CHAPITRE II LA SICILE
§ 1. — Aperçu général.
L'histoire numismatique de la Sicile est, à la fois, le reflet des vicissitudes politiques que les villes de cette grande île ont subies et le tableau de la plus admirable floraison artistique que l'antiquité ait vu éclore. L'infinie variété des types et leur beauté font de leur simple rangement chronologique le plus complet des chapitres de l'histoire de l'art grec et le plus agréable des divertissements pour tout homme de goût. Aussi, les monnaies siciliennes ont-elles, depuis des siècles, attiré l'attention des numismates, des historiens, des collectionneurs. Mais la période primitive qui, seule, doit nous occuper, conduit les séries monétaires seulement jusqu'au seuil du sanctuaire qui renferme ces chefs-d'œuvre de l'art monétaire. L'époque archaïque ne fait que nous laisser entrevoir ces merveilles, bien qu'elle-même s'honore déjà de types dont la sévère et noble beauté nous trans-
1. Autrement dit, elle était l'équivalent d'un octobole euboïco-attique (Arthur Evans, Num. Chro?i.,
porte et nous émeut.
Les plus anciennes pièces siciliennes sont celles des trois colonies chalcidiennes de Zancle, Naxos et Himère : elles débutent au commencement du dernier tiers du vie siècle et sont taillées, comme celles de Rhégion, suivant un étalon éginétique, dont la drachme atteint au plus 5 gr. 80; dans la pratique, cette drachme devait passer pour le tiers du létradrachme euboïcoattique *.
A l'imitation de ces colonies chalcidiennes, la dorienne Sélinonte ouvre un atelier vers 520, si Ton en juge par le style primitif de la première des pièces décrites cidessous (n° 2338).
Les premières monnaies de Syracuse ne paraissent guère antérieures à 500 : cette ville inaugure alors ses types de la tête d'Aréthuse et du quadrige agonistique, qui devaient être appelés à une si prodigieuse
1898, p. 321). Pour les développements, voyez au t. II de la Première partie du présent Traité*