APPLICATION DES BLEUS DÉRIVÉS DU CYANOGENE SUR FIBRES
TEXTILES (i).
Les méthodes servant à appliquer le bleu de Prusse et ses congénères, sur fibres textiles, peuvent, sauf quelques exceptions, être ramenées à deux types de réactions.
1° On fixeFhydrate ferrique et on passe la fibre ainsi préparée dans un bain d'acide ferrocyanhydrique, ou, ce qui revient au même, dans un mélange de ferrocyanure et d*un acide minéral, La combinaison bleue s'effectue ainsi tout naturellement.
2° Les acides ferro ou ferricyanhydriques ou encore un mélange des deux sont appliqués en solutions aqueuses sur le tissu, par voie d'impression ou autre, et transformés en bleu par l'action simultanée de la chaleur humide (vaporisage) et de l'oxygène de l'air. La lumière produit un effet analogue à celui delà chaleur. Ce dernier fait a reçu des applications dans la photographie sur tissu. Nous avons déjà dit que les ferro et ferricyanures d'ammonium subissent une décomposition semblable, ils peuvent donc remplacer avec avantage les acides correspondants. Quant aux préparations d'étain que l'on fait intervenir, leur rôle n'est pas de développer la couleur, mais ils la modifient en lui donnant la belle teinte pourpre qui caractérise le bleu de France.
Sur laine on n'emploie que la seconde méthode exclusivement. Dans la teinture, l'affinité de cette fibre pour le bleu de Prusse qui tend à seformer paraît jouer un rôle et faciliter la décomposition par la chaleur de l'acide ferrocyanhydrique dissous. ,
(t) D'après des renseignements fournis par MM. Jules Meyer et Ernest Schlumberger, chimistes mamifacturiers.
Ancien procédé. — On teignait avec un mélange de crème de tartre, de prussiate jaune et de sel ammoniac ; on montait graduellement jusqu'à 48 ou S0° Réaumur et Ton ajoutait au bain de teinture une solution de protochlorure d'étain et de Tacide sulfurique.
La marche suivie généralement de nos jours consiste à mordancer pendant une heure et demie, au bouillon, dans un bain de crème de tartre et de bichlorure d'étain et à teindre dans une dissolution contenant du prussiate jaune, du prussiate rouge et de l'acide tartrique. On commence à 35° pour monter graduellement au bouillon. Pour donner à ce bleu un reflet légèrement pourpré, on teignait ensuite faiblement en campêche ; aujourd'hui c'est le violet d'aniline en pâte qui est employé à cet effet.
Le bleu au prussiate se fixe aussi sur laine par voie d'impression et vaporisage.
D'après d'anciennes recettes, on préparaît les tissus dans une solution de bitartrate dépotasse, de chlorure d'étain, puis on imprimait une couleur composée de prussiate jaune, d'acide tartrique, d'acide oxalique et de sel ammoniac (pour rendre la couleur hygrométrique), quelquefois les acides végétaux étaient remplacés en totalité ou en partie par de l'acide sulfurique.
On vaporisait et on lavait.
Plus tard la préparation des mordants a été modifiée, selon les maisons ; on employait pour mordancer :
1° Le sulfomuriate d'étain (mélange de protochlorure et d'acide sulfurique);
2* Un mélange de deutochlorure d'étain, de potasse caustique (ou stannate de potasse), et de l'acide oxalique.
3** En dernier lieu, enfin, la préparation généralement adoptée a été la suivante. Le tissu est passé en stannate de soude, puis en acide sulfurique qui fixe l'acide stannique.
La couleur imprimée sur la fibre mordancée se composait d'un mélange de prussiates jaune et rouge, de sel ammo-
niac, d'acides tartrique et oxalique, quelquefois d'acide sulfurique.
Ce n'est que vers 1840, que ces couleurs ont fait un progrès réel, par l'introduction du prussiate d'étain ; ce sel fournit, en effet, des nuances beaucoup plus pures et plus éblouissantes.
Après avoir stannaté, on imprime un mélange de prussiates rouge et jaune, de prussiate d'étain, d'acides tartrique et oxalique et de sel ammoniac. On vaporise et on lave. La plupart de ces couleurs se fixent sur laine non mordancée, mais elles sont alors moins intenses et manquent d'éclat et de vivacité.
L'impression des bleus vapeurs sur soie se pratique absolumeat de la même manière.
Pour teindre la soie^ on emploie la première méthode générale, c'est-à-dire que l'on mordance en sel ferrique, pour développer la couleur par un passage en acide ferrocyanhydrique. Dans l'ancien procédé de Raymond de Lyon, on passe les écheveaux ou les tissus, dans une dissolution de nitrosulfate de fer à 3° ou 6°, à froid, on lave et on savonne légèrement, puis on teint en prussiate jaune additionné d'un peu d'acide chlorhydrique ou sulfurique.
Ou bien encore on mordance au bouillon en nîtrosulfate de fer et crème de tartre. Actuellement le mordançage se fait à tiède, en nitrosulfate de fer additionné de sel d'étaia (protochlorure). On rince et on teint en prussiate jaune légèrement acidulé à l'acide chlorhydrique ou sulfurique.
Coton. — Dans la teinture du coton comme pour celle de la soie on commence par fixer de l'oxyde de fer et on fait ensuite intervenir l'acide ferrocyanhydrique.
On arrive au bleu :
l*" En passant les tissus en nitrosulfate de fer, puis en prussiate jaune acidulé avec de l'acide sulfurique, à 33 ou 40° Réaumur (ancien procédé Raymond) ;
2** En passant en nitrosulfate de fer et sel d'étain, puis en prussiate et acide sulfurique (procédé plus récent).
3° Le bleu de France par teinture se donne de nos jours en opérant comme il suit :
On plaque deux fois en stannate de soude à 3* Baume, on passe deux fois dans un bain monté avec 12 parties de nitrate ferrique à 48** Baume, une partie de sel d'étain et une partie et demie d'acide sulfurique. On rince et on teint en prussiate avec 2 parties de cyanure jaune et 1 partie d'acide sulfurique.
Si l'on veut foncer le bleu, on rentre en bain de fer.
Impression sur coton. — Mentionnons d'abord le bleu d'application au bleu de Prusse (1) consistant à imprimer une solution de bleu de Prusse dans le bichlorure d'étain. Cette couleur ne présente aucune sdidité et est complètement abandonnée.
Un autre moyen de former du bleu sur tissu est fondé sur l'action déjà relatée des réducteurs sur un mélange de sel ferrique (sulfate) et de ferricyanure de potassium. En imprimant cette solution verte, puis en passant le tissu dans un bain réducteur, particulièrement de sel stanneux, on arrive à la fixation de bleu à l'étain.
Malheureusement cette marche, qui paraît si rationnelle, est entravée par la facilité même avec laquelle la couleur est réduite par presque tous les métaux et par la plupart des substances organiques.
La première méthode générale est aussi à peu près abandonnée dans l'impression du bleu sur coton, vu la difficulté de faire intervenir les composés d'étain.
Cette fabrication est du reste très-simple ; après avoir fixé sur tissu, par un des procédés relatés plus haut, et aux places qui doivent se colorer, une quantité convenable de peroxyde de fer hydraté, on foularde en prussiate jaune additionné
(1) Persoz, Impression des tissus^ i, IV, pi 172.
d'acide sulfurique (2 parties prussiate et 1 partie acide sulfurique), on allie quelquefois ce bleu au bleu solide pour en rehausser Téclat.
C'est là sa principale application.
Bleu vapeur. — Le bleu vapeur d'impression, sur coton, se fonne par la décomposition de l'acide ferrocyanhydrique, sous l'influence de la vapeur d'eau et par l'oxydation ultérieure ou simultanée du composé blanc formé dans cette circonstance. Telle était au moins la manière d'opérer usitée au début : on imprimait sur tissu non préparé une couleur dont les éléments essentiels étaient le cyanure jaune et les acides tartrique et oxalique.
On réalisa (en Angleterre) un important perfectionnement en plaquant préalablement les pièces en bichlorure d'étain et ensuite en carbonate de soude. Cette méthode de stannater fut remplacée avec avantage par une autre qui consiste à foularder en stannate de soude de 6 à IS** suivant la nuance que l'on veut réaliser. Plus le mordançage est fort , plus le bleu est vif et pourpré. On laisse reposer quelques heures et on passe en acide sulfurique de 1°,5 à 3° ; on lave.
Quant à la préparation à imprimer , on y fait entrer, depuis 1840, un agent qui donne des résultats favorables au point de vue de la beauté et de l'éclat de la nuance, c'est le prussiate d'étain ou ferrocyanure d'étain, obtenu par double décomposition entre le cyanure jaune et le protochlorure d'étain. Ce sel est employé en pâte.
Les éléments principaux de la couleur bleu vapeur sont : les cyanures jaune et rouge ; ce dernier rend le bleu plus pc)urpré, et joue en même temps le rôle d'oxydant ; les acides tartrique et oxaUque ou sulfurique , ou encore le bisulfate de potasse, le sulfate d'alumine, chargés de la mise en liberté des acides colorables (ferro et ferricyanhydriques). Ces corps saturants peuvent être remplacés par le sel ammoniac, qui donne, par double échange, des prussiates d'ammoniaque décomposables par la vapeur d'eau.
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Il ne faut pas perdre de vue que le sel ammoniac rend les couleurs hygrométriques, et par conséquent on doit être en garde contre des coulages possibles au vaporisage.
Les bleus au chlorhydrate d'ammoniaque sont plus beaux que les autres, sur tissus non stannatés, ce qui fait qu'on les emploie de préférence toutes les fois qu'on ne peut préparer le tissu (rentrure du bleu vapeur dans des garances).
Comme oxydant on fait quelquefois intervenir le chlorate de potassium. Les épaississants ordinaires sont l'amidon ou la gomme.
Le mélange des prussiates et des acides ne doit pas se faire à chaud, pour éviter la réaction décomposante avant l'impression. La couleur ne peut pas non plus être trop longtemps conservée.
Le fixage se compose de deux phases : 1° la décomposition de l'acide ferrocyanhydrique en ferrocyanure ferreux, blanc et en acide cyanhydrique. Cette réaction s'accomplit pendant le vaporisage ; 2° la transformation en bleu de Prusse sous l'influence d'une oxydation subséquente.
Ainsi la couleur au sortir du vaporisage est ordinairement d'un blanc légèrement bleuâtre. On développe la nuance, soit en étendant à l'air libre dans un lieu frais et humide, soit en mettant à l'eau courante, ou bien encore en passant * en bichromate tiède.
Voici, comme exemple, la composition d'une semblable couleur :
1 partie de prussiate rouge.
2 parties de prussiate jaune,
3 parties d'acide tartrique.
1/4 d'acide oxalique.
6 parties de prussiate d'étain en pâte.
Le bleu vapeur sans acide contient i Prussiate jaune, prussiate d'étain, sel ammoniac, chlorate de potasse.
Bg« TRAITE DES HATIËBBS COLORANTES. .
Une couleur composée de ferrocyanure d'ammonium, de prussiate rouge, de prussiate d'étain et d'acide tartrique, donne une très-belle nuance sur tissus stannatés.