‹ Traité des phénomènes électrophysiologiques des animauxChapitre 35 sur 187 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

clair, qu'en plongeant les extrémités découvertes des deux fils de platine dans un liquide parcouru par un courant électrique , on doit obtenir un courant dérivé dans le galvanomètre. Cette disposition me permettait d'obtenir des courants dérivés, d'une intensité différente, en variant la distance des deux fils.

Voici maintenant comment j'ai tenté l'expérience qui devait me conduire à déterminer, de la manière la moins inexacte possible, la conductibilité relative de certaines substances animales. J'ai pris sur un lapin récemment tué un morceau assez long du nerf sciatique , une coucbe de substance cérébrale et un morceau de muscle enlevé de la cuisse. J'ai réduit ces trois substances en tranches de la même épaisseur, autant qu'il est possible de le faire, et je les ai placées, Tune à la suite de l'autre, sur un plan isolant. Enfin, j'ai fait passer par cette chaîne de substances animales un courant de douze couples à force constante. Quand l'expérience était ainsi préparée, je touchais avec les extrémités en platine de l'appareil que nous avons décrit ( pg. 1 1 ) tantôt l'une , tantôt l'autre des substances animales. Les deux fils étaient toujours tenus à la même distance. J'ai noté les déviations produites par les courants dérivéB obtenus sur les trois substances nommées. J'ai encore tenté l'expérience en faisant varier la distance des deux fils, de manière à obtenir un courant dérivé de la même intensité , en opérant sur ces trois substances. Ces deux procédés m'ont conduit aux mêmes résultats : le cou-

M DES PHÉNOMÈNES KLECTRO-PIIYSIOUMilOCES.

rant dérivé, obtenu à une distance constante entre les deux fils, est toujours plus grand quand on les plonge dans la substance cérébrale ou nerveuse , que lorsqu'on les plonge dans la substance musculaire. De même, pour obtenir le même courant dérivé , il faut que les deux fils plongés dans le muscle, soient à une distance plus grande que celle à laquelle ils doivent l'être dans la substance cérébrale ou nerveuse. Il me semble qu'on peut prendre la conductibilité du muscle, quatre fois plus grande que celle des substances nerveuse et cérébrale, qui ne diffèrent pas sensiblement entre elles de conductibilité.

J'ai trouvé dans le plus grand nombre des expériences, que le nerf conduit un peu mieux que la substance cérébrale.

Je décrirai encore une expérience qui , en même temps qu'elle s'accorde avec les résultats auxquels nous sommes arrivés sur la conductibilité de différentes substances animales, sert aussi à prouver toute la fausseté de certains principes de physiologie électrique qu'on s'était trop empressé d'adopter. J'ai fait passer un courant électrique, obtenu par une pile de cent à cent cinquante éléments, sur un lapin récemment tué, et auquel la peau avait été enlevée. Ce courant a été transmis, en touchant avec les deux pôles de la pile, tantôt deux points du système nerveux, tels que la moelle épinière et le nerf crural, tantôt le cerveau et l'un de ces nerfs, tantôt enfin la moelle épinière et les muscles de la jambe , ou bien les

t'AIlTlE I, CIIAIMTHK IV. M)

muscles seulement. Les deux pôles de la pile étant placés sur ces différentes parties de ranimai, à la plus grande distance possible, j'ai appliqué sur différents points du corps du lapin l'appareil des courants dérivés que nous avons décrits, afin d'étudier la distribution du courant de la pile dans ces parties. Quelle que fut la partie de l'animal ainsi expérimentée, muscles, viscères, système nerveux, etc., j'ai trouvé que le courant s'était distribué dans toutes, et suivant ces mêmes lois que nous avons exposées dans le chapitre précédent, en tenant toujours compte de la conductibilité différente de ces parties , de leur position relative, et de la distance des extrémités de la pile. Dans deux de ces expériences , j'ai obtenu un résultat qui me semble de quelque importance , si on parvient à le confirmer dans toute sa généralité. J'ai découvert, sur un lapin récemment tué et écorché, la moelle épinière aux premières vertèbres du cou et un de ses nerfs cruraux. Ensuite, j'ai coupé en travers, et en plusieurs points, les muscles qui couvrent les cotes; j'ai appliqué les deux pôles d'une pile de cent couples, chargés avec de l'eau légèrement acidulée, l'un sur la moelle épinière , l'autre sur le nerf crural ; un galvanomètre entrait dans le circuit de la pile pour m'indiquer le moment où son courant était devenu à peu près constant. Alors, je plongeais dans deux blessures faites sur les muscles dorsaux, les lames de platine qui étaient attachées aux extrémités d'un bon galvanomètre : j'avais à l'instant une certaine déviation due à un courant dérivé. Voici

le fait qui mérite d'être signalé : avec un courant iulroduit dans deux pointa du système nerveux, et ayant toujours la même intensité , j'ai trouvé que l'intensité du courant dérivé était différente, suivant la marche du courant dans le système nerveux relativement à sa ramification. Ce courant dérivé est quelquefois double, et toujours plus fort, lorsque le courant de la pile va de la moelle épinière au nerf crural, que lorsqu'il est dirigé en sens contraire. Il est inutile de dire qu'il faut faire cette expérience en plongeant les lames toujours à la même distance entre elles, toujours de la même quantité, toujours en contact des mêmes points. Il m'a semblé que la différence de deux courants dérivés était plus forte dans les premiers instants après la mort de l'aiiiinal. J'ajouterai que, en prolongeant les expériences sur le même lapin , après que le courant a cessé d'exciter les contractions, on voit la différence de deux courants dérivés disparaître entièrement. En essayant d'expliquer ce fait par les lois du courant dérivé que nous connaissons, il me semble qu'on devrait conclure que le courant électrique qui marche de la moelle épinière aux nerfs est moins éparpillé dans la masse animale , est mieux conduit , que lorsqu'il est dirigé des nerfs à la moelle. Ce serait là un sujet très-important, et qui mériterait une étude plus sérieuse que celle que j'en ai pu faire; il est surtout très-difficile de s'expliquer pourquoi cette dispersion devient moins différente dans les deux cas, à mesure que la vitalité du système nerveux se fait moindre.

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Dans ces mêmes expériences, j'ai toujours vu qu'après avoir fermé le circuit daus le système nerveux, il fallait attendre, pour arriver à une déviation à peu près ûxe, un temps qui était beaucoup plus long lorsque le courant marchait de la moelle épi— nière aux nerfs, que lorsqu'il allait en sens contraire.

Je suis, loin de regarder ces résultats comme bien constants et généraux, et je n'ai eu d'autre but, en les publiant, que d'indiquer dans quelle voie il faut en continuer l'étude.

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