‹ Traité des phénomènes électro-physiologiques des animauxChapitre 45 sur 118 · PARTIE I, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE X

Les phénomènes que j*ai décrits sont entièrement nouYeaux à ma connaissance : il n'y a d'analogue en apparence qu'une expérience du célèbre M. de Humboldt, dans laquelle se trouve un nerf posé 6ous un autre et dont l'un est irrité. J'ai varié et répété avec soin cette ingénieuse expérience , et j'ai trouvé que quelquefois la jambe qui n'était pas irritée directement par le courant électrique pouvait se contracter, et que cela avait lieu quand une portion du nerf de la jambe 9 qui n'est pas directement touchée avec le couple, se trouve envahie par son courant (/îgf. 25). £n touchwt en bb' ou en aa^ c'est la seule jambe A qui se contracte; mais si l'on touche en a et b, en a et b'9 ou en a 6, ou en a' b' y ou enfin en a et la jambe A, ou en a et la même jambe A, on voit se contracter la jambe B. Dans ce cas , le nerf de B est parcouru par le courant, et il faut même , pour que Texpérience réussisse , qu'une portion du nerf de B soit tenue obliquement ou parallèlement à celui de A. Nous verrons par la suite que cela est dû à ce que le courant n'excite pas de contractions, s'il traverse le nerf normalement.

Les faits que j'ai découverts ne peuvent donc pas s'expliquer comme ceux de M. de Humboldt dont j'ai déjà parlé.

M. Becquerel, avec qui j'ai répété et varié mes expériences, après s'être assuré qu'une lame isolante , quoique très-mince , empêche l'action des muscles en contraction sur le nerf posé sur la surface de ces muscles y en a conclu que ces phénomènes ne pou*

yaieni pas s'expliquer sans admettre une décharge électrique dans Tacte de la coiïtraetion.

Voici comment s'exprime le savant physicien dans une note qu'il a bien voulu me communiquer :

« À Tiastant où la grenouille se contracte, il y a w une décharge électrique qui passe dans l'extrémité u du nerf de la jambe, quand cette extrémité pose w sur le muscle, ou n'en est séparée que par une c< bande de papier humide ; elle se décharge par la a feuille d'or, attendu que celle-ci conduit mieux « l'électricité que le nerf, fait analogue à celui qu'on « observe en plaçant une torpille dans un étau de (( métal que l'on tient à la main* Dans ce cas, ladéa charge passe dans le métal et non dans la main; u enfin, l'interposition d'une bande de papier glacé « ou isolant doit empêcher lé nerf de la jambe d'en «être affectée

<( Tous ces effets ne peuvent donc être produits (( que par des courants dérivés; dès lors on est porté (f à admettre la production d'une décharge électrique « à l'instant où le muscle se contracte.

(( Si des expériences entreprises dans une autre «direction viranent confirmer les conséquences que « l'on thre du fait de M. Matteucci , ce physicien « aura découvert une des propriétés les plus impor* (f tant^ des muscles sous l'empire de la vie, ou quel- « que temps encore après la mort. »

Je tomberais dans des prolixités , toujours inutiles, si je voulais décrire tous les efforts que j'ai faits pour parvenir à des résultats bien concluants

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dans ces recherches et tels que j'aurai touIu. Ij s'agissait de faire parler le galvanomètre, et d6 voir avec cet instrument que , dans , la contraction musculaire d'un animal quelconque^ il arrive sur la surface du muscle qui se contracte une espèce de décharge électrique qui agit sur les nerfs d'une gre-^ nouille préparée qui sont posés sur ce muscle* Comme ce phénomènci dû à la contraction du muscle, a. lieu sur des animaux qui n'ont pas le courant propre de la grenouille» on pourrait supposer que . c'est le courant musculaire qui , dans l'acte de la con* traction , augmente d'intensité et ne peut plus par conséquent circuler entièrement dans les molécules mêmes du muscle où il est développé.

Cette supposition serait encore appuyée par un phénomène analogue , qui arrive pour la chaleur : on sait depuis les belles expériences de MM< Becquerel et jfoeschet, qu'il y a dans la contraction d'un mus* ele un dégagement de chaleur.

Mais comment prouver avec le galvanomètre que le phénomène que nous étudions est dû à Une dé^ charge électrique, et que la contraction produit cette décharge? Les difficultés de l'expérience sont très-faciles à saisir. 11 faut commencer par fermer le cir«« cuit d'une pile musculaire composée d'animaux vivants avec le galvanomètre , attendre que l'aiguilla s'arrête à une certaine déviation, et alors éveiller les contractions dans les muscles de la pile par un moyen qu'on ne puisse pas accuser d'être capable à lui seul d'augmenter directement le courant électrique

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préexistant. Ajoutons encore que , pour n'êlre pas induit en erreur dans la conclusion qu'on veut déduire f il faut que ce moyen ne puisse pas augmenter la conductibilité de la pile : en effets si cela n'était pas, on pourrait toujours supposer que, quand même les contractions seraient suivies d'une augmentation de Tintensîté du courant, ce second effet sehiit dû à la meilleure conductibilité de la pile qui laisse ainsi circuler plus facilement le courant mus* €ulaire. Nous avons vu que, quand même la première déviation d'une pile musculaire de huit à dix éléments est très-grande , l'aiguille ne se fixe à la fin qu'à un angle comparativement très-petit. J'ai essayé en vain de composer des piles d'un certain nombre d'éléments, avec des pigeons vivants fixés sur une planche, et l'impossibilité de t^ette expérience est très-facile à comprendre. Avec des piles musculaires de pigeons ou de lapins, telles que nous les avons employées pour démontrer et étudier le courant musculaire, il n'est pas possible d'exciter des contractions. 11 me restait à tenter l'usage des grenouilles, mais il fallait pour cela agir avec le courant propre. J'ai cru qu'en parvenant à prouver que ce courant est d'une manière quelconque augmenté par la contraction , on aurait fait un pas dans l'explication du phénomène que nous étudions. Voici donc l'expérience : je prépare une pile de huit ou de dix grenouilles et je ferme le circuit avec le galvanomètre. La déviation, qui est d'abord de 40**, 50% etc., s'arrête à e*", à 8**; quand l'aiguille est presque fixe,

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il faut faire contracter les grenouilles. Voilà encore des difficultés* La première idée qui se présente pour faire contracter dans le même lemps les grenouilles qui composent une pile^ c'est de les faire traverser par un courant électrique; mais on ne tarde pas à s'apercevoir qu'une partie du courant de la pile prend la voie du galvanomètre et qu'il faut, par conséquent, abandonner entièrement ce moyen.

J'ai tenté de faire contracter les grenouilles en irritant, à peu près dans le même temps pour toutes, leur moelle épinière. J'ai varié cette expérience bien des fois, et je n'ose pas malgré cela affirmer que le résultat auquel je suis parvenu soit définitif. Les grenouilles dont on irrite la moelle épinière subissent en général des contractions si violentes, qu'il est pi^esque impossible que le circuit n'en reste pas interrompu , auquel cas on voit l'aiguille revenir vers le zéro et osciller ensuite. Toutes les fois que l'interruption n'a pas eu lieu, j'ai vu, pendant les contractions des grenouilles de la pile, la déviation aug* menter de 2*", de 3' et même de 4**.

Un autre moyen auquel j'ai eu recours pour faire contracter les grenouilles d'une pile, a été l'application d'une solution alcaline sur leurs nerfs lom-* . baires. J'attends, comme je l'ai déjà dit, que l'aiguille soit fixe avant de toucher avec l'alcali les nerfs des grenouilles, et j'ai soin de ne pas loucher les deux grenouilles extrêmes, dans la crainte que l'alcali puisse parvenir jusqu'aux lames du galvanomètre. Les contractions qu'on obtient par ce procédé ne

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sont pas aussi violentes que celles obtenues par l'irritation mécanique de la moelle épinière, et elles persistent plus longuement. Voici ce que j'ai vu bien des fois : aussitôt Talcali appliqué i les eootractions commencent et raiguille, dans le même temps, s^avance de 5®, 6"", et quelquefois de 40^ au delà dô l'angle où elle était fixée. Quelques secondes après les contractions cessent^ et l'aiguille revient à sa position pour descendré ensuite lentement vers le zéro, comme elle l'aurait fait sans la déviation ex** traordinaire. Il faut avouer que l'apparition de deux phénomènes^ c'e8t>4i--dire la production des contractions et la plus grande déviation de l'aiguille > se correspondent exactement. 11 faut dire encore que , si l'on touche les neirfs des grenouilles de la pile avec l'alcali pour une seconde ou troisième fois, les deux phénomènes ne reparaissent pas»

Est^il maintenant bien exact de conclure que le courant propre augmente par la contraction du mu»* ele? Peut^n expliquer différemment le résultat de nos expériences?

L'alcali appliqué sur les nerfs des grenouilles de la pile peut augmenter la conductibilité des surfaces en contact entre chaque grenouille. On pourrait d'abord opposer à cette interprétation, que l'effet de l'alcali n'aurait pas dû manquer immédiatement à la seconde application. On pouvait encore essayer d'employer des solutions acides ou salines au lieu de l'alcali. Ces solutions, convenablement ^choisies, doivent augmenter la conductibilité des surfaces en

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contact entre chaque grenouille ; on sait qu'elles n'excitent pas de contractions. J'ai employé pour cela des solutions diacide sulfurique , 4e sel ammo* niacy de sulfate de soude. Le phénomène que j'ai constamment observé avec ces solutions, quoique très-difficile à expliquer, n'en est pas moins constant. Lorsqu'on applique ces solutions sur les mêmes points où Talcali est appliqué, et cela avec un pin*ceau ou avec un morceau d'épongé imbibée , il ar«rive le plus souvent que l'aiguille revient vers zéro pour remonter de nouveau après quelques secondes i sa première déviation. Quelquefois l'aiguille ne bouge pas et continue à descendre très-lentement. Ce qui est certain , c'est qu'avec ees solutions acides^ ou salines, la déviation n^est jamais augmentée. Je répète que ces résultats sont très-difficiles à expliquer; mais il n'^t pas moins vrai qu'ils peuvent aider à interpréter l'action de l'alcali > indépendamment de Taugmentation de conductibilité du circuit. On pourrait encore objecter que l'action de l'alcali eat due à une* action chimique exercée inégalement fiur les nerfs et sur les muscles qui se touchent, laquelle développe un courant qui marche dan? le même sens que le courant propre de la grenouille. L'expérience répond contrairement à cette supposition. J'ai préparé deux grenouilles que j'ai disposées eu pile sur la planche vernie^ en faisant plonger les deux extrémités, c'est«-à-dire les nerfs d'une part et les jambes de l'autre, dans deux cavités de cette planche. J'ai soin de ne pas faire toucher les gre-

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nouilles ensemble au milieu et de les tenir séparées par un espace de deux ou trois centimètres. Je plonge les lames du galvanomètre dans les deux cavités de la planche ;^ comme le cîi"cuit n'est pas complet f il n'y a aucune déviation dans l'aiguille. Je prends alors une mèche de coton imbibée d'eau et je ferme le circuit : j'obtiens 5** à 6° de courant propre. J'ôte cette mèche, je retire les lames, je les plonge ensemble pour faire disparaître le courant secondaire, et puis je les remets de nouveau dans les deux cavités de la planche. Alors je ferme le circuit avec la même mèche imbibée d'une solution alcaline, et j'obtiens encore de 5"* à 6** de courant propre. Enfin, je répète cette même expérience en employant une mèche imbibée dans de l'eau acidulée et j'ai encore de 6° à 8** de courant propre. Les signes du courant propre augmentent très-probablement à cause de la meilleure conductibilité de la solution acide. En effet, en répétant l'expérience dans l'ordre opposé au précédent, c'est-à-<lire en employant d'abord la mèche imbibée dans l'eau acidulée, les derniers signes du courant propre obtenus en employant la mèche imbibée d'eau, sont plus faibles que les premiers.

Ces expériences, que j'ai bien variées et confirmées, prouvent suffisamment que l'action chimique de l'alcali n'est pas suffisante pour altérer les signes du courant propre et ne doit pas intervenir dans l'explication du phénomène étudié.

Il y avait encore une expérience à tenter pour nous

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