Droysen, Hist. de VHellénisme, t. II, p. 46 et suiv
A dater de celte époque, tous les rois de Macédoine jusqu'à Philippe V (220-197 av. J.-G.) prennent le titre de « stratèges de la ligue thessalienne »
Les monnaies des villes thessaliennes frappées en abondance depuis la retraite des Perses, en 479, jusqu'à la main-mise de Philippe de Macédoine sur le pays, en 344, se caractérisent par des types variés qui traduisent les légendes locales en images du plus vif intérêt. Or, il se trouve que ces légendes forment le fondement même de la mythologie de la race hellénique toute entière, parce que toutes les migrations qui à l'aurore de l'histoire sont descendues du Nord pour envahir et peupler la Grèce, ont séjourné en Thessalie. Pélasges, Eoliens, Minyens, Ioniens, Achéens, Doriens, Béotiehs, Thessaliens : chacun de ces peuples laissa, en émigrant après un long séjour, une partie de la population dans le pays. Les Pénesies et les peuples tributaires des Thessaliens proprement dits, sont des débris de ces habitants plus anciens et chacun d'eux a gardé ses légendes particulières. Toutes ces races et leurs traditions mythiques, sous la domination des Thessaliens proprement dits, — les derniers venus, — ont fini par se mélanger et se confondre. Mais, en remontant à l'origine de ces légendes, M. Paul Monceaux a réussi à les grouper en plusieurs cycles, distinguant habilement :
l'' Le cycle pélascjique.
Les Pélasges de la Thessalie avaient pour capitale la citadelle primitive de Larisse. Leurs mythes particuliers sont ceux qui se rapportent aux Titans, fils de Gé et d'Ou-
1. P. Monceaux, Fastes éponymiques, p. 29 du tirage à part [Rev. archéol., 1888, II, p. 205).
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ranos (la Terre et le Ciel). Retranchés sur le mont Othrys, ils s'insurgent contre les divinités du mont Olympe, dont Zeus est le maître : c'est la Gigantomachie. Leurs descendants, les Aloades, reprenant la lutte, bouleversent la terre, entassent Pélion sur Ossa. Prométhée, fils du Titan lapetos, façonne l'homme et lui communique la vie avec une étincelle dérobée au feu de l'Olympe. Zeus fait enchaîner Prométhée à un rocher pour le punir de son larcin.
A ce mythe se rattache celui de Deucalion, fils de Prométhée et de sa femme Pyrrha. Ils échappent au déluge déchaîné par Zeus, mais ils sont métamorphosés en rochers.
Puis, vient le mythe d'Ixion attaché à une roue ailée, et la naissance de Centauros, fils d'Ixion et de Héra. Le monstre Gentauros féconde sur le mont Pélion les cavales des Magnètes. Il est ainsi l'ancêtre du Centaure Nessos et de toute la race des Centaures qui ravagent les plaines du Pénée. L'un d'eux pourtant, le Centaure Chiron, bon enfant, bienveillant pour les hommes, fut Téducateur des héros thessaliens Asclépios, Jason, Actéon, Pélée, Achille 1.
Ces mythes pélasgiques dont nous nous bornons à indiquer les traits généraux, sont interprétés par les types monétaires du nord de la Thessalie.
La tête du Zeus du mont Olympe qui domine toutes ces légendes, parait sur de nombreuses monnaies thessaliennes, jusqu'à l'époque romaine.
2° Le cycle éolien. D'après les traditions grecques, avant les grandes migrations des
1. Paul Monceaux, Revue des Etudes grecques ■ t. I, 1688, p. 146. ^
Doriens, des Béotiens et des Thessaliens, la Thessalie fut occupée par des Eoliens dont la capitale était la ville d'Arné. Leur déesse nationale était Athéna Itonia dont le culte émigra en Béotie avec les Béotiens euxmêmes. Les Lapithes sont des Eoliens; ils habitent les plaines de Ciérion et de Larissa; ils luttent contre les Centaures pélasgiques des monts Pélion et Ossa. Les mythes éoliens sont représentés sur les monnaies par la nymphe Arné qui cueille des fleurs dans les prairies du Pénée ou joue aux osselets, le Lapithe Mopsos, Athéna Itonienne qui devient plus tard, au 11^ siècle, avec Zeus, le type ordinaire des monnaies du xotvov eeaaaXwv
Le roi des Lapithes Pirilhous eut à lutter contre Hadès qui avait enlevé sa fille Perséphone et l'avait emportée aux Enfers.
Par cette fable du cycle éolien, Déméter et Coré ou Perséphone sont introduites dans les légendes thessaliennes. C'est ainsi que nous avons Déméter sur les monnaies de Thèbes en Phtiotide et de Pelinna, Hécate ou Perséphone sur les monnaies de Phères.
3° Le cycle iono-minyen. Il a son centre géographique sur les pentes orientales des monts Ossa et Pélion. C'est là qu'habitait la tribu des Magnètes, débris de la race minyenne. Elle s'y mélangea avec des colons venus de l'Ionie. Les légendes de cette race mixte forment les récits épiques relatifs à l'expédition des Argonautes. Le minyen iEson faisait élever son fils Jason par le Centaure Chiron, tandis que son frère Pélias, qui lui avait ravi le trône, régnait à lolios. Mais Pélias fut informé par un oracle qu'il avait tout à redouter de « l'homme à une seule sandale ». Cet homme fut son neveu Jason qui avait perdu l'une de ses sandales en traversant un torrent : de là,
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la présence de la sandale de Jason sur les monnaies de Larissa
Mais pour régner à la place de son oncle Pélias, Jason doit, au préalable, rapporter en Thessalie, la toison d'or, emportée en Golchide par Phrixos. Pour la conquérir, Jason organise l'expédition aventureuse du navire Argo, qu'il construit dans les chantiers de lolcos, sa capitale.
Partie de lolcos, Tinterminable expédition des Argonautes donne lieu à une foule d'aventures qui sont, pour un grand nombre, du moins, interprétées par les types monétaires de même que sur les vases peints, les pierres gravées, les bas reliefs. Zeus Laphystios, le protecteur des Argonautes, Poséidon, le dieu de la mer, Phrixos et Hellé, Lamia, fille de Poséidon, le navire Argo, figurent naturellement sur les monnaies des Thessaliens, surtout sur celles des Magnètes, jusqu'à l'époque romaine.
40 Le cycle achéen. Dans la Thessalie méridionale s'épanouissent surtout les légendes achéennes du cycle de Troie. On sait qu'il y a chez Homère, deux groupes de tribus achéennes : celles du Péloponnèse avec Agamemnon et Ménélas ; celles de Thessalie avec Pelée, Thétis et Achille, Philoctôte, Phœnix, Protésilas, Ajax, Phemios, Podarcès, appartiennent à ce cycle dont le centre géographique est le nœud montagneux de rOEta et de TOthrys ainsi que la vallée du Sperchios.
5" Le cycle dorlen. Ce sont les légendes qui se rapportent à Apollon, le grand dieu de la race dorienne et à Héraclès, le grand héros dorien.
Des monts Cambuniens les Doriens des-
1. Descr. hist., t. I, p. 1011, n»^ 1410 à 1415. pl. XLIII, fig. 1 à 6.
cendaient dans la basse vallée du Pénée, au pied de l'Olympe ; de là, après un séjour prolongé, ils ont submergé une partie de la Grèce, ne laissant, dans les gorges du Pinde que celles de leurs tribus qui donnèrent leur nom à la Doride. Les Doriens ont acclimaté en Thessalie quelques-unes de leurs légendes nationales, entre autres celles-ci : Apollon amoureux de la belle Daphné, fille du Pénée, qui se métamorpho.se en laurier; Apollon qui, après avoir tué le serpent Python, à Phères, est réduit à garder les troupeaux du roi Admète; Alceste, fille de Pélias et épouse d'Admète, protégée par Apollon contre Artémis; les amours d'Apollon et de la nymphe Cyrène, d'où la naissance du dieu Aristée qui, avec la race dorienne, pénètre jusque dans le Péloponnèse, les Cyclades et en Cyrénaïque; Actéon, fils d'Aristée, élevé comme Achille, sur le Pélion, par le centaure Chiron et dévoré à la chasse par ses chiens ; les amours d'Apollon et de Coronis, mère d'Asclépios, le dieu de Tricca, qui, lui-même, est le père de Machaon et de Podalire, les médecins de l'armée grecque sous les murs de Troie ; Apollon, chef du chœur des Muses qui du mont Olympe se transporta sur l'Hélicon, en Phocide, avec la migration dorienne.
Toutes les grandes familles aristocratiques de la Thessalie, les Aleuades, les Scopades, les Créondes, les tyrans de Phères, se prétendaient issues du héros dorien Héraclès. Ce dernier se retrouve partout en Thessalie et joue un rôle dans toutes les légendes, même celles des autres races. Il blesse mortellement le vieux centaure Chiron et il meurt lui-même sur le bûcher qu'il élève sur le mont OEta.
6° L^e cycle thessaliote. Les légendes de la
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race thessalienne proprement dite, sont les plus récentes, comme les Thessaliens euxmêmes venus seulement après la guerre de Troie, dans le pays auquel ils ont laissé leur nom. Ces légendes se rapportent à l'origine pastorale des grandes familles de chaque contrée. Les Thessaliens arrivèrent de rillyrie par les gorges du Pinde. Le dieu qui préside à leurs destinées est Péneios qui donne son nom au Pénée, le fleuve des plaines immenses et si fertiles où ils viennent s'établir. Les autres dieux de la race sont les fondateurs éponymes des villes thessaliennes, comme le Lapithe Atrax, fondateur de la ville de ce nom, Coronos fondateur de Goroneia, le Lapithe Mopsos, fondateur de Mopsion, Héraclès fondateur d'Héraclée Trachinienne, etc. Ils groupent autour d'eux tout le cortège des nymphes qui veillent sur ces villes, fournissent les thèmes des plus gracieux types monétaires, comme la nymphe Arné à Ciérion, la nympe Meliboea à Melibée, la nymphe Larissa à Larissa, que les graveurs monétaires représentent en copiant sans vergogne le type si populaire d'Aréthuse gravé par Cimon sur les plus belles médailles syracusaines. Les nymphes comme Hypereia, à Phères, président généralement aux sources qui forment les principales fontaines et elles sont filles de Pénée qui les conduit toutes à l'Océan, ou, pour nous conformer à la fiction, à Poséidon dont le dieu Péneios est le fils.
Voilà pourquoi Poséidon, le grand dieu de la mer, joue un rôle essentiel à la fois dans les légendes minyennes du peuple marin des Magnètes et dans les légendes des Thessaliens, maîtres de la vallée du Pénée où ils subjuguèrent les anciens Pélasges et d'où ils chassèrent les conquérants
qui les avaient précédés. Dans ces traditions variées et qui s''enchevêfrent ou se recoupent, M. Paul Monceaux reconnaît à Poséidon un triple aspect : il y a le Poséidon marin, protecteur des Argonautes et de la mer; Poséidon, protecteur des sources et des rivières et grand-père des nymphes par son fils Péneios, c'est Poseidon-Hippios ou Poseidon-cheval, qui d'un coup de son trident, fend le rocher d'où s'élancent à la fois le cheval et une source abondante, légende que les migrations des peuples transportent en Attique; enfin Poséidon protecteur des bestiaux qui paissent dans les prairies humides des bords du Pénée, c'est Poséidon Tajpstoç, le protecteur du héros éponyme Thessalos, le dompteur vigoureux des taureaux sauvages, le fils d'Héraclès. Le cheval et le taureau sont les types essentiels des monnaies thessaliennes.
Telle est, d'après P. Monceaux, rordonnance des légendes qui ont fini par se pénétrer les unes les autres quand la race thesalienne fut devenue seule maîtresse du pays, dans le même temps que les migrations des peuples les acclimataient sous d'autres cieux, en Béotie, en Arcadie.
Rien de plus gracieux que tous ces mythes; rien de plus intéressant que de contempler l'interprétation qu'en ont données de remarquables artistes, comme le Phocidien Téléphanès ou Téléphantos, qui signe les plus belles des monnaies de Pharsale.
Cavalier, cheval en liberté, bridé, non bridé, au repos, lancé avec impétuosité, issant d'une fente du rocher que Poséidon Hippios a frappé de son trident : sous toutes ces formes, les artistes ont produit des chefs-d'œuvre qui les montrent préoccupés
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d'égaler leurs émules de Tarenle et de Syracuse. Le héros éponyme ïhessalos domptant le taureau sauvage dans les prairies du Pénée; les nymphes cueilleuses de tleurs ou jouant à la balle, qui font songer aux plus gracieuses terres-cuiles de Tanagre, ne sont pas moins dignes de notre admiration.
Nous avons déjà observé que tous les Thessaliens étaient solidarisés entre eux par une constitution fédérale dont le chef suprême, sorte de ^otjilz'k ou de -oopavo; unique, recevait le nom de -c«y'^^i c'est-à-dire archonte ou stratège Le /.o'.vôv esTjaXojv ou Ligue thessalienne avait ses fêtes, ses assemblées générales, son trésor, son armée. Chaque ville envoyait des députés appelés hieromnémons au conseil fédéral, au sein duquel les ambitions des maisons aristocratiques qui se disputaient la dignité de tage, amenèrent des divisions qui favorisèrent l'invasion étrangère et engendrèrent la soumission du pays aux Macédoniens.
Dès le temps d'Aleuas le Roux, au vi^ siècle, la Thessalie était partagée aduiinislrativementen quatre tétrades (TSTpâ;), l'Achaie Phtiotide (Halos), la Thessaliotide (Pliarsale), THistiaeotide (Tricca) et la Pelasgiotide (liarissa).
(( Chacune des quatre provinces, dit M. P. Monceaux, a son polémarque (TioXiaap/o^), auquel sont subordonnés des pézar(iues (7t£^ap/ot), la cavalerie commune est commandée par des hipparques ('ÎTiTrao/ot). Aux termes d'un traité conclu entre les Thessaliens et les Athéniens, an iv^ siècle, le serment est prêté par le xâ-p; au nom de toute la Thessalie, par les polémarques et les