PARTIE n, CHAPITRE IX
L'application du courant électrique sur un malade atteint de tétanos, que j'ai publiée ûam\a Bibliothèque universelle, mai 1838, me semble prouver la réalité de ces conclusions théoriques. Le malade , pendant qu'il était soumis au courant électrique , n'éprouvait plus de secousses violentes comme auparavant; il pouvait ouvrir et fermer la bouche; la circulation et la transpiration paraissaient se rétablir. Malheureusement ces signes d'amélioration dans son état ne furent que passagers ; la maladie était occasionnée et entretenue par la présence do corps étrangers dans les muscles de la jambe.
Je n'oserais pas espérer que l'application du courant électrique amenât en général la guérison du tétanos ; mais je crois très-fondée cette opinion que, pendant le passage du courant électrique dans les membres d'un malade du tétanos, ses souffrances devront, en grande partie au moins , être soulagées.
Pour compléter ce Chapitre, je dirai quelques mots de l'application du courant électrique proposée dernièrement pour détruire l'opacité du cristallin. Cette application se fonde sur des phénomènes chimiques qui se produisent pendant le passage du courant électrique dans l'albumine dissoute. Si Ton fait passer un courant dans un blanc d'oeuf , on voit l'albumine se coaguler autour du pôle positif, ce qui n'arrive pas pour l'autre pôle , à moins que le courant ne soit par trop fort. Cette coagulation est due évidemment à l'action chimique des acides qui sont séparés au pôle positif par le courant électrique; au pôle
négatif, au contraire, il y a de l'alcali séparé qui sert, comme on sait, à dissoudre l'albumine. On avait donc cru qu'en appliquante pôle négatif d'une pile sur le cristallin , devenu opaque par la coagulation de son albumine, l'alcali qui y serait séparé aurait fini par dissoudre l'albumine. J'ai tenté quelques expériences pour m'assurer si cela pouvait avoir lieu avec des courants assez faibles, les seuls qui puissent être appliqués à l'œil sans l'enflammer. Je faisais pour cela passer un courant dans du blanc d'œuf , et lorsqu'il y avait de F-albumine coagulée au pûle positif, je renversais la position des pôles. Je dois avouer que même avec une pile de quatre-vingts couples, je n'ai jamais réussi à dissoudre avec l'alcali séparé au pôle négatif l'albumine coagulée précédemment au pôle positif. J'ajouterai que j'ai inutilement prolongé le passage du courant pendant une beure. 11 est donc possible de créer une cataracte avec le courant, mais il n'est pas donné de la détruire. Le courant électrique a été encore proposé pour la dissolution des calculs urinaires ; mais malheureusement le succès n'a jamais répondu à l'espoir qu'on en avait conçu ; la raison en est évidente : les calculs urinaires sont formés en général de corps insolubles qui ne pourraient pas être décomposés par un courant électrique, à moins que celui-ci eût une très-grande intensité , et qu'on en prolongeât le passage pendant un temps très-long.
ÉTUDES ASATOMIQUES