I»E LA MOELLE ALLONGÉE
La partie la plus importante du cerveau de la torpille est certainement la moelle allongée, parce qu'elle présente un développement supérieur à celui qu'elle a dans les autres poissons non électriques, et, ce qui intéresse davantage, parce qu'elle se compose de certains lobes qui ont une relation intime avec les nerfs de l'organe électrique. La longueur de la moelle allongée d'une torpille âgée est presque la moitié de ' celle de tout l'encéphale, et sa largeur est plus grande que celle de toutes les autres parties du cerveau. La moelle allongée est en avant limitée et couverte par les feuillets latéraux ou resti formes du cervelet, lesquels non-seulement s'appuient sur les pyramides postérieures qui forment le bord du sinu*
294 ÉTUDE DB l'oHGANR ÉLECTRIQUE
rhomboïdal , mais sont liés avec celui-ci par des faisceaux de substance blanche ou médullaire. Ces pyramides sont très-grosses, et postérieurement, où «•lies s'approchent l'une de l'autre, au lieu de former un angle aigu comme dans les autres vertébrés, elles se courbent doucement, de manière à former par leur union postérieure un segment d une ellipse très-ouverte. Une commissure transversale (Pl. 111, fig. 1 , q) assez grosse réunit dans la torpille les deux pyramides postérieures et complète ainsi postérieurement le bord du sinus rhomboïdal. Derrière ces pyramides postérieures , on voit clairement en dehors les cordons restiformes ou les pyramides latérales, qui sont encore très-développés dans le point où prennent naissance les nerfs de la cinquième et de la huitième paire. Ces pyramides se distinguent clairement du reste de la portion antérieure (pour se servir du langage de l'anatomie humaine) de la moelle allongée et épinière, à l'aide d'un sillon qui se découvre bien distinctement lorsque tout est mis à nu. Je ne suis pas parvenu à découvrir distinctement les cordons olivaires, car les pyramides antérieures, qui forment à elles seules la face infé- . rieure de la moelle allongée, sont très-longues et nettement séparées entre elles par un sillon longitudinal d'une couleur foncée.
Le sinus rhomboïdal, que nous avons déjà décrit, est entièrement rempli par les lobes électriques, de manière qu'on ne peut pas en voir la surface sans oter ces lobes, qui , quoique adhérents , peuvent assez ai-
DE LA TOUPILLE, CTIAPITRE V. 295
sèment se détacher en déchirant quelques fibres médullaires qui les entre-pénètrent et en désagrègent le tissu nerveux granuleux qui réunit les globes électriques au ruban y ris de la surface du sinus. Tout ce qu'il y a de mieux à faire pour étudier la surface de ce sinus, c'est de dilater le sillon longitudinal qui est' entre ces deux lobes, et puis de pousser ces lobes à l'extérieur très-doucement , jusqu'à déchirer les fibres médullaires que nous avons décrites : on parvient ainsi à rejeter entièrement ces lobes eu coupant tout à fait les gros faisceaux médullaires qui, partant du bord interne des cordons restiformes, y pénètrent. Une telle préparation ne, peuÇ se faire que sur «les cerveaux qui ont été endurcis par quelques jours d'immersion dans de l'esprit de vin.
Lorsque les lobes électriques ont été ainsi enlevés, le sinus rhomboïdal présente une ligue médiane longitudinale, qui est la division des pyramides antérieures. A gauche et à droite de cette ligne , on voit un faisceau blanc , homogène, qui peut être regardé comme la surface postérieure des mêmes pyramides antérieures. Ces faisceaux, qui sont larges d'à peu près un quart du diamètre transversal du sinus, vont un peu en diminuant , à mesure qu'ils descendent vers la moelle épinière. Le reste de la surface du sinus rhomboïdal a une couleur qui est un peu plus cendrée : si on l'observe avec la loupe, on reconnaît qu'elle est parcourue transversalement par un grand nombre de faisceaux do substance blanche.
29fi ÉTTM DR I OKC.ASE ÉI.ECTRIQCE
Examinons maintenant les lobe* élrrtrifpirs. Jacopi est le premier qui a parlé rie cette modification importante du système nerveux central de la torpille, qui est constitué par un renflement placé dans le sinus rhomboïdal. Dans ses Éléments de physiologie pl d'anatomie nnnparé^ , publiés en 1810, il dit : u Derrière le cervelet , et précisément dans l'endroit « où dans tous les autres poissons le cerveau se conm tinue avec la moelle allongée, il v a dans la torpille u un renflement de substance cendrée dont le vo- « lume est presque supérieur à celui du cervelet et « des hémisphères pris ensemble. C'est de ce renflement que naissent de chaque côté trois gros troncs « nerveux qui se distribuent, en grande partie, aux « organes électriques. »
On voit très-bien, d'après ce paragraphe , que Jacopi avait non-seulement remarqué l'existence des lobes électriques dans le cerveau de la torpille, mais qu'il connaissait encore le rapport entre ces lobes et les nerfs de la huitième paire qui se distribuent à l'organe électrique. Délie Chiaje décrit aussi la protubérance du sinus rhomboïdal qu'il appelle : lobo pfujliarino flobe couleur de paille). 11 regarde ces lobes comme formés d'une seule masse, et il n'admet pas sa relation avec l'origine des nerfs électriques.
Arrivons à l'étude de la structure des lobes électriques. En observant la moelle allongée couverte de ses membranes, on ne distingue pas les masses ou lobes électriques, non plus que les lobes latéraux du
T»B l A TORPILLE, CHAPITRE V. 297
cervelet (Pl. I, fig. I }; on n'aperçoit que le lobe moyen du cervelet, tandis que les lobes latéraux , les lobes électriques et la moelle allongée ne font qu'une seule masse, des cotés de laquelle sortent les nerfs de la cinquième et de la huitième paire. Lorsque cette partie de l'encépbale a été mise à nu, en enlevant en grande partie ses enveloppes , on voit tout le sinus rhomboïdal rempli de deux gros lobes qui se touchent sur l'axe longitudinal sans adhérer, mais qui au contraire sont rendus bien distincts par une fente verticale et rectiligue qui arrive jusqu'au plan du sinus rhomboïdal, et coïncide avec la ligne longitu-