TORRÉFACTION DU VERT OU LE BLEU
A 110*, le vert est anhydre. Pour le transformer en bleu, il n'y a plus qu'à le griller. Mélangé avec une certaine proportion de soufre dans un courant d'air ménagé, intermittent.
3S1 TRAITÉ DBS HATIËRES COLORANTES.
et à une température comprise entre le rouge obscur et le cerise naissant.
C'est encore là une manipulation délicate dont le succès exige de l'ouvrier l'attention la plus soutenue pour ne mettre en jeu, que dans les proportions convenables, ces trois agents, le soufre, l'air et la chaleur, savoir faire de tour de main qu'une longue pratique seule peut apprendre, et devant lequel, jusqu'à présent, la théorie n'a pas de raisons satisfai' santés à donner. *
Quoi qu'il en soit, de tous les appareils successivement mis en usage pour le grillage, celui au moyen duquel on l'opère le mieux est le torréfacteur, dont le dessin ci-contre représente toutes les dispositions.
C'est un moufle en fonte, composé de deux pièces demicylindriques AB à oreilles 00,réunies aplat joÎBt par des boulonsd'assembtage; elles mesurent chacune à l'intérieur 1";50 de long et l)",40 de rayon, avec une épaisseur de 0"i04 à 0",)^.
Foncées à leur extrémité CD et ainsi superposées, cesdeux moitiés de cylindres présentent donc en avant du foyer F une ouverture circulaire de(r,80 de diamètre. La tête de cette ouverture est creusée en gorge annulaire dans laquelle le bord de l'obturateur T vient se loger glaise et pressé .par des clavettes. ;
Par l'axe de l'appareil passe un essieu XY en fer, carré, de
MATIÈAES COIX)RANTES BLEUES ET VIOLETTES. 33S
CyOG, tournant sur ses tourillons qui soutiennent deux coussinets encastrés l'un dans le centre de l'obturateur, l'autre. né« cessairement à môme hauteur dans les fonds CD.
De 0"*,10 en O^jlO, cet essieu est percé de trous ronds soigneusement alésés dans lesquels glissent à frottement doux les tiges des spatules SSS.
Ge systèm;e est un agitateur dont la fonction est de brasser le vert pendant toute la durée du grillage. On le manoBuvreÀ bras au moyen de la manivelle, en ne lui imprimant qu'un mouvement den^i-circulaire de varet^vient.
Libres de descendre, de monter et détourner en tous sens ; dans leurs trous respectifs, les spatules SS suivent donc en raclant le fond du moufle,, et pour que dcms leur course elles ne puissent pas laisser entre elles de petits ados qui ne soient point labourés, leurs palettes s'imbriquent l'une l'autre de quelques millimètres.
Le vert se charge par une ouverture carrée E, large à passer une pelleàmaiq, et pratiquée dans le centre du dôme AG. ; C'est aussi par c^tte.porte qu'on sème le. soufre sur la matière^ à diverses reprises. Pendant le grillage elle est fermée par un. couvercle.
Posé sur son fourneau à 0'",40 au-dessus de la grille G, le ventre du moufle seul reçoit directement l'action du feu; le dôme est exposé nu à l'air.
On chauffe au coke, sans toucher à l'agitateur, jusqu'à ce que la matière soit arrivée au rouge sombre. On la brasse alor% vivement.
A 0",20 au-dessus de son bord supérieur, l'obturateur T est percé deseize trous deO^fOS dediamètre, équidistantsde 0^,05, sur quatre rangs, c'est la prise d'air.
Au commenqement de l'opération, ces trous sont fermés par des chevillettes en fer^ mais, dès que le ventre du moufle prend le cerise naissant, on en débouche un, puis, dix minutes après, un second, et ainsi de suite régulièrement, jusqu'au dernier.
En même temps, cessant d'actionner l'agitateur, l'ouvrier sème sur le vert, par l'orifice Ë, trois à quatre poignéesde «ou* fre en grains de la grosseur d'une fève. A l'arrière du dôme»
une tubulure V, de0",12 de diamètre, coiffée d'un tuyau de tôle de 4 à 5 mètres, détermine dans l'intérieur de l'appareil un courant d'air rapide. Le soufre entre en fusion, s'allume et se transforme en gaz acide sulfureux, incessamment agitée au milieu de cette atmosphère, la poudre l'absorbe, et sa couleur vire de plus en plus au bleu, jusqu'à ce qu'une dernière projection de soufre l'ait déterminé à passer à l'azur franc : c'est le produit désiré. On laisse alors le moufle se refroidir, mais l'on ne cesse de manœuvrer l'agitateur que quand il ne se dégage plus de flammèches bleues delà masse. Un excès de soufre, qu'on n'aurait pas eu le soin de brûler, donnerait au bleu un ton verdâtre désagréable.
Pendant toute la durée de l'opération, le courant gazeux entraine une portion notable de poudre verte etbleue extrêmement fine par le tuyau que surmonte la tubulure V : afin de recueillir cette poudre, on oblige le tuyau à déboucher dans une chambre de condensation construite en briques et plâtre, à diaphragmes discontinus, appareil analogue à celui qu'on emploie pour fabriquer le noir de fumée. La poudre se dépose sur ces diaphragmes. A la sortie de cette chambre, les vapeurs sulfureuses sont dirigées dans la grande cheminée de l'usine.
En moyenne, il faut brûler 6 à 7 kilogrammes de soufre pour transformer en bleu les 75 kilogrammes de vert.
BROTAGE DU BLEU.
A la sortie des torréfacteurs, le bleu passe dans des moulins pour y être réduit dans l'eau à l'état de poudre parfaitement impalpable. Ces moulins sont en tous points pareils à ceux qu'on voit dans les fabriques de faïence et de poteries, occupés à broyer les cailloux siliceux et la composition d'émail. J'en donnerai cependant une description succincte.
Pour obtenir régulièrement chaque jour 300 kilogrammes de bleu marchand, il faut avoir dix de ces appareils en fonctions,chacun d'eux est composé d'un fort cuvier en bois de sapin de 0",80 de hauteur sur 1 mètre d'ouverture, carrément assis sur un bâtis de chantier que des crampons scellés dans
les dalles de Tatelier maintiennent inamovibles. Une meule gisante en granit porphyroïde de la texture la plus serrée, ayant 0",20 d'épaisseur, garnit le fond de ce cuvier. Sur elle tourne à frottement une autre meule de même matière et dimension, dite courante, avec deux rigoles de 0"*,05 de profondeur creusées dans sa face intérieure, et son centre percé d'un œil, ouverture de 0",20 par où. s'introduit la couleur à broyer.
Un axe en fer carré de 0",07 commande cette meule courante au moyen d'un étançon scellé en travers de l'œil, et dans lequel son pivot est chaussé, boulonné.
L'extrémité supérieure de cet axe est couronnée par une roue d'angle en fonte à vingt-sept dents en bois, et qu'engrène une semblable roue d'angle du même nombre de dents, placée verticalement sur l'arbre de transmission d'une machine à vapeur.
On charge chaque meule de 30 kilogrammes de bleu, délayé préalablement dans trois fois son poids d'eau froide trèslimpide.
La durée de la trituration est de 8 à 12 heures.
On dépense six chevaux de force, et huit quand on fait marcher en môme temps les broies à composition.
Lorsque le bleu a atteint le degré de finesse nécessaire, on le retire par un trou de bonde percé au ras de la face supérieure de la meule gisante.