‹ Traite des monnaies grecques et romaines;Chapitre 594 sur 880 · Curtius, Hist. grecque, t. I, p · texte numérisé non relu

Curtius, Hist. grecque, t. I, p

DELPHES

sur Tordre du dieu, ils assimilèrent leur Àpollon-dauphio ou Apollon Delphinien à Apollon Pylhien et, en conséquence, ils donnèrent le nom de Delphes à la localité sacrée appelée Pytlio auparavant. Les deux Âpollons confondirent leurs attributs, le dauphin et le trépied ; de là, Apollon Pythien et ÂpT)llon Delphinien furent les deux noms du dieu de Delphes. D'ailleurs, dit E. Curtius, (( toute la côte avec ses sanctuaires apolliniens, dépendait de la Crète. C'étaient des hymnes crétois que Ton y chantait; les rites expiatoires que Ton y employait étaient ceux de la Crète ; la source de Castalie elle-même porta le nom du chef crétois » *. On entrevoit pîir ces détails un coin de l'expansion de cette grande et extraordinaire civilisation Cretoise à laquelle le nom de Minos est attaché et dont les débris nous ont été révélés naguère, principalement par les fouilles de Cnossos et de Phaestos.

Les Criséens dont la population était denieurée phocidienne, conservaient la haute main sur Toracle de Delphes et sur le corps sacerdotal, appelé les Amphictyons, qui administrait le sanctuaire d'Apollon. Mais bientôt, devenue riche et puissante par Taffluence et la générosité des pèlerins, Delphes eut une tendance à s** affranchir de Crisa, à revendiquer son autonomie et à se constituer en Ëtat théocratique indépendant. Lors de l'invasion des Doriens Héraclides, venus du nord, vers le x* siècle avant J.-C, les Delphiens crurent venue l'occasion de se débarrasser de la tutelle de Crisa. Ils firent alliance avec les nouveaux arrivants et leur demandèrent de les aider à secouer le Joug.

i. E. Curtius, Hist, grecque, 1. 1, p. 312.

Delphes religieuse se prétendit d'origine exclusivement Cretoise, et répudia la phocidienne Crisa. L'hymne homérique à Apollon Pjthien passe Crisa sous silence, remarque E. Curtius, et montre le dieu crétois sous la forme d'un dauphin, « s'élançant directement de la plage sur les hauteurs de Delphes, pour y marquer le lieu où il voulait être honoré » *. Les Criséens, de leur côté, se rattachèrent plus étroitement à la confédération phocidienne et s'efforcèrent, grâce à l'appui de la Ligue, de revendiquer leurs droits sur le sanctuaire d'Apollon. De là, de terribles luttes, connues dans l'histoire sous le nom de guen^es sacrées, analogues à celles qui durèrent si longtemps entre les Ëléens et les Pisales pour le sanctuaire d'Olympie, guerres dont le mobile était, au fond, une question d'intérêts matériels et commerciaux plus encore que de prépondérance politique et religieuse. En effet, les pèlerins qui affluaient à Delphes, surtout par mer, devaient débarquer à Cirrha et passer par Crisa et son territoire. L'un de leurs privilèges était que les routes restassent pour eux exemptes de tout droit de péage. Mais plus les pèlerins étaient nombreux, plus Delphes devenait orgueilleuse et riche, plus la jalousie des villes voisines se trouvait surexcitée. La phocidienne Crisa, qui se croyait des droits sur Delphes, se trouva ainsi amenée, par la force des choses, à rançonner les pèlerins, à leur faire payer des droits de débarque-

1. E. Curtius, Hist. grecque, t. 1, p. 312 ; cf. J. Svoronos, Numismatique de Delpfies (en grec), p. 8 (dans le Bull, de corresp. hellén., t. XX, 1896, p. 8) ; Ch. Lenormant et J . de Witte, Élite des monuments céramographiques, t. II, p. 21 ; B. Head, Hist, numor.y p. 289.

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ment et de passage. Elle le pouvait d'autant plus aisément qu'elle tenait le port et qu'elle commandait les chemins à travers la montagne. Telle fut Torigine de la première guerre sacrée au début du vi" siècle *.

Pour s'opposer aux prétentions des Phocidiens de Grisa, les Delphiens firent appel à l'intervention étrangère : ils appelèrent à leur aide Clisthène, TOrthagoride, tyran de Sicyone *. Après dix ans de luttes, vers 590, Grisa fut détruite et peu d'années après, son port, Girrha subit le même sort. Glisthène et les Delphiens célébrèrent solennellement leur triomphe : à Sicyone même on érigea un monument commémoratif, et à Delphes on résolut de donner aux fêtes d'Apollon un éclat inusité ^

Les grandes fêles pythiques de 590 et de 586 marquent une nouvelle phase dans le développement de Delphes et l'influence panhellénique de son oracle.

Antérieurement, les Pythiades n'étaient célébrées que tous les huit ans : elles eurent lieu, désormais, tous les quatre ans, comme les fêtes d'Olympie *. Elles consistaient surtout en concours musicaux et poétiques qui étaient présidés par le chef du conseil des Amphictyons. En 582, Glisthène lui-même y remporta le prix à la course des chars; la même année, il était aussi vainqueur à Olympie ^ Le triomphe des Delphiens sur les Phocidiens fut d'autant plus complet, que pour longtemps ces derniers se trouvèrent dans l'impossibilité de reprendre l'offensive et de se ven-

ger : la confédération phocidienne se trouva menacée, comme nous Tavons raconté plus haut, par les incursions des Thessaliens, puis elle eut à subir Tinvasion perse. Ge ne fut donc que beaucoup plus tard, au milieu du iv« siècle, et sur un autre terrain, que devaient recommencer les guerres sacrées.

La renommée de la Pythie delphique s'était depuis longtemps répandue au loin. Gygès le Jeune, en montant sur le trône de Lydie vers 687, et avant lui, Midas, roi de Phrygie, lui avaient envoyé de riches présents *. Nous avons démontré ailleurs que l'or de Gygès, offert à Delphes, les Gygéades^ n'était pas monnayé, mais en lingots ^ Parmi les oracles que Crésus i561- 546) fit consulter lorsqu'il apprit que les Perses de Gyrus allaient l'attaquer, celui de Delphes figure au premier rang; pour le rendre favorable à sa cause, il accomplit d'immenses sacrifices, et surtout il envoya à Delphes des monceaux d'or et d'argent ouvragés ou en briques, dont rantiquité toute entière fut éblouie et qu'Hérodote se complaît à nous décrire '. Lorsque, peu après, en 548, le temple de Delphes fut détruit par un incendie, les contributions importantes qu'obtint le conseil des Amphictyons pour sa reconstruction, mêaie du roi d'Egypte, Amasis, attestent la réputation universelle du dieu de Delphes, dès cette époque * : elle ne fit que grandir dans la suite.

Les premières monnaies de Delphes

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