‹ Traite des monnaies grecques et romaines;Chapitre 601 sur 880 · I. — Caractères généraux · texte numérisé non relu

I. — Caractères généraux

La Thessalie, la plus fertile contrée de la Grèce, est un don du Pénée comme TÉgypte est un don du Nil. Couverte d admirables prairies elle fut, de tout temps, un pays d'élevage de chevaux et de bestiaux : sa numismatique comme sa mythologie en fournissent des preuves abondantes. Bornée à Test par la mer de Thrace, le golfe Pagaséen, le détroit qui la séparait de l'Eubée et le golfe Maliaque, le reste de ses frontières formait un immense cirque de montagnes, limitant le bassin du Pénée. Au nord, du côté de la Macédoine, c'était le fameux Olympe de la Piérie, le séjour des Muses et des dieux, le dernier anneau de la chaîne des monts Gambuniens. Le Pinde qui se soude aux Cambuniens, vers les sources du Pénée, et a des sommets de plus de deux mille mètres, court du nord au sud, séparant la Thessalie de TÉpire et du pays des Athamanes. Laissant TÉlolie au sud-ouest, il se rattache aux

monts Achéens de la Dolopie et de la Phtiotide. L'Othrys qui domine le golfe Maliaque, forme Textrémité sud-est de cette ceinture orographique en fer à cheval dont Touverture regarde la mer au sud-est.

Le Pénée qui se jette dans la mer, après avoir serpenté dans la célèbre vallée de Tempe, entre TOlympe et TOssa, a pour principaux affluents de gauche le Léthée et TEuropos ; à droite, il reçoit le Pamisos, grossi de TOnochonos, du Curalios, de TApidanos et de TÉnipée qui vient de la Phthiotide après un très long parcours; il accueille encore TOnchestos qui traverse les lacs Boebéis et Nessonis.

Les premiers habitants de la Thessalie, des Pélasges iEoliens, furent chassés par les Béotiens qui, à leur tour, émigrèrent vers le sud poussés par les Thessaliens ; ceux-ci vinrent de la Thesprotie, canton de TÉpire, une soixantaine d'années, dit Thucydide, après la guerre de Troie *.

1. Thucydide, 1, 12; cf. G. Busolt, Griech. Ges- chichle, t. 1, p. 249.

LA THESSALIE

Les premiers aborigènes, bien que subjugués par les nouveaux venus et réduits à Tétat depenesies, sortes de serfs de la glèbe, virent leurs maîtres respecter les anciens sanctuaires et les vieux cultes du pays et s'assimiler les légendes locales *. La Thessalie fut toujours, comme TArcadiclepays de Poséidon Hippios, le dieu pélasgique dés sources jaillissantes, des troupeaux de chevaux et de bestiaux et des prairies fécondées par les eaux souterraines : les types monétaires nous le feront constater. Certaines traditions que nous verrons aussi interprétées par les monnaies, plaçaient en Thessalie l'organisation de l'expédition des Argonautes.

Le nom de la nation thessalienne est inconnu d'Homère, maisTIliade mentionne (II, 676) le héros Thessalos, comme fils d'Héraclès et père d'Aleuas, le fondateur de la puissante famille historique qui régna longtemps à Larisse. C'est sans doute le héros éponyme Thessalos , personnifiant loute la race, qui figure si souvent sur les monnaies : il dompte le taureau bondissant, pour l'immoler à Poséidon.

Dès le début de la période historique, nous trouvons la Thessalie partagée en quatre grands districts géographiques : au nord, la Pélasgiotide dont le nom a conservé celui des anciens Pélasges et qui confinait à la Macédoine ; celles de ses villes qui battirent monnaie dès le premier tiers du V* siècle sont Larisse, Phères, Crannon, Scotussa; — THistiœotide, à l'ouest, sur le versant oriental du Pinde et le cours supé-

1. Paul Monceaux, La légende et V histoire en Thessalie, dans la Rev. des Études grecques, t. T, 1888, p. 131; le même, Fastes éponymigues de la ligue thessalienne (extrait de la Revue archéol. de 1889), p. 4.

rieur du Pénée, dont la capitale était Tricca; — la Thessaliotide, province du centre, dans laquelle Pharsale et Méthydrion seules frappèrent monnaie avant les guerres médiques; — enfin laPhthiotide, au sud, autour du mont Olhrys, habitée par les Achéens d'Achille et où se trouvait la petite ville d'Hellas qui devait donner son nom à la Grèce tout entière : le nom d'EAAAZ se trouve inscrit sur des monnaies de Larisse au iv** siècle * . A ces quatre régions, il faut joindre plusieurs petits peuples qui, les uns, descendaient des races aborigènes, subjuguées par les Thessaliens, les autres étaient venus avec ces derniers et se réclamaient de leur parenté : c'étaient les Perrhèbes englobés dans la Pélasgiotide et rHistiaeotide, les Magnètes, cantonnés le long de la mer et sur les pentes de deux montagnes célèbres dans la mythologie, le Pélion et l'Ossa ; les Achéens de la Phlhiotide ; les Dolopes, sur les contreforts méridionaux du Pinde ; les Maliens dans la vallée inférieure du Sperchios et jusqu'aux Thermopyles; les iEnianes, voisins des Maliens, dans le haut bassin du Sperchios; les Œtéens, dans les gorges du mont C£ta et qui confinaient à TËtolie. Tous ces peuples étaient, suivant les événements politiques, vis à vis des Thessaliens dans une dépendance plus ou moins absolue.

Quant aux Thessaliens proprement dits, ils étaient liés ensemble par une constitution fédérale dont l'interprète était un chef suprême et unique appelé TaY<5<. Le tage, magistrat fédéral à vie, présidait les fêtes et les assemblées, commandait les armées et prélevait Timpôt fédéral *. Cette

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