‹ Traité des phénomènes électro-physiologiques des animauxChapitre 57 sur 118 · PARTIE I, CHAMTRB XV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAMTRB XV

décharge de l'organe; quand il marchait en sens in-* verse I je n ai observé que de très-faibles contractions dans les muscles supérieurs. J'ai répété ces expé*riences sur quinze individus > toujours avec le même résultat, en laissant les nerfe intacts^ quelquefois en les coupant ou les liant, et en ayant toujours soin de commencer le passage du courant , après m'ètre assuré que le contact du réophore de platine, sans qu'il fût attaché ^ la pile, ne donnait lieu à aucune décharge de l'organe. Il est bien juste d observer que ces décharges produites par le courant n'ont pas la force de celles que l'animal dpnne lorsqu'il est vivant; mais elles ne diffèrent certainement pas des dernières décharges qu'on tire de la torpille morte ^ en touchant légèrement son lobe électrique. En effet, les déviations du galvanomètre sont, dans ce cas conmie dans l'autre, de 5"" à 6"" ; mais elles suffisent pour montrer clairement la déviation dans son sens ordinaire, c'est-iL«4ire du dos au bas-ventre. Enfin j'observerai encore que Jamais on n'a les indices de la décharge de l'organe en touchant avec le pôle positif les muscles, la peau , le liquide du cerveau, etc., tous points qui ne diffèrent pas du lobe électrique par leur position et leur conductibilité , ce qui est encore uao preuve de la véritable nature des déchar*» gea précédentes*

L'action du courant électrique sur les nerfs de l'organe est eneote importante, et mérite d'être dé^ crite aveele plus grand soin. J'ai séparé rapidement un des organesd.'Uûe torpille quiétait encore vivante;

celait une torpille femelle très-grosse, la plus grosse de toutes les torpilles que j'ai eues; elle pesait six livres. L'organe a été séparé sans détacher la peau. Je n'ai fait que couper les nerfs le plus près possible du cerveau, et les séparer des branchies en tranchant circulairement toutes les parties qui environnent l'organe du côté de la tête. Il me restait ainsi l'organe avec ses quatre nerfô (/î^r. 28), qui étant un peu tirés en dehors, en ressortaientcle deux ou trois centimètres et même davantage. Tout cela a été mis sur une lame de verre couverte de vernis : alors ^ après avoir posé les extrémités du galvanomètre et les grenouilles préparées sur l'organe, comme à l'ordinaire, j'ai introduit le réophore négatif dans la substance de l'organe, près du bord extérieur, et avec le réophore positif j'ai touché l'un des quatre nerfs qui étaient étendus sur la lame de verre. A l'instant il y a eu déviation de 4° dans le galvanomètre , dans le sens du courant ordinaire de la torpille et de fortes contractions dans les grenouilles. En touchant les autres nerfs, les mêmes phénomènes ont lieu. Si je touche avec le fil positif la substaneede l'organe qui est entre les nerfs, et cela en plusieurs points, tels que la peau ou quelques morceaux de muscles attachés , je n'obtiens aucun phénomène. J'ai rétmi les quatre nerfs sur une lame de platine, et c'est en touchant cette lame que les phénomènes précédents, qui indiquent la décharge de l'organe , se sont reproduits avec le plus d'intensité. J'ai essayé dans un cas de couper la ramification de l'un des nerfs dans l'iuténear de ror-

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gane» en laissant intact le tronc nerveux extérieur. Si ce tronc vient à être touché par le pôle positif, les indices de la décharge manquent. J ai lié les nerfs , et les décharges ont manqué encore quand le courant passait. Si les torpilles sont mortes depuis quelque temps, l'actioadu courant électrique que nous avons décrite plus haut, sur les nerfs de Torgane, et sur le cerveau réuni à Tgrgane, est entièrement détruite , et on tenterait inutilement de la reproduire par un plus grand nombre de couples. Ce résultat, qui aiTive après un certain temps, et qui dépend du degré de vitalité de l'animal et du traitement variable qu'on lui a fait subir, peut, au besoin, servir encore à prouver l'exactitude de mes résultats. Telle est, suivant moi , l'importance des faits que j'ai rapportés ^ que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour dissiper les doutes qu'on aurait pu conserver sur la nature des décharges obtenues par le passage du courant électrique. Voici de quejle manière j'ai opéré : une torpille bien vivante a été préparée en enlevant avec im rasoir la peau et les muscles qui couvrent les quatre nerfs qui vont à l'organe. On peut alors les isoler assez exactement. Des grenouilles sont disposées sur l'organe et les deux lames de platine unies au galvanomètre. Maintenant, au lieu de faire passer le courant électrique des nerfs à lorgane, je ne touche plus qu'un seul de ces nerfs avec les deux pôles. Pour faire l'expérience avec soin, je suspends les nerfs avec un fil de soie , en même temps que lorgane est posé sur une lame de verre vernie. Je tiens les deux

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pôles de la pile , qui est encore parfaitement isolée , à 2 ou 3 centimètres de distance sur un des nerfs de Torgane. A l'instant , j'observe de fortes contractions dans les grenouilles, et une déviation très-^sensible dans laiguille du giUvaiiomètre , quî est dans le même sens que celui de la décharge ordinaire. Je renverse aussitôt la direction du courant et j'obtiens les mêmes phénomènes; j'ai les mêmes contractions dans les grenouilles et la même déviatiori dans le galvanomètre. Je pose les pôles de la pile sur la substance même de l'organe ou sur les muscles qui l'environnent; le courant passe, mais la grenouille et le galvanomètre ne font voir aucun signe de décharge. On obtient encore de cette manière la limitation de la décharge par la surface de l'organe , suivant que le courant passe ou dans un nerf ou dans l'autre; la portion de l'organe qui se décharge est celle dans laquelle est ramifié le nerf parcourt! par le courant électrique. Le quatrième lobe agit comme les nerfs. Si on y fait passer le courant électrique , on obtient les mêmes décharges , et ces phénomènes cessent si les nerfs sont liés.

J'ai cru important de déterminer le pouvoir coû-^ ducteur de l'électricité de la substance nerveuse et de celle de l'organe. Je l'ai fait avec l'exactitude qu'il est possible dé porter dans ce genre d'expériences; j'ai employé un galvanomètre double, ei j'ai fait passer les deux courants par Une franche de la substance de l'organe y et par einq ou six ivoncs ûérveûX de la torpille réunis. Je ine servais

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d'une pile de vingt couples. La conductibilité m'a semblé toujours plus forte pour la substance de Tôrgane , et cela me paraît bien aisé à concevoir si Toii considère que cette substance est imbibée d'une soliition saline.

Lorsqu'on étudie aveô beaucoup de soin les effets du passage du courant électrique dans les nerfs de Forgane électrique, on trouve, 1®. que dans une première période, après la mort, dans laquelle la vitalité des nerfs est encore très-grande, le courant électrique, direct ou inverse, produit toujours la décliarge, soit à son commencement, soit à l'instant de l'interruption. 2°. Dans la période suivante de vitalité, la décharge n'est plus produite que parle commencement du courant direct et par l'interruption du courant inverse.

Je vais résumer en peu de mots les conséquences de toutes mes recherches sur les phénomènes électriques de la torpille. Lorsqu'on réfléchît l*". qu'aucune trace d'électricité ne se trouve libre dans l'or-* gane sans qu'il se décharge; 2^. qu'on peut détruire la. peau, les muscles, l'arc cartilagineux qui entoure Porgane et irième une partie de la substance d'organe, saris <Jué la décharge cesse ou se montre affaiblie; â^. que des poisons narcotiques déterminent de fortes décharges électriques; 4°. que Fïrritation du lobe électrique? du cerveau donne de très-fortes déeïiarges électriques,^ même quand l'animal semble mort depuis longtemps; 5*. que l'action de ce lobe électrique persiste après qu'on l'a séparé de tous les

1 iK* FZTttTJ^-aJ^ iî: ?^rïf»aTi eî ot lamcK-lleépinière; 6'. Q'^t l .JT-iLLi>n àt ce^ lc»l«e5 j^Bj^érieurs ou de la Ejctellt éjii^-jf i.'tt*t j^as siLi^ie fiar la décharge; 7'. q-^ c^ f jri^es f':»i.ira'.ii«.»ns ntuseulaires s'obserxeuX àhiiy les jihn^as qui en^ ironneût l'organe, sans qîje la dèclAirre *^t Lf d ; ^J•. que cette décharge se firi>iajt en imiaiit ies trc^Dcs nerveux qui sont ramîÊés dans rorrsue, et qiiand ces troncs sont déjà séfiarés du ctTveaTi ; *?'. qut la blessure du lobe électrique, non-seuiriDtnt produit toujours la déchaige, mais en renverse queiquefuis la direction; 10*. que le courant électrique ajit sur les nerfs de Torgane jK»ur prî»duire la déchar^re, et suivant des lois particulières; il est iniprissible de ne pas tirer de ces divers faits les conclusions suivantes:

l**, La décharge électrique de la torpille et la direction de cette décharge dépendent de la volonté de ranimai, qui, pour cette fonction, a son siège dans le lobe électrique de son cerveau.

S*'. L'électricité est développée par cet oigane de la torpille, qu'on appelle ordinsûrement électrique, sous Tinfluence de la volonté.

3*, Toute action extérieure qui est portée sur le corps de la torpille vivante, et qui détermine la décharge, est transmise par les nerfs du point irrité au lobe électrique du cerveau.

V. Toute irritation portée sur le quatrième lobe ou sur ses nerfs ne produit d'autres phénomènes que la décharge électrique. On peut donc appeler ce lobe et ses nerfs, lobes et nerfs électriques, comme on dit :

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