‹ Traite des monnaies grecques et romaines;Chapitre 532 sur 880 · V. Bérard, Les origines des cultes ârcadiens · texte numérisé non relu

V. Bérard, Les origines des cultes ârcadiens

2. Puillon-Boblaye, Recherches géograph. sur les ruines de la Morée, p. 163.

3. Pausanias, VIII, 36 et 37. On a retrouvé des débris de ces statues; cf. M. Collignon, Hisl. de la sculpt, grecque, t. H, p. 627.

trouvons aussi, sur les monnaies, comme celles de Hérœa décrites plus haut, Déméter Pelasgis, sous des formes diverses : Déméter Melaina (la noire) k Phigalie; Déméter chevaline à Thelpusa, Déméter Erinnys à Phénée. Au mont Lycée, la prépondérance du culte de Despoina sur celui de Déméter est nettement affirmée par toutes les sources littéraires et le sanctuaire où les deux déesses étaient adorées s'appelait exclusivement le «sanctuaire de Despoina,» lepov x^; Ae(nroivrj<;, sans qu'il soit fait mention de Déméter ^

Ainsi, bien que dans certaines villes, Déméter fut restée comme la déesse-mère, avec ses vieux rites pélasgiques, peut être apportés d'Egypte par les filles de Danaos *, il en était tout autrement au sanctuaire national du Lycée où Despoina dominait à côté de Zeus Lycaios. Mais, si Déméter était encore adorée dans différentes localités sous des noms et des aspects variés, Despoina recevait aussi, dans certaines villes, des épithètes diverses et des attributs qui la rapprochèrent de divinités féminines du panthéon purement hellénique et finirent même par l'identifier

1. A Lycosura, remarque M. Victor Bérard, « Despoina n'est pas, comme Coré en Atlique, une divinité secondaire, adorée auprès de sa mère, avec sa mère et en quelque sorte, au dessous de sa mère: « C'est elle que, de toutes les déesses, les Arcadiens révèrent le plus », dit Pausanias, quand il parle du sanctuaire de Lycosura (Pausanias, VIIÏ, 37, 14). Ce sanctuaire où sont adorées les Grandes Déesses, s'appelle îepov tt.ç Ae<i-ico(vT,<; ; l'enceinte, ir2pC6o^o<: rfî; AsffiîoîvT,?; le^ portiques, îToi-f.TrapàTri Aej-Kctvfi. Et dans ce temple de AEcr-oiva (va^ç Tfi<; Ae<ïiro(vT,ç), c'est à Despoina que l'on adresse les prières et les sacrifices, ÔJouffivTfi As^roCvr, (Pausan., VllI, 37, etc.). Despoina est bien, ici, la déesse principale, la poliadc de Lycosura ». Victor Bérard, Les oing in es des cultes ârcadiens,^. 128; cf. p. 4.

2. Hérodote, U, 171; cf. V. Bérard, Les origines des cultes ârcadiens, p. 126.

HÉRJEÂ

avec ces dernières. C'est ainsi qu'après 370, à Mégalopolis, Despoina reçoit Tépi- Ihète de ^i Sw-ceipa ; ailleurs, on rappelle ^ KoXXbxT), la très belle, qualificatif qui finit par amener fassimilation entre Despoina et la nymphe Callislo, mère d'Arcas. Dans cette dernière phase des légendes arcadiennes, Despoina-Callisto devient, par Arcas, la mère de la race arcadienne ^

Dans d'autres légendes tardives, Despoina s'identifie avec la Coré des mystères éleusiniens ; elle se rapproche aussi d'Artémis et se confond même avec elle ; elle a en commun avec Arlémis, Tare et la biche comme animal sacré. Ainsi, au fur et à mesure que pénètrent en Arcadie les autres cultes de la Grèce, Despoina s'assimile aux divinités qui. ont avec elle quelque ressemblance; elle devient une variété d'Artémis, une variété d'Aphrodite. Il en fut ainsi des divinités indigènes dans tous les pays.

Ces quelques détails mythologiques étaient nécessaires pour expliquer les transformations graduelles du type de Despoina sur les monnaies à la légende APKAAIKON) au fur et à mesure qu'on avance dans le v« siècle. On la voit prendre, tour à tour, l'aspect et les attributs d'Artémis, d'où le nom d'Artémis Hymnia qu'on lui a donné; l'aspect et les attributs d'Aphrodite ou de la nymphe Callisto. Sous ces transformations, c'est toujours, originairement, la même déesse, Despoina, la parèdre de Zeus Lycaios, dans le culte du mont Lycée.

1. V. Bérard, op. cit., p. 130. M. Bérard s'efforce, pour Despoina, comme pour Zeus Lycaios, de démontrer que cette déesse est TAphrodite-Astarté des religions orientales et que son culte a été importé au cœur de TArcadie par les invasions phéniciennes.

Les jeux nationaux arcadiens du mont Lycée, en l'honneur desquels furent frappées les monnaies à la légende APKA- AiKON> étaient les plus anciens de la Grèce; suivant Aristote, leur origine était antérieure même à celle des jeux Olympiques et l'on disait que Gronos et Zeus y vinrent combattre et s'y disputèrent le prix de la lutte avant même la création de l'homme ^ Gomme la frappe des monnaies à la légende APKAAIKON se prolonge jusque vers l'an 417, il est à croire que la célébration de ces jeux dura au moins jusqu'à cette époque. Ils durent être désertés devant la popularité toujours croissante des jeux d'Olympie et aussi à cause des difficultés matérielles qu'on éprouvait pour se rendre au mont Lycée, tant la route est ardue et hérissée de rochers abrupts.

Les Héraeens, — les monnaies nous l'attestent, — devenus présidents des jeux Arcadiques, firent frapper des monnaies dont la légende APKAAIKON appelle le complément suivant : 'ApxaStxcLv àYoivtov af,jxa (ou xofjijxa, OU j^apoocxT^p), OU 'Apxaôtxwv aYWVWv el\L\ ŒTjfxa, « je suis la monnaie des jeux arcadiques », formule analogue à celle du statère éphésien de Phanès ^. De la même manière doivent être interprétées les monnaies à la légende OAYNPIKONi frappées par les archontes d'Élis qui avaient la présidence des jeux d'Olympie. La légende APKAAIKON ûe doit pas s'expliquer autrement; il serait contraire à l'histoire de supposer, par exemple, l'existence d'une ligue politique arcadienne qui eut fait frapper ces monnaies auxquelles on reconnaîtrait ainsi un caractère fédéral. Une pa-

i. Beulé, Le Péloponnèse, p. 129; V. Bérard, Les Origines, p. 55.

Page 1