IASOS
Le revers de cette drachme (n° 690) est différent de celui de la drachme précédente (n° 689) et, en même temps, identique à celui des monnaies de la plupart des ateliers primitifs des îles de la mer Egée. A cause de cette différence on pourrait croire que les deux pièces n'appartiennent pas au même atelier; ce n'est pourtant pas une raison péremptoire pour les séparer, car dans d'autres villes, — Corinthe, Phlionte, Corcyre, par exemple, — on constate aussi, au début du monnayage, l'apparition exceptionnelle du carré creux éginétique. Sa présence n'est pas non plus un motif suffisant pour proposer de placer ces pièces ou l'une d'elles dans quelqu'île égéenne.
Le type de l'éphèbe sur un dauphin convient bien à Iasos puisque, plus tard, après Alexandre le Grand et jusque sous l'empire romain, les monnaies de Iasos ont toujours le dauphin emportant l'enfant Hermias ou nageant à ses côtés. Un type analogue se rencontre à Tarente et à Corinthe et Ton donne des noms multiples au jeune héros de cette fable : Arion, Taras, Phalante, Mélicerte ou Palœmon. C'était là un thème populaire qui fut souvent exploité par l'art et les poètes l. Des récits, variés dans les détails, plaçaient la scène du sauvetage d'un enfant par un dauphin dans des endroits multiples. Le jeune Cceranos, de Paros, s'étant noyé dans le détroit qui sépare Paros de Naxos, son cadavre fut porté par un dauphin sur la côte de Sicinos et, au
1. Aristote, Hist. animal., IX, 35; Plut., Sept, sap. conv., 19; De solert . animal., 36; Athénée, XIII, 606; Pline, Hist. nat., IX, 24; Lucien, Dial. maril., 8; Aulu-Gclle, Noct. ait., VIII, 8; ^lien, De nat. animal., VI, 15; Biedermann, Le dauphin dans la poésie et dans les monuments, Halle, 1882 ,in-8°; E. Pottier et S. Reinach, dans le Bull. corr. hellén., t. VII, 1883, p. 443 et s.
temps de Plutarque, on montrait encore dans cette dernière île, sur le rivage, le tombeau de Cceranos auprès duquel les dauphins aimaient à venir prendre leurs ébats. Une correction épigraphique a autorisé M. Svoronos à substituer l'île de Syros à celle de Sicinos comme théâtre de cette légende, et c'est à Syros que ce savant propose de classer notre drachme n° 690 ».
Mais la même légende a aussi pour siège Iasos, où nous savons que le jeune héros de l'aventure s'appelait Hermias, suivant les uns, Dionysios d'après les autres. « L'affeclion, dit Plutarque, qu'un dauphin avait pour un jeune homme de Iasos, était si vive qu'elle fut regardée comme un véritable amour. Tous les jours il nageait etjouait avec lui sur les eaux ; il se laissait manier librement, et quand le jeune homme montait sur son dos, l'animal, loin de s'y refuser, le portait avec plaisir partout où il voulait aller, et cela, à la vue de tous les habitants de Iasos qui venaient souvent sur le bord de la mer pour être témoins de ce spectacle. Un jour qu'il survint une pluie violente, accompagnée de grêle, le jeune homme glissa de dessus le dauphin et se noya. L'animal l'ayant chargé sur son dos, le porta au rivage, s'y jeta lui-même sans vouloir quitter le corps et s'y laissa mourir, croyant qu'il devait partager le sort du jeune homme dontilavait, en quelque sorte, causé la mort. Les gens de Iasos, pour perpétuer le souvenir de cet événement, mirent depuis lors, sur leur monnaies, la figure d'un enfant porté par un dauphin. »
Ainsi le type même des monnaies de Iasos nous est signalé par Plutarque. Sur les dra-
1. J. Svoronos, dans le Journ. int. d'archéol. nu~ mism., 1900, p. 59.
TERMÉRA
chmes primitives que nous avons sous les yeux, c'est la première partie de la légende qui se trouve interprétée : Hermias chevauche le dauphin. Le second épisode, celui où l'enfant joue avec le dauphin et nage à ses côtés, se trouve reproduit sur les monnaies de bronze que Iasos frappa après l'époque d'Alexandre le Grand; sur certaines
pièces même, le nom de l'enfant, EPMIA2, se trouve inscrit dans le champ l.
Il semble donc, en dépit de la forme du carré creux de la drachme n° 690, que le classement de ces pièces à Iasos se justifie mieux qu'à Sicinos, à Syros ou à tout autre atelier des îles égéennes.
§ II. — Terméra.
Terméra (Têpjiepa) était une forteresse monnaies de cette ville reproduites sur d'origine dorienne, bâtie sur un promon- notre pl. XVIII (fig. 3 et 4) sont des pièces toire appelé Termerion, en face de l'île de jusqu'ici uniques, du Musée britannique. Cos, entre Halicarnasse et Myndos. Les deux
691. — Héraclès nu (?) agenouillé à dr., tenant son arc de la main g. tendue en avant, et brandissant sa massue de la main dr. levée. Grènetis.
1^. Tête de lion à droite, la gueule béante et tirant la langue. Carré creux. M. 13 ; tétrobole persique, 3 gr. 59 (Londres) Pl. XVIII, fig. 3 \
692. — TVMNO. Héraclès barbu, vêtu et coiffé de la peau de lion, agenouillé à dr., tenant son arc de la main g. tendue en avant et brandissant sa massue de la main dr. levée; un glaive au fourreau est suspendu à son côté.
1^. TEPMEPIKON. Tête de lion à g., la gueule béante et tirant la langue. Carré creux.
M 14; drachme persique, 4 gr. 68, poids faible (Londres) Pl. XVIII, fig. 4 3.
L'attribution à Terméra, du n° 691 qui est anépigraphe, se trouve justifiée par les légendes de revers du n° 692. Ces deux pièces sont aux mêmes types, mais la première paraît d'un style un peu plus ancien que la seconde ; rémission du n° 691 remonte à la seconde moitié du vif siècle, comme le prouve la comparaison
1. Imhoof-Blumer, Monn. grecq., p. 311, n° 65 ; B. Head, Calai. Caria, pl. XXI, 1 et s.