PARTIE I, CHAPITRE %V
soin de détruire la foncticm de l'un des organes» j'indiquerai bientôt de quelle manière on peut y parvenir.
On peut enlever toute la peau de l'organe, celle du dos ou celle du bas-ventre, sans que la décharge électrique souffre de diminution dans l'intensité. J'ai coupé l'organe à la moitié, soit horizontalement , soit verticalement, j'ai introduit une lame de verre pour séparer les deux tranches coupées, et la décharge électrique continuait encore à se faire. J'ai coupé l'organe de manière à en laisser une moitié attachée à l'autre par une petite tranche : la décharge arrivait encore de l'une à l'autre , pourvu qu'elles communiquassent encore entre elles par une branche nerveuse intacte. J'ai vu une petite torpille mâle très-vivace, large de 12 centimètres , dont j'ai coupé à plusieurs reprises les trois quarts de l'organe, donner toujours des décharges et chaque fois qu'on recommençait à couper, les- décharges arrivaient avec une intensité toujours croissante.
Ce n'est que par 4eux moyens que je suis parvenu à détruire la fonction électrique , en agissant sur la seule substance de l'organe. Ces deux moyens sont le contact des acides minéraux concentrés et la chaleur de l'eau bouillante. Après avoir enlevé la peau supérieure de l'organe, j'ai mouillé la substance interne avec de l'acide sulfurique, et à l'instant j'ai obtenu de fortes décharges. Au bout de quelques minutes , la substance de Torgane est devenue blanche et coagulée* Alors il m'a été impossible d'en tirei^ de*
166 DES PHÉ.VOHÈNKfl^ ÉLBCTftO^PirVSIOtOGIQrES.
nouvelles décharges. Ce même effet est produit par Vacide muriatique. Si Ton plonge dans de Teau bouillante une torpille à laquelle la peau dorsale de l'un des organes a été enlevée , on a, à la première impression de la chaleur, des décharges très^fortes. Mais si on prolonge cette immersion pendant quel* ques secondes seulement , la décharge cesse , et la substance de l'organe est encore coagulée. 11 faut faire cette expérience de manière que la torpille ne plonge dans l'eau bouillante. que par l'organe qu'on a écorché. C'est ainsi qu'on parvient à la sauver. Opérant de cette manière^ il m'est arrivé de faire une observation curieuse que je crois utile de rapporter. Une des torpilles , qui avait perdu la fonction électrique dans l'un de ses organes, après avoir été tenue plongée pendant quelques secondes dans l'eau bouillante ^ fut remise dans de Teau de mer où elle vécut presque deux heures. La substance de l'organe n'était plus ni blanche ni coagulée, elle avait presque repris ses propriétés ordinaires , sans être pourtant devenue capable de donner la décharge. 4'ajoute enfin que j'ai coupé en deux ou trois points l'arc cartilagineux qui est sur les branchies, que j'ai détruit complétefnent la cavité, pleine d'une substance analogue à celle de l'organe qui est au-dessus du cerveau, sans avoir obtenu le moindre affaiblissement dans la force de la décharge électrique. J'ai obtenu le même résultat en coupant tous les muscles et les tendons qui environnent Torgane.
Un des organes éliectriques de la torpille rapide-
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ment séparé du poisson vivant, peut donner la décharge , lorsque ses nerfs sont irrités. Nous exami-* nerons tout à Theure ce fait. 11 suffit à prouver que l'intégrité de la circulation du sang dans Torgane n'est pas nécessaire pour qu'il donne la décharge.
2"*. Les nerfs qui $e rendent dans l'organe. — C'est un fait que Galvani et Spallanzani avaient déjà observé depuis longtemps, qu'en coupant les nerfs de l'un des organes, la décharge cesse de ce côté, tandis qu'elle continue du côté opposé. J'avais encore établi, dans mes premières recherches, qu'ilne suffisait pas de couper un, deux, trois de ces nerfs pour détruire entièrement la décharge, qu'il fallait pour cela les couper tous les quatre.
J'ai observç que la décharge de la torpille , lorsqu'on lui a coupé deux ou trois de ces nerfs des organes , se limite aux points dans lesquels se trouve ramifié le nerf qu'on a laissé intact. Lorsqu'on a soin d'essuyer parfaitement la peau de la torpille, on voit très-bien avec le galvanomètre cette limitation de la décharge.
La torpille peut vivre longtemps , même après que les nerfs de l'organe ont été coupés. En effet, j'ai coupé trois nerfs de l'organe droit à une torpille femelle bcè»-petite et très-vivace. Après l'opération , la peau fut réunie et cousue, et le poisson lié par la queue fut mis dans le canal de Cesenatico : c'était le 27 juillet, à trois heures après midi. L'animal mourut, dans la soirée du 28 , après environ trente heures de vie.
168 DES PHBNOMÈXBS BLECTRO-PflYSIOLOGIQDES.
Le changement apporté dans la substance de Torgane était grand dans la partie où se ramifient les trois nerfs coupés : elle y était tellement amincie et atrophiée, qu'il était impossible de la reconnaître; la substance des troncs nerveux était devenue pulpacée , le reste de l'organe était intact.
11 n'est point nécessaire de couper les nerfs pour détruire ki décharge électrique, il suffit de les lier; avec un peu d'habitude, on y réussit* très-aisément. Les mêmes phénomènes que nous avons vus en coupant les nerfs , s'observent si on se borne à les lier.
Lorsque les nerfs ont été coupés, et que par là toute fonction électrique a été détruite , si on tire avec une pince un de ces troncs nerveux qui sont attachés à l'organe, on obtient encore des décharges électriques. Il faut, pour que cette expérience réussisse , que la torpille employée soit trèsvivace. Dans ce cas, le phénomène ne manque pas d'avoir lieu. Des observations plus précises ont fait observer un phénomène singulier. Sur une torpille trèsr-vivace , si on sépare un des organes avec ses quatre nerfs attachés , et si une fois la peau bien essuyée on pose plusieurs grenouilles préparées sur la surface de l'organe , on voit alors , en irritant tantôt un des nerfs, tantôt un autre, une certaine grenouille sauter, et les autres rester tranquilles. On ne larde pas à découvrir qu'on a de cette manière une décharge partielle de l'organe , c'est-à-dire celle de la portion de l'organe dans laquelle est distribué le nerf irrité.
Cette observation peut se répéter sur les plus pe-