Résections portant sur le pubis, sur l'ischion
Nous avons enlevé plusieurs fois l'ischion et sa branche ascendante, mais c'était le plus souvent pour des nécroses plus ou moins étendues. L'opération se réduisait à l'ablation de séquestres, à la suite des ostéites aiguës, et à des excisions des parties raréfiées et fongueuses, dans les cas de tuberculose. Les lésions de cette portion du bassin, comme celles du pubis, sont graves par les fusées intrapelviennes dont elles sont l'origine, quand la face interne de l'os a été envahie, et par la gêne qu'elles apportent dans les mouvements et les diverses attitudes de la vie active. Aussi faut-il les opérer de bonne heure, en les attaquant par la face superficielle de l'os qui indique le trajet que doit suivre le bistouri . Il faut avoir soin seulement de ne pas faire porter directement l'incision au-dessous de l'ischion, pour éviter les pressions douloureuses dans la position assise.
Par une incision courbe, partant en haut du voisinage du pubis, suivant la branche descendante jusqu'à la tubérosité de l'ischion, contournant cette tubérosité et remontant en arrière jusqu'au delà des fortes insertions du grand ligament sacro-sciatique, on peut mettre à nu la totalité de l'ischion. On le sectionne en avant au-dessous du pubis, et
en arrière au-dessus de la tubérosité. En suivant l'os avec la rugine, on conserve toutes les insertions musculaires et ligamenteuses sur la gaine périostique, on ménage les vaisseaux: et nerfs honteux internes, et l'on ne pénètre pas dans la cavité pelvienne. C'est par la même incision qu'il faut attaquer l'ischion, si l'on juge son ablation nécessaire dans une résection de la hanche. L'incision de cette dernière résection permet seulement d'enlever les parties supérieure et postérieure.
L'épiphyse inférieure de l'ischion est quelquefois le siège primitif et exclusif de l'ostéite; nous l'avons enlevée sans toucher à la portion juxta-épiphysaire. Ce sont les cas les plus bénins.
Les excisions portant sur le pubis et l'ischion ne doivent pas être poussées trop loin dans les résections de la hanche. Dès que les séquestres seront enlevés et les fongosités raclées et cautérisées, il y aura, par le fait du large drainage qui s'opérera par la cavité cotyloïde, une voie suffisante pour l'écoulement des liquides et la détersion des tissus. C'est toujours là cependant un des points délicats de l'opération, et la ligne de conduite à tenir ne pourra être arrêtée qu'après un examen attentif de la région.
Nous avons eu moins souvent l'occasion de réséquer le pubis ; nous avons cependant enlevé plusieurs fois des séquestres sur un des côtés de la symphyse, et dans un cas nous avons fait une résection unilatérale complète de cette partie de la ceinture pelvienne1. Les observations de ce genre étant assez rares, nous donnons ici les détails les plus importants de ce fait.
Observation CXVIII. — Suppuration de la symphyse pubienne; ostéite du corps du pubis et de la branche ischio-pubienne à gauche. — Résection sous-périostée de ces portions osseuses. — Reproduction d'une masse osseuse remplaçant la branche ischio pubienne et complétant le trou obturateur.
Marie Pipat, 28 ans, entre à l'Hôtel-Dieu de Lyon le 28 mai 1865. — Il y a treize mois environ, elle sentit survenir subitement une douleur très vive, dont elle rapporte le siège à la fosse iliaque gauche. Elle s'alita et garda le repos le plus absolu pendant quelques jours. Peu de temps après, une tuméfaction se montra au niveau de la région ischio-pubienne; elle s'accompagna bientôt de douleurs vives et persistantes au niveau de la symphyse. La tumeur s'ouvrit spontanément et donna issue à une assez grande quantité de pus. La santé générale s'altéra, les règles disparurent, l'amaigrissement se prononça ; un nouvel abcès se forma et s'ouvrit au-dessous du premier. Elle entra une première fois dans le service de notre collègue, le docteur Delore, qui fit l'extraction de quelques petites portions nécrosées.
La malade sortit soulagée, mais les fistules persistant toujours, elle rentre le 18 septembre dans notre service. Elle est alors dans l'état suivant : elle est très amaigrie, pâle et anémique; elle est obligée de garder le lit; la marche est impossible, le membre inférieur gauche est dans une adduction forcée due à la contracture des adducteurs, sans lésion de l'articulation coxo-fémorale ou de la colonne vertébrale.
Deux fistules donnant issue à une assez grande quantité de pus s'ouvrent dans le pli