DES
MATIERES COLOMNTES
La science par elle-même offre assez d'intérêt pour se former et se développer indépendamment de toute autre influence; en effet, un des plus nobles besoins de Thorame arrivé à un certain degré de civilisation, c'est la curiosité des choses de la création.
Pour peu que cette soif de connaître ne soit pas trop entravée par des exigences contraires, elle ne se contente pas des résultats acquis ; elle veut trouver et chercher dans le seul but de se satisfaire et de pénétrer plus avant dans la solution du grand problème que Dieu a posé à Thomme.
Mais cette jouissance intime et tout à fait intellectuelle, que procure Fétude des phénomènes de la natui*e, n'est pas le seul avantage* des investigations scientifiques; à mesure que l'homme arrive à connaître les forces qui régissent la matière, il apprend aussi à les dominer, à les plier selon sa volonté à l'accomplissement d'un but déterminé ; il se rend de plus en plus indépendant des entraves qui l'enveloppent, et il s'élève bien au-dessus du niveau où il est placé en arrivant, nu et dépourvu de tout, sur cette terre.
On est justement .fier de ces brillantes conquêtes de Tintelligence, qui permettent de transmettre la pensée avec la vitesse de Télectricité, de fixer instantanément sur une surface, l'image exacte d'un objet; car ce sont, comme les découvertes de la science pure, les enfants du génie de l'homme et des témoins irrécusables de sa puissance créatrice.
Nulle branche de nos connaissances n'a été, plus que la chimie, féconde en résultats utiles. C'est en partie à sa source que la médecine et la plupart des industries vont puiser l'élan de nouveaux progrès. L'art de la teinture et de l'impression des tissus lui est particulièrement redevable de ses plus précieuses ressources. Cet ouvragç est précisément destiné à faire ressortir les liens qui rattachent la chimie aux procédés de coloration des fibres textiles. On verra que si la pratique devance quelquefois la théorie, elle s'en sert bien plus souvent encore, comme d'un guide sûr et aimé.
Dans l'exposé qui va suivre, nous croyons pouvoir sans inconvénient considérer la chimie générale comme sue, et fixer notre attention d'une manière exclusive sur les questions qui touchent directement notre sujet.
En effet, si les applications ne doivent pas être séparées de la science elle-même par celui qui étudie, un traité spécial peut fort bien renvoyer le lecteur à des recherches préliminaires. Il ne sera cependant pas inutile de rappeler, en quelques pages, les résultats les plus généraux des sciences dont nous utiliserons les principes.
En laissant de côté les manifestations dues à l'action de la force toute particulière qui anime les êtres vivants , on peut dire que tout ce qui impressionne nos sens ou les instruments par lesquels nous nous mettons en rapport avec le monde extérieur, est provoqué par deux causes, savoir : 1° la matière qui constitue l'essence des corps pondérables ;
2' le OU les fluides impondérables auxquels sont dus les phénomènes de chaleur, d'électricité, de magnétisme et de lumière.
La matière pondérable se présente à nous sous une multitude d'aspects, avec des signalements variés à l'infini. Chaque espèce caractérisée par des qualités spéciales est un corps distinct. L'expérience a prouvé que les innombrables substances que nous offre la nature sont susceptibles d'être ramenées par des décompositions et des dédoublements, à soixante-quatre espèces qui résistent à tous les moyens de transformation dont nous disposons ; ce sont les éléments, ou corps simples. Ils sont divisés en deux grandes classes : les métalloïdes et les métaux.
Cette distinction, tout en jouissant d'une certaine importance pratique, n'a rien d'absolu ; elle est fondée sur l'éclat particulier que possèdent les métaux, sur leur conductibilité pour la chaleur et l'électricité, et surtout sur les caractères des composés* d'où on les extrait.
Quelques métalloïdes (tellure, arsenic) se rapprochent des métaux, quant à l'éclat; tandis qu'il est des métaux (bismuth, antimoine, osmium) qui sont de véritables métalloïdes par la nature de leurs combinaisons.
Chacun de ces éléments est formé par la réunion de particules excessivement petites, échappant à tous nos moyens de mesure, mais indivisibles et de grandeur invariable : ce sont les atomes.
Les atomes d'un corps ne se touchent pas. immédiatement; ils laissent entre eux des pores ou vides d'une grandeur comparable à celle des atomes, déterminée par l'équilibre de deux forces antagonistes : l'une attractive porte le nom de cohésion, l'autre répulsive dérive du calorique.
Lorsqu'un corps simple est soumis isolément à l'influence des agents impondérables, tels que lé calorique, la lumière, l'électricité, il peut subir deux genres de modifications dans ses qualités essentielles. Les unes sont passagères et ne se
prolongent pas au delà de l'influence de la cause productrice ; les autres au contraire sont permanentes, au lûoins dans certaines limites de temps ; toutes deux sont le résultat d'une altération dans le groupement des atomes. Parmi les premières, les plus remarquables sont les changements d'état provoqués par le calorique. Dans les solides, la cohésion est très-forte; ils gardent une forme par eux-mêmes. Dans les liquides elle est faible, les molécules glissent avec la plus grande facilité les unes sur les autres ; ces corps prennent toujours la forme des vases dans lesquels on les met, sans toutefois changer de volume absolu. Les gaz ne connaissent plus la cohésion ; une force répulsive tend à écarter leurs atomes et à augmenter leur volume absolu. Les modifications persistantes des éléments soumis à l'action de la chaleur, ou de la lumière, ou de l'électricité ne peuvent s'expliquer qu'en admettant ,1a production d'un état d'équilibre stable des atomes, différent de celui qu'ils avaient aupara-r vant. C'est ainsi que le phosphore ordinaire se change en phosphore rouge et amorphe, l'oxygène en ozone.
Si l'on met en présence les uns des autres, les atomes de deux ou plusieurs corps simples , à des distances très-petites et dans des conditions de température, ou d'électricité, ou de lumière convenables, on voit se produire un phénomène d'un ordre tout particulier. Les atomes hétérogènes s'unissent d'une manière intime et spéciale pour engendrer un nouveau corps qui, le plus souvent, ne rappelle en rien, par ses propriétés, les éléments constituants. Ce résultat, si différent de ce que l'on peut attendre d'un simple mélange, porte le nom de combinaison.
Nous devons nous représenter un pareil composé comme formé de particules indivisibles par les seules forces mécaniques, rapprochais, comme les atomes d'un corps simple, par la cohésion, mais susceptibles de se résoudre en leurs atomes élémentaires constituants, sous l'influence de forces spéciales que nous appelons chimiques ; ces particules sont des
atomes composés. Dans un corps simple on est généralement appelé à admettre la combinaison de deux ou plusieurs atomes similaires ; de même, la plus petite quantité d'un corps composé, qui peut exister libre, est le plus souvent le résultat de l'union de deux ou plusieurs atomes complexes similaires.
D'après cela, et pour fixer les idées, nous appellerons atome la plus petite portion d'un corps simple ou composé existant dans une combinaison, et molécule \d^ plus petite quantité d'un corps qui peut être libre.
La molécule est généralement formée de l'union de deux atomes.
Le poids des atomes d'un corps simple est fixe, mais il varie d'un élément à un autre.
Les poids atomiques 'ne peuvent être déterminés d'une manière absolue, maïs on a mesuré leur valeur relative, en prenant l'un d'entre eux comme unité.
L'unité adoptée est l'hydrogène.
Le tableau suivant donne les noms des corps simples, leurs symboles abréviatifs et leurs poids atomiques, comparés à celui de l'hydrogène, pris pour unité.