralement admise, les acides organiques exercent une action destructive sur les fibres du coton et du lin, action qui dans quelques cas est presque aussi forte que celle des acides minéraux étendus.
Le travail de M. C. Calvert, traduit dans les Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse (1), a donné lieu à un intéressant rapport de M. A. DoUfus (2), qui complète et rectifie sur certains points les données du chimiste de Manchester.
Voici les faits qui, d'après ces deux publications, peuvent être considérés comme certains.
Les expériences ont porté sur les acides oxalique, tartrique et citrique employés plus spécialement dans l'impression des tissus.
Des morceaux de batiste et de mousseline bien lavés à l'eau distillée ont été trempés dans des solutions à 2 p. 100 d'acides végétaux. Ces fragments de tissus séchés à l'air et exposés pendant une heure aux températures de 80% de 1 00° et de 126° centigrades, ont donné les résultats du tableau ci-joint :
(1) T. XXIX, p. 208.
(2) /6ic?.,t. XXIX, p. 214.
80» 100« lîtio