‹ Traite des monnaies grecques et romaines; (volume 3)Chapitre 1 sur 698 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le présent volume constitue le legs scientifique d'Ernest Babelon, mort en plein labeur, le S janvier l92o, laissant sur sa table de travail son œuvre interrompue. C'est non seulement avec toute ma vénération filiale, mais avec le respect qui s'impose aux hommes d'étude en présence d'un monument scientifique d'u/ie telle valeur, que j'ai voulu accomplir le devoir qui m'incombait d'en assurer la publication. Ce ne sont pas là pourtant les dernières pages que mon père ait remplies. En tête d'un avant-propos qui ne fut jamais rédigé, il écrivait ces mots : « ce volume aurait du paraître durant la guerre de idii-iOiSj je n 'ai pas besoin d'expliquer le retard imposé par les événements à sa publication ». Le manuscrit était donc entièrement terminé, ou peu s'en faut, il y a plusieurs années, La besogne de l'éditeur s'est bornée à la mise au point du texte pour l'imprimerie, à l'achèvement des planches dont quelques éléments faisaient défaut^ à quelques rapiéçages. Je me défends donc d'avoir fait œuvre de véritable collaborateur, d'autant que la marche des événements ou des publications dans le domaine qui nous est propre n'a pas été de nature à modifier

rétablissement d'un exposé aussi magistralement conçu. Si j'ose prendre ici la plume — ce dont je m'excuse humblement — c'est d'abord pour rendre hommage à une mémoire qui m'est chère, et aussi pour indiquer Vétat actuel de V œuvre jadis entreprise avec une si admirable vaillance,

(( Traité des monnaies grecques et romaines ». Le titre est d'une telle ampleur quun homme seul, si actif, si maître de son sujet qu'on puisse le supposer, ne pouvait compter en accomplir les promesses. Ernest Babelon le savait bien, et si son esprit avait pu embrasser l'ensemble de l'ouvrage, après avoir au premier jour, en 1901, écrit ces mots qu'il est si mélancolique de relire aujourd'hui : Vitae summa

brevis , il avait résolu de s'adjoindre, pour certains domaines

où il ne comptait pas pénétrer, des collaborateurs tels que Jacques de Morgan, disparu lui aussi, dont le volume sur la numismatique sassanide est sous presse. M. Ed. Newell^ Vérudit président de V American numismatic Society à New- York, tout particulièrement désigné par tant de savants travaux, avait été pressenti pour le volume relatif à la numismatique d'Alexandre.

Ernest Babelon s'était réservé pour sa part personnelle, après un premier volume concernant les monnaies grecques de la période archaïque (Description historique, tome /^' j, toute la partie relative aux monnaies grecques des et iv^ siècles av. J,-C., c'est-à-dire depuis la défaite des Perses à Salamine, en i80, jusqu'au règne d'Alexandre le Grand. Un volume paru en 1910 (tome II) a traité des monnaies de cette période dans l'Orient hellénique et sémitique. Un autre (tome III), paru en 19 ii, est un tableau de la même phase historique dans la Grèce centrale et méridionale. Celui-ci (tome IV), nous transporte, à la même époque, dans la Grèce septentrionale. Pour achever cette description d'ensemble, un seul volume manque désormais, qui concernerait la Grande-Grèce et la Sicile. Peut-être

nous sera-t-il donné de V écrire un jour. L'édifice resterait encore inachei^é, certes^ mais le portique principal serait alors entièrement bâtiy dans son majestueux développement.

Ce tome IV de la Description historique répond après un long silence à l'attente des érudits. La guerre d'abord, puis les perturbations qu elle a entraînées à sa suite non seulement dans l'ordre économique, mais dans le règne des choses de l'esprit, n'a pas permis de mener à ferme un travail de longue haleine comme celui-ci, au cours duquel on doit souvent compter sur l'appui confraternel de l'étranger. Il n'est guère nécessaire d'énumérer les difficultés qui de plus s'opposent, à l'heure présente, à l'exécution matérielle d'une pareille tâche.

Dans F ordre géographique, maintenu ici comme précédemment, le domaine parcouru est le suivant : l'Acarnanie; l'Epire et Corcyre ; VIllyrie et les îles illyriennes; la Thessalie et les lies de Thes salie ; la Macédoine, ses villes et ses rois jusqu'à Alexandre; Thasos et les villes du Pangée; la région thraco-macédonienne, avec ses rois et ses dynastes ; la Piconie ; la Thrace, ses villes et ses rois jusqu'à Lysimaque; la Chersonnese de Thrace et les îles adjacentes; les colonies^ grecques de la côte européenne du Pont-Euxin; la Scythie. La beauté de certains types monétaires qu'on y rencontre, tels ceux de Mendé, d'Acanthe, de Thasos, dWmphipolis, etc., etc., en recommande l'étude, et retient l amateur d'art, de même que les suites thessaliennes et le cycle de légendes qu'elles illustrent, ou encore les suites archaïques de la région thraco-macédonienne, ouvrent des aperçus nouveaux sur un terrain encore mal connu et constituent pour l'historien spécialisé, ou même pour l'histoire générale, un champ de recherches^ non pas vierge sans doute, mais fertile en ressources inexploitées. L intérêt est donc bien loin de faiblir en ouvrant, après les volumes précédemment parus, ces nouvelles pages. Elles ont été écrites par

Ernest Babelcn avec la même ardeur juvénile, la même foi indéfectible, un scrupule scientifique aussi affermi, un émoi aussi communicatif. C'est pourquoi on me permettra de dire que cet exposé précis a su garder dans sa forme, me semble-t-il,

L'inflexion des voix chères qui se sont tues

ou, pour s'eaprimer plus doctement, qu'à ceux qui l'ont connu un mot vient aux lèvres au cours de la lecture : le maître parle encore. Cette voix qui se survit est le témoignage magnifique d'un labeur poursuivi toute une vie durant, jusquà la dernière minute, dévoué à une science non pas certes sèche et glacée, mais nourrie de sève généreuse, et vraiment humaine,

Jean BABELON,

Coîiservaieur-adjoint au Cabinet des Médailles.

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