II AVANT-PROPOS
a été appliqué, dans une période déterminée, à la taille des espèces de Milet ou de Corcyre, il soit nécessaire, avant tout, d'être bien fixé mir la date d'émission et sur l'attribution à Milet ou à Corcyre, des monnaies sur lesquelles doit s'étayer une semblable assertion.
Or, ce rôle de révision critique est essentiellement dévolu à notre Seconde Partie dont je livre aujourd'hui le premier volume au public. Ce volume répond directement, pour la période archaïque, aux préoccupations que je viens de signaler et qui m' ont fait diff érer la mise au jour du tome deuxième de Première Partie, quelque inconvénient qu'il y eut à garder un silence trop prolongé. Sans doute, les spécialistes trouveront ici, pour cette époque des origines où la majeure partie des pièces sont anépigraphes, bien des attributions encore incertaines; ils proposeront bien des rectifications et les découvertes de chaque jour viendront confirmer, dans certains cas, infirmer dans d'autres, la distribution géographique et chronologique à laquelle je me suis arrêté et qui m'a paru la plus convenable quand elle n'est pas scientifiquement et pour toujours établie. J'aurais moi-même, dès ce moment où je pose laplume, — pourquoi ne l'avouerais-je pas, — plus d'une amélioration à proposer, fruit de nouvelles informations survenues au cours des trois années qu'a duré l'impression de ce volume. Je ne me fais donc pas d'illusion sur le sort qui m attend et qui me rappellerait à la modestie si une expérience déjà longue ne m'y avait accoutumé .
Il est aussi une autre circonstance qui a ralenti l'élaboration de ce recueil. En 190$, j'ai été chargé, pour cinq années, du cours de numismatique et de glyptique, fondé au Collège de France, par M. Ch. Ephrussi, au nom de la Gazette des Beaux-Arts. La préparation de mes leçons venant se joindre à la direction du Cabinet des médailles et aux soins que je devais donner à là publication du Recueil général des monnaies d'Asie-mineure, ne m' a guère laissé, durant la plus (grande partie de chaque année, que mes récréations du dimanche pour mettre la dernière main au présent volume ; mes bienveillants auditeurs du Collège de France y retrouveront, d'ailleurs, une partie des séries monétaires que nous avons étudiées ensemble.
Dans cette description des plus anciennes séries monétaires, le point d'arrêt chronologique que je me suis fixé, est tout naturellement constitué parles grandes guerres Médiques, c'est-à-dire les batailles de Sa la mine, de Platées, de Mycale et par la bataille d'Hunère en Sicile (480-479). Nous nous arrêtons ainsi, pour l'Orient, à la constitution de la ligue panhellénique, sous l'hégémonie d'Athènes,
WANT-PUOPOS m
après les désastres des Perses, et pour l'Occident, au triomphe définitif%s Grecs de Sir, le sur les Carthaginois.
Ainsi que l'a écrit M.Georges Perrot, « c'est une nécessité pour l'historien, de se marquer des repères, sur la longue route qu'il doit parcourir; il est tenu d'établir, dans la succession indéfinie des phénomènes, ces divisions qui lui permettent de s' orienter et de ménager au lecteur des vues d 'ensemble; mais ces procédés, tout indispensable qu'il soit d'y recourir, ont toujours quelque chose d'arbitraire. Parfois, pourtant, il arrive que la coupure corresponde à quelque événement mémorable ou à l'apparition de que/que grande œuvre de génie de l'homme l. »
L'année (79 est une de ces étapes qui marquent le //oint de départ d'une ère nouvelle dans le développement de la civilisation hellénique. C'est à cette date aussi que les historiens île l'art grec ferment hoir premier chapitre et nous pourrions appliquer à l'art monétaire ce qu'écrivait tout récemment un historien de la sculpture coulant caractériser par une métaphore l'état général de la Grèce au moment de l'invasion des Perses : « La civilisation grecque en sou ensemble, dit-il,
se présente comme une belle moisson drue qui a pris toute sa taille, et dont le Vert des épis, déjà pâlissant par places, annonce la très prochaine maturité. 2 » Il
suffira de jeter un coup d'œil d'ensemble sur nos planches pour justifier cette
Comparaison un point de eue numismatique, les monnaies antiques étant
l'expression toujours vivante de lu situation économique et le reflet direct du développement artistique dans tous les rentres de civilisation.
Ainsi donc, lu période de deux siècles comprise dans le présent volume est, en grande partie , ce que hou a appelé << l'ère des tyrans », c'est-à-dire le temps où les chefs absolus de In démocratie, dans lu plupart des villes, impriment a la civilisation grecque sou caractère original et accentuent sa personnalité : tels, les Pisistratides
a Athènes, Polycrate a Sa mas, Li/iplanus a NaXOS, les Me/ides à EJphèse, les rois
de Lydie, les Orthagorides a Sicyone, les Bacchiades à Corinthe, les Aleuades à Larisse, les rois de Macédoine, les Battiades à ([///■eue, les Pythagoriciens dans les villes achéennes de lu Grande Grèce, Anaxilas a Rhégion, Théron à Ayrigente, Hippocrate et (le/on à Gélaet à Syracuse. Tous s'efforcent à l'envi de donner à hoirs patries respectives l'éclat artistique le plus brillant, s'attribuant e//icacement un rôle de proie, leurs et île Mécènes, comparables en cela, comme on l'a sou cent remarque, uu.r tyrans des républiques italiennes du XVe siècle.
i. <;. Perrol et Ch. Chipiez, Hist. de l'art dans l'antiquité, t. VIII, p. 100. Henri Lechat, Phidias, p.