CONDUITE DU FEU
Lecombustibleemployéest uniquement du coke. Celui des usines à gaz est préféré à toute autre sorte, à cause de la facilité avec laquelle il s'allume, et surtout parce que son ardeur, moins vive que celle du coke, cuit dans les fours, permet
mieux au chauffeur de régulariser la température ; enfin, il encrasse moins le foyer.
Il est tout à fait essentiel à la réussite du vert que, pendant les douze premières heures de la cuite, le feu soit mené avec une extrême douceur. Durant cette période, la température des creusets ne doit pas excéder 250" environ.
A cet effet, on met sur la grille, au milieu, cinq à six pelle* tées de charbon de bois bien embrasé; par-dessus on jette du coke concassé en morceaux de la grosseur d'un œuf, et Ton en garnit le foyer dans toute sa longueur, jusque à peu près le tiers de la hauteur de son cuvelage ; cela fait, on mure rentrée du cendrier jusqu'au premier chenet par un parapet de briques que Ton pose à plat, sans les jointer de niortier.
Au moyen de cet artifice, l'air ne pénétrant sous la grille que difficilement, et en minces filets par les interstices de ces briques, le feu ne se propage qu'aussi lentement qu'il est nécessaire.
Toutes les heures, on jette un rang de briques. A la douzième, le cendrier est ouvert en plein. A ce moment, il faut atteindre le degré de volatilisation du soufre.
L'ouvrier détache alors, à l'aide d'un pique-feu, les mâchefers qui empâtent les parois du foyer et de la grille ; après ce nettoyage, il fait une nouvelle charge de coke jusqu'au tiers de la hauteur du cuvelage.
La vapeur du soufre en ébullition s'enflamme autour des couvercles des creusets. Cette combustion élève rapidement la température, et, six heures après cette deuxième charge, sans avoir besoin de pousser le feu davantage, les parois du four sont rouge-cerise.
Les creusets ont cessé de dégager des flammèches bleuâtres, on fait une ^troisième charge de coke, qu'on monte cette fois jusqu'aux deux tiers du cuvelage.
A partir de ce moment jusqu'à la quarante-huitième heure, l'ouvrier charge toutes les dix minutes, et ne cesse d'activer son feu par de fréquents dégrillages qu'il pratique, sans ou- Trir la porte du foyer, en passant entre les barreaux un ringard à crochet plat, recourbé, et façonné en fer de lance. Gomme il est encore d'un mètre plus long que le foyer, pour
MATIÈRES GOtORANTfiS BLEUES ET VIOLETTES. 399
la facilité de sa manœuvre, ce ringard est monté sar une rou* lette qui le transporte, à la volonté de la main, d'un bout à Tautre de la grille.
Enfin, les creusets comme les parois du four reflètent le rouge très-clair, presque blanc : Topération est alors arrivée à son terme.
On mure de nouveau le cendrier, on repasse de la terre dans toutes les fissures du four, et on le laisse refroidir aussi lentement qu'on l'achaufFé, pendant dix-huit heures. Celaps de temps écoulé, on abat successivement et d'heure en heure, d'abord chaque rangée de briques du mur du cendrier, ensuite deux à la fois, et par ordre de correspondance, les registres des ouvreaux pratiqués au bas des carneaux ascendants, on é ventre le mur de la porte de service du fond.
Toutes ces précautions doivent être minutieusement observées pour ramener les creusets, par graduations insensibles, à la température ordinaire. Un brusque refroidissement les fait gercer. Traités ainsi, ils peuvent résister à trente opérations.
En somme, on peut entrer dans le four 38 heures après qu'on a cessé de chauffer.
DÉFOURNEMENT, ET DÉPOTAGE DU VERT. <
Le défournement est un travail extrêmement pénible pour les ouvriers.
L'atmosphère du four est chargée de vapeurs d'acide sulfureux qui afTectent douloureusement les yeux et les organes de la respiration. Pour les préserver, autant que possible, de l'action délétère de ce gaz, il faut s'astreindre à s'entourer le nez de linges mouillés.
Exposé au contact de l'air à une température peu élevée au-dessus de l'ordinaire, le vert est pyrophorique. Une fois commencée, sa combustion se propage rapidement, et la couleur se détériore. En conséquence, comme les creusets sont défournés chauds au point qu'on ne peut les manier qu'avec des
tampons, on se garde bien de les découvrir avant qu'ils soient complètement refroidis, ce qui a lieu une heure après leur sortie du four.
Si la cuisson a été conduite avec tous les ménagements voulus, les creusets sont uniformément remplis (à la même hauteur qu'occupait la composition) par un pain d'im vert d'herbe foncé, lustré, à texture grenue, friable, légère et parsemée de marbrures d'un bleu d'azur de toute beauté. Au contraire, a-t-on chauffé trop fort et trop vivement, la masse est caverneuse, scoriacée, dure; la couleur, d'un ton sale, vire au noir, et les veines de bleu ont disparu.
Cependant, si bien dressés et appliqués que soient les couvercles sur l'orifice des creusets, comme, d'autre part, on ne peut les luter par la raison que j'ai exposée, ils laissent toujours de petits interstices par où l'air a pénétré pendant le refroidissement du four; aussi, presque tous les pains sontils mouillés à leur surface d'une légère couche de cendres à demi-fritée. C'est du vert désulfuré par combustion et revenu à l'état de silicate aluminico-sodique. A l'aide d'un couteau, l'on détache soigneusement cette croûte d'impuretés.
La matière contractant peu d'adhérence avec.les parois du vase, le dépotage en est aisé. Il suffit de lui imprimer quelques secousses de haut en bas pour que le pain se détache d'un seul bloc.
Le produit ainsi obtenu est immédiatement porté sous les meules à composition, et on le broie grossièrement, mais sans le tamiser.