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CHAPITRE X LA CARIE

§ I. — lasos.

Quand on a franch la frontière méridio- un îlot que les atterrissements et les trem-

nale de Tlonie pour entrer en Carie, la blements de terre ont fini par réunir à la

première ville que Ton rencontre est terre ferme *. On ne sait rien de son his-

lasos, au fond du golfe qu'on appelle la- toire aux vn'-vr siècles. C'est par conjec-

sien ou Bargylien, du nom des deux villes ture qu^on lui attribue les pièces suî-

cariennes bâties sur ses bords. lasos était vantes, taillées dans le système éginétique

une vieille colonie argienne, installée sur et qui remontent à la fin du vi' siècle.

689. — Éphèbe nu (Hermias?), chevauchant un dauphin qui l'emporte en nageant, à g.; le jeune homme tient un objet incertain (arc ou couronne?) de la main droite tendue en avant; il ramène sa main gauche en arrière.

^. Carré creux partagé en deux rectangles rugueux.

m 16 ; drachme éginétique, 5 gr. 97 {Paris) PL XVIII, fig. 1; — autres ex., 5 gr. 99 {Londres) '; 5 gr. 98 {Athènes) '.

690. — Même type. — I^. Carré creux partagé en huit compartiments triangulaires dont deux sont en relief.

^ 16 ; drachme éginétique, 5 gr. 99 {Londres) PI. XVIII, fig. 2 *.

- i. B. Head, Cotai, Caria, Introd., p. lix. 3. Svoronos, Joum.inL éCarch, num.y 1900, p. 59.

2. B. Head, Caria, Introd., p. lix. 4. B. Head, Caria, Introd., p. lix.

IâSOS

Le revers de celte drachme (n® 690] est différent de celui de la drachme précédente et, en même temps, identique à

celui des monnaies de la plupart des ateliers primitifs des îles de la mer Egée. A cause de cette différence on pourrait croire que les deux pièces n'appartiennent pas au môme atelier; ce n'est pourtant pas une raison péremptoire pour les séparer, car dans d'autres villes, — Corinlhe, Phlionte, Corcyre, par exemple, — on constate aussi, au début du monnayage, l'apparition exceptionnelle du carré creux éginétique. Sa présence n*est pas non plus un motif suffisant pour proposer de placer ces pièces ou l'une d'elles dans quelquMle égéenne.

Le type de Téphèbe sur un dauphin convient bien à lasos puisque, plus tard, après Alexandre le Grand et jusque sous l'empire romain, les monnaies de lasos ont toujours le dauphin emportant l'enfant Hermias ou nageant à ses côtés. Un type analogue se rencontre à Tarente et & Corinthe et l'on donne des noms multiples au jeune héros de cette fable : Arion, Taras, Phalante, Mélicerte ou Palœmon. C'était là un thème populaire qui fut souvent exploité par l'art elles poètes '. Des récits, variés dans les détails, plaçaient la scène du sauvetage d'un enfant par un dauphin dans des endroits multiples. Le jeune Cœranos, de Paros, 1 s'étant noyé dans le détroit qui sépare Paros de Naxos, son cadavre fut porté par un dauphin sur la côte de Sicinos et, au

1. Aristote, Hist. animal,, IX, 35; Plut., Sept. «op. conv., 19; De solert. animal, y 3B\ Athénée, XIII, 606; Pline, Hist. nal., IX, 24 ; Lucien, Dial. marit., 8; Âulu-Gelle, Noct. ail., VIII, 8; iElien, De nal. animal.^ VI, 13 ; Biedermann, Le dauphin dans la poésie et dans les monuments, Halle, 1882 ,in-8»; E. Pottier et s. Reinach, dans le Bull. corr. hellén., t. VIT, 1883, p. U3 et s.

temps de Plutarque, on montrait encore dans celte dernière île, sur le rivage, le tombeau de Cœranos auprès duquel les dauphins aimaient à venir prendre leurs ébals. Une correction épigraphique a autorisé M. Svoronos à substituer l'île de Syros à celle de Sicinos comme théâtre de cette légende, et c'est à Syros que ce savant propose de classer notre drachme n® 690 *.

Mais la même légende a aussi pour siège lasos, où nous savons que le jeune héros de Tavenlure s'appelait Hermias, suivant les uns, Dionysios d'après les autres. « L'affection, dit Plutarque, qu'un dauphin avait pour un jeune homme de lasos, était si vive qu'elle fut regardée comme un véritable amour. Tous les jours il nageait et jouait avec lui sur les eaux ; il se laissait manier librement, et quand le jeune homme montait sur son dos, l'animal, loin de s'y refuser, le portait avec plaisir partout où il voulait aller, et cela, à la vue de tous les habitants de lasos qui venaient souvent sur le bord de la merpour être témoins de ce spectacle. Un jour qu'il survint une pluie violente, accompagnée de grêle, le jeune homme glissa de dessus le dauphin et se noya. L'animal l'ayant chargé sur son dos, le porta au rivage, s'y jeta lui-même sans vouloir quitter le corps et s'y laissa mourir, croyant qu'il devait partager le sort du jeune homme dont il avait, en quelque sorte, causé la mort. Les gens de lasos, pour perpétuer le souvenir de cet événement, mirent depuis lors, sur leur monnaies, la figure d'un enfant porté par un dauphin. »

Ainsi le type même des monnaies de lasos nous est signalé par Plutarque. Sur les dra-

1. J. Svoronos, dans le Journ. int. d'archéol. numism., 1900, p. 59.

TERMÉRâ

chines primitives que nous avons sous les yeux, c'est la première partie de la légende qui se trouve interprétée : Hermias chevauche le dauphin. Le second épisode, celui où Tenfant joue avec le dauphin et nage à ses côtés, se trouve reproduit sur les monnaies de bronze que lasos frappa après l'époque d'Alexandre le Grand; sur certaines

pièces même, le nom de Tenfant, EPMIA2) se trouve inscrit dans le champ '.

Il semble donc, en dépit de la forme du carré creux de la drachme n* 690, que le classement de ces pièces à lasos se jusliGe mieux qu'à Sicinos, à Syros ou à tout autre atelier des lies égéennes.

§ II. — Terméra.

Terméra (TipjAepa) était une forteresse d'origine dorienne, bâtie sur un promontoire appelé Termerion, en face de l'île de Gos, entre Halicarnasse et Myndos. Les deux

monnaies de cette ville reproduites sur notre pi. XVIÏI (fig. 3 et 4) sont des pièces jusqu'ici uniques, du Musée britannique.

691. — Héraclès nu (?) agenouillé à dr., tenant son arc de la main g. tendue en avant, et brandissant sa massue de la main dr. levée. Grènetis.

I^. Tète de lion à droite, la gueule béante et tirant la langue. Carré creux. iR 13 ; tétrobole persique, 3 gr. 59 {Londres) PI. XVIII, fig. 3 ^

692. — TVMNO. Héraclès barbu, vêtu et coiffé de la peau de lion, agenouillé à dr., tenant son arc de la main g. tendue en avant et brandissant sa massue de la main dr. levée ; un glaive au fourreau est suspendu à son côté.

IJt. TEPMEPIKON. Tète de lion à g., la gueule béante et tirant la langue. Carré creux.

^ 14; drachme persique, 4 gr. 68, poids faible [Londres) PI. XVIII, fig.4 '.

L'attribution à Terméra, du n° 691 qui est anépigraphe, se trouve justifiée par les légendes de revers du n^ 692. Ces deux pièces sont aux mêmes types, mais la première paraît d'un style un peu plus ancien que la seconde ; l'émission du n° 691 remonte à la seconde moitié du VI* siècle, comme le prouve la comparaison

1. Imhoof-Blumer, Monn. grecq., p. 311, n^eS; B. Head, Calai. Caria, pi. XXI, 1 et s.

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