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Ces expériences nous portent à croire

19. Que les premiers eflets de l’élatériuni dépendent de l'inflammatuon qu'il détermine autant que de son absorption ;

29, Que c’est à la lésion du système nerveux sympathiquement affecté qu'il faut attribuer la mort qui est la suite de l'administration ou de l’application de cette substance ;

3°. Qu'en outre il exerce une action spéciale sur le rectum.

De la Coloquinte.

829. La coloquinte est le fruit du cucumis colocynthis (monœcie syngénésie de L.), qui appartient à la famille des cucurbitacées , et qui croit dans les îles de l’Archipel. Ce fruit est de la grosseur d’une orange, d’une couleur blanche jaunâtre, inodore, rond, sec, léger, spongieux et composé de feuillets eue il renferme un trèsgrand nombre de cellules dans lesquelles sont logées des semences planes, oblongues, douces et émulsives ; il est doué d’une saveur acrimonieuse, très-amère et très-nauséabonde,

DE LA COLOQUINTE. 35 Action de la Coloquinte sur l’économie animale.

Expérience 1°*. À neuf heures du matin, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien de moyenne taille , et on a introduit dans son estomac 3 gros de coloue réduite en poudre fine et contenue dans un cornet de papier : on a lié l’œsophage. À deux heures, l'animal avait eu une selle liquide, noirâtre; il se plaignait de temps en temps; mais il n'avait ni vertiges ni convulsions. À huit heures du soir, sa respiration était un peu accélérée et gènée ; il ne conservait plus les facultés du sentiment ni du mouvement : on pouyait Île déplacer comme une masse inerte, et il lui aurait été impossible de se tenir un instant debout. Il était couché sur le côté; ses pattes, un peu allongées, sans contraction remarquable des muscles qui en font partie, n'étaient le siége d'aucun mouvement convulsif. Il est mort à minuit.

Ouverture du cadavre. L’estomac offrait, à l’intérieur, une couleur rouge violette; il était distendu par une assez grande quantité d’alimens solides et par un liquide dans lequel était suspendue la poudre de coloquinte. La membrane muqueuse de ce viscère, fortement enflammée dans toute son étendue , était d’un rouge noirâtre dans la portion correspondante au grand cul-de-sac, d’un rouge vif dans les autres parties ; celle qui tapisse le duodénum, le jéjunum, l’iléum, le cœcum et le premier quart du colon , était d’un rouge assez vif; il n'y avait aucune altération dans le restant du colon; mais le rectum présentait un très-grand nombre de laqué d’un rouge de feu. : Expérience n°. À huit heures du matin on a fait avaler à un chien de movenne taille une pomme de coloquinte, qu'il a vomie presqu’en entier une heure après. Le lendemain , à onze heures, on a détaché son œsophage, et

on a introduit dans son estomac cinq onces de vin blanc que l’on avait fait infuser pendant six heures sur 2 gros ct demi de coloquinte de Venise: on a lié l’œsophage. À une heure, l'animal n'avait fait aucun effort pour vomir, A six heures , il avait eu deux selles liquides, et il se plaignait assez vivement. Îl est mort dans la nuit. Les poumons, lesiomac, Île duodénum et les autres intestins grèles n'offraient aucune altération remarquable ; la membrane muqueuse du rectum et des dernières portions du colon était d’un rouge pourpre foncé : la membrane musculeuse soujacente était également enflammée.

Expérience 11°. On a versé 8 onces de vin blanc bouillant sur une demi-once de coloquinte de Venise coupée en peuts fragmens. Au bout de trois jours on a décanté le liquide spiritueux, on l’a fait évaporer pour en chasser l'alcool, et on l’a introduit dans l'estomac d’un chien de moyenne taille, dont l’œsophage avait été préalablement détaché et incisé. Le lendemain, l’animal se plaignait, était abattu et avait eu deux selles abondantes. Il est mort vingt-deux heures après l'opération. La membrane muqueuse de l’estomac était généralement d’un rouge assez vif, et offrait çà et là des portions d’un rouge foncé ; celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum présentait une altération analogue. L'iléon, le cœcum et les premières portions du colon étaient presque dans l’état naturel ; l'intérieur du rectum et de la portion inférieure du colon était le siége d’une inflammation très-intense; on voyait plusicurs bandelettes saillantes, d’un rouge noirâtre, se détacher sur un fond rouge de feu. Les poumons paraissaient dans létat naturel,

Expérience 1v®. On a fait, à midi, une plaie à la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille ; on l’a saupoudrée avec 2 gros de coloquinte finement pulvérisée, et on a réuni les lambeaux par quelques poiats de

DE LA COLOQUINTE. NE suture. Le lendemain, à quatre heures du matin, l’animal ne paraissait pas très-incommodé ; il ne poussait aucun cri plainüf, et 1l marchait librement. Il est mort dans Ja nuit,

Ouverture du cadavre. La membrane muqueuse du rectum était évidemment altérée ; presque toute sa surface était tapissée de points d’une couleur rouge de sang; les autres portions du canal digestif et les poumons n’offraient aucune lésion apparente. Le membre opéré présentait une inflammation assez étendue accompagnée d’une infiltration sanguine qui occupait principalement les parties inférieures. Il n’y avait point d’escarre. <

Expérience v°. On a fait digérer dans l’eau, pendant huit jours, 2 onces de coloquinte finement pulvérisée ; on a évaporé le liquide jusqu’à consistance presque sirupeuse, et on l’a introduit, à midi, dans l’estomac d’un chien de moyenne taille, dont l’œsophage avait été préalablement détaché et incisé. A midi et demi, l'animal a fait de violens efforts pour vomir. À quatre heures un quart, sa marche était chancelante, et il avait des veruges tels, qu'il tombait après avoir fait deux ou trois pas. Il consérvait cependant l'usage de ses sens et ne poussait aucune plainte. À six heures, il ne donnait presque plus de signe de vie; on pouvait le déplacer comme une masse inerte; il n’était pas agité de mouvemens convulsifs. À huit heures et demie, il était dans le même état. Il est mort à onze heures du soir.

Ouverture du cadavre. L’estomac contenait une portion du liquide ingéré, mêlé d’un fluide visqueux et noirûtre; la membrane muqueuse, d’une couleur rouge foncée, offrait. des striés d’un rouge noirâtre ; la membrane musculeuse était rouge-cerise; les intestins grèles, le cœcum et le colon paraissaient peu aftérés; la membrane muqueuse .du rectum étäit très-enflammée, et présentait des bandes longitudinales couleur de feu; les poumons, un peu

gorgés de sang noir, étaient cependant assez crépitans ; les vaisseaux veineux placés à la surface des lobes cérébraux étaient très -gorgés de sang noir, la pie-mère fortement injectée; mais il n’y avait aucun fluide dans les véntricules de cet organe.

Expérience vi‘. À midi, on a fait avaler à un petit chien à jeun 3 gros de coloquinie que l’on avait préalablement traitée par l’eau bouillante, jusqu'à ce que ce liquide fût incolore et insipide; on a lié Poœsophage. L'animal a fait des efforts pour vomir; quatre heures après il a éprouvé des vertiges, et il est mort dans la nuit. L’estomac était un peu enflammé à l’intérieur; le rectum offrait à peine une trèslégere altération.

OBSERVATIONS

10. Une femme fut en proie à des coliques pendant trente ans, pour avoir pris de l’infusion de pulpe de coloquinte préparée avec de la bière. (Forvxce, Fragmenta chirurg. et med., p.66.)

2%. Un individu prit le decoctum de trois pommes de coloquinte ; il eut des déjections alvines abondantes et sanguinolentes , êt il aurait succombé si on ne se füt hâté de lui administrer l’huile en lavement et par la bouche, (Tuzrius, Obs., Uib.1v, c. xxvr, pag. 218.)

3°. Dioscoride avait observé ( /ib. 1v, c. cuxxvrr) que la coloquinte, introduite dans le rectum, déterminait un flux de sang.

4°. Lebret, chiffonnier, avala 3 onces de coloquinte dans l'espoir de se débarrasser d’une gonorrhée dont il était atteint depuis plusieurs jours. Peu de temps après, il éprouva des douleurs aiguës dans l’épigastre , et il vomit abondamment. Au baut de deux heures , il eut des déjections alvines copieuses; les membres abdominaux fléchirent, la vue s’obscurcit, et il n’entendait qu'avec difliculté : il se manifesta un léger délire auquel succédèrent bientôt des verti-

DE LA COLOQUINTR. 39

ges. On lui fit boire beaucoup de lait, ce qui occasionna des vomissemens ; on appliqua dix sangsues au bas-ventre, et les symptômes se calmérent par degrés, (Rapport fait par le malade. )

5°. Un ouvrier serrurier, âgé de vingt-huit ans, sujet au flux hémorrhoïdal , se plaignait, depuis quelque temps, de douleurs dans l'estomac, de digestions pénibles et de plusieurs autres symptômes de dyspepsie. Un ouvrier allemand, son compagnon, lui promit de le guérir radicalement au moyen d'un remède de famille. Il prit, par ses conseils, deux verres d’une décoction amère, que j'ai su, par la suite, être de la coloquinte. Le remède produisit des. selles fréquentes, accompagnées de coliques ; quelques heures après, lemaladese plaignit d’une grande chaleur dans les entrailles , d’un sentiment de sécheresse à la gorge, d’une soif inextinguible. Il me demanda le soir. On me cacha la vraie cause de la maladie ; je le trouvai avec un pouls petit, trés-accéléré, la langue rouge, le.yentre tendu, très-douloureux au toucher; la douleur était fixe et atroce près de lombilic; les selles étaient supprimées. Je fi ordonnai une saïgnée, des fomentations émollientes, des demi-lavemens émolliens et du bouillon de poulet. La nuit fut trèsmauvaise. Le lendemain matin, le ventre était plus ballonné et plus douloureux ; on ouvrit de nouveau la veine; on plaça le malade dans un bain tiède ; six heures après , augmentation des douleurs ,. rétention d'urine avec rétraction douloureuse des testicules et priapisme; on couvrit le ventre de fomentations ; on appliqua douze sangsues à l'anus , et des ventouses scarifiées sur l'abdomen ; on ordonna l’émulsion de gomme arabique et des favemens émolliens nitrés, Le troisième jour au matin, la rétention d'urine cessa ; les autres symptômes continuèrent ; le pouls était petit et serré; le hoquet survint, les extrémités se refroïdirent, la tête et la poitrine se couvrirent de sueur grasse; on craignit

la gangrène ; le soir, les douleurs cessèrent , le ventre était moins tendu , et semblait offrir quelques signes de fluctuation; Les assistans se félicitaient d'une amélioration sensible, et, comme je l’avais annoncé, le malade mourut pendant la nuit. Son épouse me fit l’aveu de l’imprudence qu'il avait commise.

Ouverture du cadavre. Les viscères abdominaux offraient les plus grands désordres ; l'abdomen était rempli d’un fluide blanchätre, chargé de flocons de la même couleur; les intestins étaient rongés, parsemés de taches noires; la plupart étaient ou adhérens ou couverts de fausses membranes. La tunique interne de l'estomac était comme détachée et ulcérée. Le péritoine était presque putréfié ; le foie, les reins et la vessie offraient des traces d’inflammation. (Observation inédite communiquée par le docteur Carron d'Annecy.)

6°. Je fus appelé, quinze jours après, pour voir une jeune blanchisseuse qui venait de prendre un demi-verre de décoction amère que ui avait ordonnée le mème ouvrier allemand ; elle ressentit bientôt de violentes douleurs dans le bas-ventre, me fit demander, et me montra le breuvage. Je reconnus bientôt que c'était de la coloquinte. La cessation du remède, les bains, les boissons huileuses , mucilagineuses et l’opium , la guérirent bientôt. (M. Carron d'Annecy.)

7°. Un boulanger , atteint de fièvre quarte , de cachexie, etc, prit le remède; il souflrit beaucoup et fut guéri de Ja fièvre; cependant il resta faible, languissant , avec un tcint plombé, et périt, au bout de six mois, d’une attaque de paralysie. (M. Carron d'Annecy. )

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