PARTIE î, CHAPITRE I
L'Institut de Bologne possède des documents irrécusables qui déterminent l'époque à laquelle Galvani commença ses premières expériences sur la grenouille. En effet, on trouve dans un registre signé par le célèbre Canterzani, secrétaire de l'Académie, les notes suivantes relatives aux dates des mémoires que Galvani avait communiqués : 9 avril 1772, sur l'irritabilité Hallérienne. — 22 avril 1773, sur les mouvements musculaires des grenouilles. — 20 janvier 1774, sur l'action de l'opium sur les nerfs des grenouilles.
C'est donc vingt et un ans avant la publication du fameux commentaire de Yiribus clectricitatibus, et faite dans l'année 1791, que Galvani avait commencé ses expériences sur les contractions des muscles des grenouilles ; et malgré la vive préoccupation de Galvani pour celle à qui il était uni, il ne faut pas croire, comme le dit Alibert dans son éloge, que les grenouilles sur lesquelles Galvani vit les premières contractions par l'action électrique, se trouvaient par hasard sur sa table à côté de la machine électrique, destinées à la préparation du bouillon pour sa Lucie. On a trouvé également parmi les manuscrits de Galvani, le cahier qui contient ses premières expériences sur les contractions des grenouilles excitées par l'électricité qu'il appelle artificielle. Ce cahier porte la date du 6 novembre 1780, c'est-à-dire de onze ans avant la publication de son commentaire, et dans la première expérience il a écrit : La grenouille était préparée comme habituellement (alla
6 DES PU F NOM K NFS ÉLBCTRO-PnYSÎOLOf.ïOPES.
solita maniera ). évidemment ce n'était pas la première fois qu'il faisait de» expériences sur lea grenouilles.
Pendant les années 1 780 et 1 783 Galvani ne cessa de s'occuper du même sujet, et c'est une chose bien remarquable, de nos jours, de voir que Galvani tarda onze ans à faire connaître ses expériences.
Le premier phénomène que (ialvani décrit dans son commentaire est celui qui est critiqué par tous les historiens et qui, suivant eux , prouve quï/ ignorait entièrement la vraie théorie des influences électriques. On sait que Galvani observa la contraction d'une grenouille préparée à sa manière ordinaire, de more parala, toutes les fois qu'étant en communication avec le sol, par un corps conducteur, on tirait l'étincelle du conducteur de la machine dont la grenouille était plus ou moins rapprochée.
Cette critique des historiens de Galvani est on ne peut plus iujuste. Galvani fut surpris de l'observation que nous avons décrite , et tout physicien l'aurait été à son époque: il faut ajouter qu'il étudia le phénomène avec tout le soin et toute la sagacité possibles. Du reste, dans un mémoire en latin qui est très-peu répandu , et dans lequel il s'occupe de la lumière électrique dans l'air plus ou moins raréfié, on peut voir que Galvani était bien au courant de toutes les découvertes et de toutes les théories de l'électricité. Dans son mémoire Sur l'usage et l'activité de ï arc conducteur, Galvani dit que la contraction de la grenouille peut très-bien s'expliquer, dans le cas