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CHROMATE NEUTRE DE PLOMB

CrO*Pb, .

Il se rencontre dans le règne minéral, où il est connu sous les noms de plomb rouge, plomb chromate. Sa forme primitive est celle du prisme rhomboïdal oblique. Couleur rouge orangé en cristaux, orange en poudre ; densité = 6,1 ; cassure grenue. Il provient de Beresoff, près d'Ekaterinenbourg, en Sibérie. Le Brésil offre aussi un gisement intéressant de ce produit (1).

Le chromate neutre obtenu par précipitation au moyen d'un sel'soluble de plomb (nitrate, acétate) et d'une solution de chromate neutre ou acide, de potassium, est en poudre jaune (jaune de chrome). D fond au rouge, et se décompose

(1) Dufrénoy, Traité de minéralogie ^ t. lU, 35.

à une température plus élevée, en dégageant de Toxygène et en laissant comme résidu un mélange de chromate basique et d'oxyde de chrome.

La potasse et la soude caustique se dissolvent aisément.

Préparation. — Le jaune de chrome se prépare facilement en principe, par double décomposition. Avec des solutions froides le précipité est plus clair, parce qu'il renferme de Teau.

Liebig(l) propose de faire digérer à froid le suîfatede plomb formé par voie humide et non desséché, avec du chromate neutre de potassium. Cette méthode est très-économique, parce qu'elle utilise les résidus de la fabrication des mordants, mais elle donne un produit de qualité inférieure.

D'après M. Kuhlmann on peut remplacer, dans l'expérience de Liebig, le sulfate de plomb par de la céruse (2). M. Winterfeld (3) opère à peu près de môme pour obtenir un jaune clair de grande intensité, léger et de cassure unie, ne roligissant pas par le broyage à l'eau.

A cet effet il précipite une solution de 33 parties d'acétate de plomb dans 100 parties d'eau froide et pure, par une solution de 22 parties de carbonate de soude dans 60 parties d'eau. Après dépôt du carbonate de plomb, on soutire le li-» quide et on verse sur le précipité 17 ^j^ parties de chromate neutre de potassium, dissous dans 50 parties d'eau ; on re» mue souvent, on lave, filtre, presse et sèche.

Selon Habich (4), il convient d'employer des sels en solution pour former de beaux jaunes de chrome d'une nuance déterminée.

Il se sert de quatre cuves superposées remplies de plomb grenaille. On verse dans la première du vinaigre fort qu'on laisse bientôt couler dans la seconde, et ainsi de suite. Le

(1) Liebig, Mag. Pharm., U XXXV, 258.

(2) Kuhlmann^ Ann. Pharm., t. XLI, p. 228.

(3) Dingler's Polytechnisches Journal^ U LXXXVI, 438.

(4) Dingler's Polytechnisches Journal , t CXI, 122.

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plomb ainsi humecté d'acide est abandonné à l'oxydation, puis lavé de nouveau avec le même acide acétique. On finit par obtenir, en répétant ces opérations, une solution de sousacétate de plomb qui doit être neutralisée par l'acide acétique. D'un autre côté, on dissout 25 kilogrammes de bichromate dans 10 fois son poids d'eau chaude, et oh étend de manière à former 1000 litres. Il ne reste plus, avant de réunir les deux liqueurs, qu'à déterminer par un essai -le volume de la liqueur plombique nécessaire pour précipiter complètement 1 volume de bichromate.

CHROMATES BASIQUES DE PLOMB.

Leur couleur n'est plus jaune-citron comme celle du sel précédent, elle varie du jaune orangé à l'orange, au rouge orangé et même au rouge.

Sous le nom demélanochroïteM. Hermann décrit unchromate basique de plomb naturel, et originaire deBeresoff; d'une couleur rouge violacé ou ro\ige-cochenille, cristallisé en prismes rhomboïdaux droits. Sa composition correspond à celle d'un sesquichromate ou plutôt d'une combinaison de chromate neutre et de chromate basique.

2(CrO*PbJPbO

Le chromate rouge ou bibasiqiie CrO*Pb,PbO se forme dans diverses circonstances, soit en enlevant de l'acide chromique au sel neutre, par l'intervention d'un alcali ou du chromate neutre de potassium qui se change en bichromate ; soit par fixation d'oxyde de plomb, en mettant le sel neutre en contact à chaud et en présence de l'eau, avec de l'hydrate de plomb ou du carbonate de plomb.

En exposant une solution de plombite de soude mélangée de chromate de potassium à l'action de l'acide carbonique, le chromate basique se précipite à mesure que la soude absorbe l'acide carbonique.

Le procédé de MM. Liebig et Wœhler (1) fournit un chromate basique de couleur rouge cinabre, cristallisé en aiguilles. Il consiste à ajouter peu à peu du jaune de chrome sec, à du salpêtre fondu dans un creuset. Il se dégage des vapeurs rutilantes, tandis qu'il se forme du chromate de potassium. La masse est lavée rapidement à Teau.

Dans la pratique on peut préparer des rouges et des oranges de chrome, de nuances gradu^ées, en précipitant une solution d'acétate de plomb par du chromate de potassium additionné de plus ou moins de lessive de potasse ou de soude caustiques, suivant la teinte désirée. Suivant qu'il restera plus. ou moins de chromate neutre, on se rapprochera plus ou moins du jaune.

On vend dans le commerce des mélanges intimes de chromate et de sulfate de plomb.

L'un d'entreeuxcontientdes équivalents égaux desdeux sels et s'obtient en précipitant par l'acétate de plomb un mélange de 1 équivalent de chromate de potassium et de 1 équivalent d'acide sulfurique. C'est une couleur légère, d'un beau jaune citron clair, servant principalement en mélange avec du spath pesant ou du gypse. Elle a un pouvoir couvrant très-fort.

Un autre se compose de 1 équivalent de chromate de plomb et de 2 équivalents de sulfate de plomb et se prépare comme le premier, avec cette différence que la dose d'acide sulfurique doit être doublée. Sa couleur est jaunede soufre brillant. U est employé en mélange avec le bleu de Prusse pour la production des verts.

Il est évident qu'en variant les proportions de sulfate de plomb précipité simultanément avec le chromate, il est facile d'avoir des tons intertnédiaires.

Le jaune de Cologne est un mélange intime de 60 parties de gypse, de 25 parties de chromate de plomb et de 45 parties de sulfate de plomb. On délaye, pour le former, le gypse

(I) Annales de Pôggendorff^ t. XXI, p. 580.

dans une solution de chromate de potasse, et on précipite par Tacétate de plomb.

C'est une belle couleur jaune, servant pour peindre, et dans rimpression des papiers.

Les jaunes et oranges de chrome peuvent être mélangés à plus ou moins de matières colorantes étrangères blanches ou jaunes, qu'une analyse minérale ordinaire fait aisément découvrir. Quant au dosage, la détermination quantitative de l'acide chromique, par le procédé indiqué plus haut, suffit, à moins qu'il n'y ait mélange d'un autre chromate (chromate barytique ou zincique). Dans ce cas, il convient de rechercher directement la dose de plomb.

Application des jaunes et oranges de chrome sur tissus et fibres textiles.

C'est à J. L. Lassaigne que l'on doit la première idée de l'application du chromate de plomb sur fibre (1820) (1). Elle a été féconde, car aujourd'hui encore l'orange de chrome forme une des ressources les plus importantes du fabricant d'indienne.

Ce chimiste distingué plongeait les écheveaux de soie décreusée dans une solution faible de sous-acétate de plomb, pour les retirer au bout d'un certain temps (1 à 2 heures), les laver à grande eau et les passer en chromate neutre de potasse, étendu.

Le même procédé s'applique à la laine, au coton et au liu, mais il est préférable d'employer une solution de sous-acétate de plomb chauffée à SS ou 60* et de décomposer ensuite le sel par l'eau de savon.

M. Berthier (2) propose de remplacer dans le procédé Lassaigne, l'acétate basique par de l'acétate neutre, ou de modifier la nuance orange peu agréable et de la faire virer au

(1) J. L. Lassaigne, De Papplication du chromate de plomb sur soie, laine, lin et coton, in Annales de chimie et de physique^ série 2, t. XV, p. 76.

(2) Berthier, Emploi du chromate de plomb pour teindre^ in Annales de chimie et de physique^ série 2, t. XVI, p. 440 ; 1821.

jaune citron, par une immersion dans Tacide acétique.

Lorsqu'un tissu est teint en uni jaune ou orange de chrome, on peut y former des enlevages en utilisant la propriété que possède cette couleur de se dissoudre aisément dans les alcalis. L'acide chlorhydrique concentré la détruit aussi* L'ammoniaque et la chaux la font virer à l'orange, l'acide acétique rétablit la nuance jaune. Ces propriétés peuvent servir à faire reconnaître la présence du jaune de chrome sur étoffe.

Pour l'impression des jaunes et oranges de chrome, on commence par imprimer une couleur contenant de l'acétate et du nitrate de plomb, épaissie avec de la gomme (i) ou un mélange d'amidon et d'amidon grillé, plus rarement du sous-acétate de plomb (dans ce cas la gomme doit être proscrite, car elle serait coagulée). Après la dessiccation on fixe l'oxyde de plomb par un passage en sulfate de soude à 9** Baume et 80* centigrades ou en ammoniaque (3 litres ammoniaque caustique, 6 litres eau), à froid, ou encore en carbonate de soude (10** Baume) à 67** centigrades; on lave, on passe en bichromate froid contenant 5 à 20 grammes par litre (15 minutes). Le fond est toujours jaunâtre, mais on arrive à le blanchir, par une immersion en acide chlorhydrique tiède, à 2* Baume.

Ce procédé donne le jaune qui n'est guère usité. Pour faire virer à l'orange il suffit de passer dans un bain bouOlant contenant pour 2600 litres d'eau 20 litres de lait de chaux à 200 grammes de chaux par litre, et 2 kilogrammes de bichromate de potasse (2 minutes). Le bain doit être clair. On peut même négliger la teinture en jaune et employer immédiatement le chromate saturé par la chaux.

Le tissu est quelquefois préparé, avant l'impression, par une immersion en sulfate de magnésie.

(1) &00 à 700 grammes de gomme par litre ,168 grammes d'azotate de plomb^ 336 d'acétate de plomb.

IS. ÉcbïDtilloD imprimé et teint pour orange de clirdme.

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