‹ Traité des phénomènes électro-physiologiques des animauxChapitre 59 sur 118 · DES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES DU GYMNOTE · texte numérisé non relu

DES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES DU GYMNOTE

Avant d'exposer les résultats des observations récentes faites en Angleterre par Faraday, et par quelques autres physiciens anglais sur un gymnote qu'on a conservé vivant pendant quelque temps à Londres ^ je crois faire plaisir à mes lecteurs en rapportant ici la description pittoresque que le célèbre baron de Humboldt fait de la pèche de cette aiguille. Le passage que je choisis nous servira en outre dans l'étude que nous allons faire de la fonction électrique de cet animal.

(c Après trois jours de vaine attente dans la ville

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ce de Cal2d>o2o; après aYoip reçu une seule anguille, i< et même assez faible , nous résolûmes de ppu£f li transporter nous-mêmes sur les lieux et de faire u le3 expériences en plein air, aux bords de ces mares (( dans lesquelles les gymnotes abondent. Nous nous ce rendîmes d'abord au petit village appelé Rastrq c( de Abaxo. De là, les Indiens nous conduisirent au (( Cano de Bera , bassin d'eau bourbeuse et morte , ce mais entouré d'une belle végétatiQUi de la clusia ce rosea^ de Yhymenœa Courbaril, de grands figuiers ce des Indes 7 et de quelcpies mimoses aux fleurs odoce riférantes* Nous fûmes bien surpris lorsqu'on nous ce dit qu'on irait prendre une trentaine de chevaux ce à demi sauvages dans les savanes voisines^ pour ce s'en servir à la pêche des anguilles électriques, ce L'idée de cette pêche, que l'on appelle embarba-ce scar concaballos (ehivrer par le moyen des chevaux) ce est en effet bien bizarre. Le mot de barbàsco déce signe les racines du jacquinia^ du piscidia et de u tou4e autre plante vénéneuse ^ par le «ontaet desce quelles une gt^ande masse d^eau reçoit dan3 un in-* a stant la propriété de tuer, ou du moins d'enivrer et (e d'engourdir les poissons. Ces derniers viennent à ce la surface de l'eau quand ils ont été empoisonnés ce (embarba$cado) par ee moyen. Comme les chevaux ce chassés ça et là dans une mare causent le même i( effet sur les poissons alarmés, on embrasse, en s< confondant la cause et l'effet, les deux sortes do ce pêches sous la même dénomination, ce Pendant que notee hôte nous expliquait cette

u mapièpe étr^Qge de prendre le poisfion dadB ce <f pays, la troupe d6^ chevaux et des tnuleta arriva*^ f< I^es Indiei^s en p.vaient fait uûe sorte de battue, et en fi les serrant de tous les côtés , on les força d'entrer a dans la mat^e» Je ne peindrai qu'imparfaitement l< le spectacle intéressant que nous offrit la lutte des tf aqguill$s coatrç les chevaux. Les Indiens, munis de (( joncs très-longs et de harpons , se placent autour H du bassin j quelques^ui^ d'eux montent sur les u arbre» dont les branches s'élancttnt au-*desspB de ^ 1^ surface de l'eau ; tous empêchent par leurs cris H et la longueur de leurs joncs, que les chevaux ii n'atteignent le rivage. Les anguilles, étourdies du u bruit des cheyaux, se défendent par la décharge li réitérée de leurs batteries électriques. Fendant K longtemps elles ont l'air de'remporter la victoire sur « les chevaux ^ les mulets; partout on en vit de ces H derniers qui , étourdis par la fréquence et la force « de^ coups électriques, disparurent sous l'eau. Quel* i( qucQ chevaux se relevèrent, malgré la vigilance M active de$ Indiens, gagnèrent le rivage, excédés a de fatigue, et, les membres engourdis par la force (( des commotions électriques, ils s'y étendirent par f< terre tout de leur long.

« J'aurais désiré qu'un peintre.habile eût pu saisir « le moment où la scène était le plus animée. Ces {< groupes d'Indiens entourant le bassin ; ces chevaux « qui , la crinière hérissée , l'effroi et la donleup a dans l'œil, veulent fuir l'orage qui les surprend^ « eea anguilles jaunâtres et livides, qui, semblables

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» à de grands serpents aquatiques/ nagent à la surce face et poursuivent leur ennemi : tous ces objets « offraient sans doute Tensemble le plus pittoresque. i< Je me rappelai le superbe tableau qui représente un (c cheval entrant daQs une caverne , et effrayé à la vue « du lion ! L'expression de la terreur n'est pas plus « forte que celle que nous vîmes dans cette lutte « inégale.

u En moins de cinq minutes deux chevaux étaient « déjà noyés. Après ce début , je craignais que cette ce chasse ne finît bien tragiquement. Je ne 'doutais « pas de voir noyés peu à peu la plus grande partie (( des mulets. Mais les Indiens nous assurèrent que u la pêche serait bientôt terminée , et que ce n'est u que le premier assaut des gymnotes qu'il faut rex( douter. En effets quand le combat eut duré un « quart d'heure, les mulets et les chevaux parurent ({ moins effrayés; ils ne hérissaient plus leur cri* « nière : leur œil exprimait moins la douleur et w répouvante. On n'en vit plus tomber à la renverse; (c aussi les anguilles, nageant à mi-^corps hors de l'eau « et fuyant les chevaux au lieu de les attaquer, s'ap- (c prêchèrent elles-mêmes du rivage. On leur jeta de « petits harpons attachés à des cordes; le harpon en w accrochalit deux ^ la fois. Par ce moyen, on les i( tira hors de l'eau sans que la corde très-sèche et u assez longue communiquât le choc à celui qui la i( tenait : en peu de minutes, cinq grandes anguilles (c étaient sur le sec. On aurait pu en attraper une « vingtaine si nous en avions eu besoin pour nos expé-

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