AVANT-PROPOS
En 1888, au moment où je faisais paraître le deuxième volume de cet ouvrage, j'annonçais la fin de sa publication pour le commencement de l'année 1889. Je suis donc d'un peu plus de deux ans en retard sur l'engagement que j'avais pris auprès de mes lecteurs, et je leur dois une explication sur les causes qui m'ont empêché déterminer plus tôt mon travail, malgré l'activité incessante avec laquelle je l'ai poursuivi depuis lors.
Ayant voulu, dès le début, donner à ce Traité des Résections un caractère à la fois scientifique et pratique, j'ai dû toujours m'appuyer sur l'expérimentation et la clinique, jugeant mon travail incomplet et insuffisant tant qu'il ne reposait pas solidement sur cette double base. Or, dans un sujet si vaste et sur un terrain où l'on a pris à tâche de ne s'avancer qu'à l'aide de ses observations personnelles, on ne voit clairement le but à atteindre et l'on ne mesure bien la distance à parcourir que lorsqu'on sort des généralités pour aborder les détails, c'est-à-dire les questions d'application pratique. A mesure qu'on avance, on reconnaît l'insuffisance des notions déjà acquises, qui avaient paru simples et claires dans un coup d'œil synthétique, et l'on sent le besoin de faire de nouvelles recherches pour résoudre les divers problèmes qui surgissent successivement à mesure qu'on approfondit son sujet. Ces nouvelles recherches me paraissaient ici d'autant plus indispensables que les auteurs qui m'ont précédé n'avaient pu envisager les diverses questions comme je me proposais de le faire moi-même. Leurs travaux, quelque nombreux et féconds qu'ils aient été, ne pouvaient me servir que d'introduction ou de termes de comparaison pour mes recherches personnelles qui avaient pour but le développement, par l'expérimentation
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et la clinique, des mélhodes opératoires et des théories physiologiques ou pathogéniques que j'avais proposées depuis trente ans. Ils ne pouvaient, d'ailleurs, m'être directement utiles pour les questions qu'avaient soulevées dans ces derniers temps les progrès récents et les besoins nouveaux de la chirurgie.
Quand j'ai rédigé le second volume, je possédais déjà des matériaux nombreux et assez anciens pour faire apprécier la valeur réelle, immédiate et éloignée, des principales résections du membre supérieur. Pour le coude et pour l'épaule, en particulier, je pouvais invoquer des résultats dont quelques-uns étaient déjà vieux d'un quart de siècle;' et j'avais antérieurement consacré, à l'étude de leurs résections, plusieurs mémoires spéciaux qui devaient me fournir des jalons pour un travail d'ensemble.
Pour le membre inférieur, j'étais moins avancé. Ce n'est que peu à peu, à partir de 1876, et surtout de 1880, que j'ai fait une plus large part aux résections de la hanche, du genou et du cou-de-pied, contre lesquelles s'élevaient autrefois, avant l'antisepsie, de graves objections. De plus, c'est dans ces dernières années seulement, depuis 1882, que j'ai envisagé sous un jour nouveau les résections du cou-de-pied et des différents os du tarse, et que j'ai pu assez multiplier les faits pour mettre hors de doute la véritable valeur de mes résultats actuels au point de vue de la conservation du membre, et diminuer de plus en plus, par cela même, le nombre des cas qu'on amputait jusqu'ici d'un commun accord. Ayant donc commencé plus tard à pratiquer d'une manière suivie les résections du membre inférieur, je n'avais pas de matériaux aussi anciens, et par cela même aussi concluants, que pour le membre supérieur; et à mesure que je revoyais mes derniers opérés, j'éprouvais le besoin de laisser consacrer par le temps les résultats qu'ils venaient me faire constater.
J'attache une telle importance à cette constatation des résultats, à une période aussi éloignée que possible de l'opération, que j'ai cru devoir indiquer dans le Chapitre final l'état d'un grand nombre de mes réséqués dont il avait été question dans le cours de l'ouvrage. J'ai voulu les revoir au dernier moment pour augmenter leur valeur démonstrative et modifier, au besoin, les conclu-
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sions que j'avais déjà tirées de mes examens antérieurs. J'ai tenu beaucoup à ne pas mériter les reproches qu'on peut adresser aux opérateurs qui s'empressent de publier le résultat immédiat de leurs interventions et qui ne peuvent nous dire ce que sont devenus plus tard leurs opérés. C'est dans la constatation et dans la critique des résultats anciens qu'est la véritable consécration des méthodes opératoires qui veulent se rattacher à la Chirurgie conservatrice et qui se parent de ce beau nom, sans chercher toujours aie mériter. On ne doit cependant le leur accorder que lorsqu'elles conservent des membres utiles, rétablis dans leur forme et leurs fonctions les plus essentielles, sans nuire à ia santé générale du sujet, et sans diminuer la quantité de vie qui lui est physiologiquement destinée.
Cette recherche de mes anciens opérés m'a pris beaucoup de temps, et comme la plupart de mes réséqués appartiennent à la classe laborieuse et sont exposés à se déplacer souvent, dans les conditions actuelles du travail industriel ou agricole, j'ai eu quelquefois beaucoup de difficultés à retrouver ceux qui m'intéressaient le plus.
Quand j'ai commencé ce troisième volume, je croyais que mes expériences déjà faites seraient suffisantes pour mener à bien mon travail, mais j'ai vu bientôt qu'il fallait en entreprendre de nouvelles : soit pour l'accroissement des os après les diverses résections, soit pour les greffes osseuses et l'interprétation de certains processus pour la cure despseudarthroses, etc. Or, lorsqu'on s'engage dans cette voie, on ne sait quand on arrivera à son but, tant l'expérimentation est pleine d'imprévu, et tant peuvent être nombreuses les questions nouvelles que soulève toute recherche dans ce sens. Le dégagement d'une inconnue en fait surgir d'autres auxquelles on ne pensait pas tout d'abord. Aussi, quoique je me sois absolument limité aux questions étroitement liées à mon sujet, ai-je rencontré sur ma route de nombreuses causes de retard auxquelles je ne pouvais me soustraire, dans la conviction où je suis toujours que l'expérimentation sur les animaux vivants est le plus puissant élément de progrès de la chirurgie scientilique Après trente ans d'une pratique incessante et très active,
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tant dans les hôpitaux que dans la clientèle civile, je me sens de plus en plus pénétré de cette vérité, et je recours, autant que je le puis, à l'expérimentation, non seulement pour obéir aux tendances naturelles de mon esprit, mais pour trouver les solutions pratiques dont la chirurgie a un besoin constant et que l'observation seule ne peut lui apporter.
Ce troisième volume termine le Traité des Résections. J'espère que le public voudra bien l'accueillir avec la même faveur que les deux premiers. J'aime à croire même que les lecteurs qui se préoccupent, avant tout, des applications cliniques y trouveront un intérêt plus direct, par cela seul qu'il traite des résections qui suscitent encore, à l'heure actuelle, le plus de divergences parmi les chirurgiens. J'y expose, comme je l'ai dit plus haut, un certain nombre de questions nouvelles sur lesquelles je n'ai publié jusqu'ici que des notes ou des aperçus sommaires, et je l'ai terminé par une revue d'ensemble pour apprécier l'influence des progrès récents de la chirurgie sur la théorie et la pratique des résections.
Conçu et rédigé dans l'esprit qu'ont fait connaître la Préface et l'Introduction mises en tête de l'ouvrage, ce volume complète les développements que j'avais à donner sur les applications pratiques de la méthode opératoire dont j'ai exposé les principes et formulé les règles générales dans le Tome Ier. Il achève ainsi de démontrer que la Méthode ancienne de Résection, applicable seulement dans quelques cas exceptionnels, ne peut plus avoir qu'un intérêt rétrospectif pour la pratique générale, et doit être remplacée par la Méthode sous-périostée, qui n'a pas seulement une supériorité théorique, mais qui s'affirme partout par la supériorité de ses résultats.
Lyon, 20 juillet 1891.