‹ Traite des monnaies grecques et romaines; (volume 2)Chapitre 126 sur 1006 · LAMPSAQUE ET CHIOS · texte numérisé non relu

LAMPSAQUE ET CHIOS

§ I. — Généralités.

Les monnaies d'électrum groupées sur notre pl. VIII ne sont pas toutes de la même époque, ainsi qu'il est aisé de s'en apercevoir. Les unes sont d'un style archaïque très caractérisé : par exemple, les figures G, 7 et 8, au type du sphinx; d'autres sont d'un art achevé, élégant, comme la figure 14, au type du cheval, si bien qu'il est manifeste que ces dernières sont du ve siècle avancé et dépassent le cadre ordinaire que nous nous sommes tracé. Mais il était difficile, pour les raisons que nous dirons tout à l'heure, de partager en deux séries chronologiques des pièces qui forment un ensemble aussi homogène.

Il est préférable de donner une certaine élasticité à notre programme plutôt que de disjoindre les produits d'un monnayage qui a son unité propre.

Ces pièces ont été, dans les livres de numismatique qui font autorité, disséminées entre un grand nombre d'ateliers monétaires, eu égard à la variété da leurs types. Gelles qui sont au type de la protomé de

cheval ailé (fig. 1 à 5) ont été attribuées à Lampsaque; celles qui ont le sphinx (fig. 6 à 9) ont été données à Ghios; le statère au coq (fig. 10), à Dardanos en Troade ; le statère à la truie (fig. 11), à Méthymne de Lesbos; le statère au taureau (fig. 12), à Samos. On a revendiqué pour Cymé d'Ëolide les pièces au type du cheval (fig. 13 à 15); pour Abydos de Troade les pièces à l'aigle (fig. 16 et 17) ; enfin, pour Clazomène le statère au sanglier ailé (fig. 18). Les observations qui vont suivre démontreront qu'une telle dissémination n'est pas admissible, en dépit de la variété des types. Ces pièces se groupent autour de deux étalons : l'un est un étalon phocaïque réduit, dont le statère a un poids normal de 15 gr. 36 : nous le trouverons appliqué à la monnaie de billon de Lesbos; l'autre est un étalon milésiaque dont le statère ne dépasse pas 14 gr. Les villes de Lampsaque et Chios sont les centres principaux de ce monnayage, si même elles n'en sont pas les ateliers exclusifs;

LAMPSAQUE

§ II. — Lampsaque.

Aussi ancienne que Cyzique et colonisée comme cette dernière par des Milésiens et des Phocéens, dès la fin du vme siècle, Lampsaque, sur PHellespont, était l'un des ports de relâche les plus importants des navires ioniens sur le chemin du Pont Euxin *. Les Phéniciens Pavaient primitivement fréquentée ; les Milésiens la fortifièrent et la chargèrent de garder le détroit 2 ; dans tous les temps de Phistoire grecque, elle joua, à cause de sa position, un rôle important.

A Pépoque de la domination des Lydiens et des Perses elle fut, comme les autres villes grecques, gouvernée par des tyrans. Hérodote nous montre Crésus intervenant en maître dans les affaires des Lampsacéniens 3. Sous Darius, le tyran de Lampsaque était Hippoclès. Son fils Aiantidôs épousa Archédicé, fille du tyran d'Athènes Hippias. Nous verrons la répercussion directe que cette alliance matrimoniale eut sur le mon-

nayage des deux villes d'Athènes et de Lampsaque. Les descendants d'Aiantidès continuèrent à gouverner Lampsaque comme leurs ancêtres, protégés par le grand Roi, et c'est auprès d'eux qu'Hippias chassé d'Athènes se réfugia avant de venir tomber à Marathon, en 490, dans les rangs de l'armée perse.

La série monétaire de Lampsaque paraît débuter seulement à la fin du vie siècle. Les plus anciens statères d'électrum qu'on puisse attribuer à cette ville sont déjà au type de la protomé d'hippocampe ou de cheval ailé qui est le type héraldique traditionnel de Lampsaque. Sur une stèle d'Épidaure, contenant un décret en l'honneur d'un Lampsacénien, on voit l'emblème de Lampsaque, non plus en protomé comme sur les monnaies, mais altéré par le sculpteur épidaurien qui lui a donné un arrièretrain terminé en queue de coq, et en a fait, par ignorance, une sorte d'hippalectryon 4.

323. — Protomé de cheval ailé bondissant à gauche, les ailes recroquevillées; au dessus, une petite amphore; au pourtour, traces d'une couronne de vigne.

1^. Carré creux partagé en quatre compartiments réguliers, dont deux, opposés par les angles, sont moins profonds que les deux autres. El. 21 ; statère phoc. réduit, 14 gr. 99, usé (Paris) Pl. VIII, fig. 1.

324. — Autres exemplaires, 15 gr. 14 et 15 gr. 05 (Londres) \

325. — Autre exemplaire, 15 gr. 15 (Luynes) Pl. VIII, fig. 2.

326. — Protomé de cheval ailé bondissant à gauche; dessous, la lettre I ; au pourtour, une couronne de vigne.

J,. Strabon, XIII, 18. 4. Perdrizet, clans le Bull, de corresp. hellén.

2. E. Curtius, Hist. grecque, t. I, p. 519 et 532. t. XX, p. 553.

3. Hérod,, VI, 37. 5. Wroth, Catal. Mysia, p. 79, n0* 6 et 7, pl. XVllIJ.

185 LAMPSAQUE 4

1^. Carré creux partagé en quatre compartiments réguliers dont deux pi profonds que les deux autres.

El. 19; stat. phoc. réduit, 15 gr. 18 (Paris) Pl. VIII, fîg. 3.

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