TUMEURS MALIGNES DES VOIES LACRYMALES
Au point de vue du diagnostic, il convient encore de signaler l'aspect que peut prendre, dans certains cas, la simple ectasie du sac. La ligure 1 de la planche VI est un exemple intéressant de ce genre d'affection. Le malade que représente cette figure, et dont l'observation a été publiée par M. le professeur Badal *, était un cultivateur de 49 ans qui, dans l'espace de quatre ans, vit graduellement se développer une tumeur du volume d'un gros œuf de pigeon. Cette tumeur, constituée par la simple dilatation du sac, présentait un prolongement qui s'enfonçait en doigt de gant dans la profondeur de l'orbite.
Mais ces faits-là ne sont intéressants qu'au sujet du diagnostic, et nous ne les signalons que pour qu'on ne les confonde pas avec les vrais néoplasmes, bien rares, mais dont il faut ici parler.
Après les polypes, tumeurs bénignes des voies lacrymales, il convient, en effet, de signaler quelques cas de tumeurs malignes, sarcomes ou carcinomes, développés dans les parois des voies lacrymales ou aux dépens de la muqueuse.
De Vincentiis" a étudié la première observation de sarcome du sac lacrymal. 11 s'agissait d'un malade qui, après un épiphora de longue durée, avait vu apparaître une tumeur du sac, prise d'abord pour une tumeur lacrymale et incisée ; l'incision montra qu'il s'agissait d'une tumeur solide ; celle-ci fut opérée, récidiva et donna lieu à une seconde intervention. La tumeur était formée de papilles revêtues d'un épithelium très épais et constituées par un tissu central conjonctif, contenant des vaisseaux. De Vincentiis, excluant l'hypothèse d'un épithélium, fit de cette tumeur un fibrome papillaire.
Sgrosso3 a rapporté l'histoire d'une femme de 25 ans, qui présenta, dans la région du sac, une tumeur prise d'abord pour une dacryocystite et incisée. La tumeur continua à s'accroître, s'étendant aux parties voisines et à toute la moitié de la face, si bien que la malade succomba. L'examen microscopique démontra qu'il s'agissait d'un sarcome à cellules polymorphes.
1 Badal, Bulletin de la clinique ophtalmologique de Bordeaux, octobre igoi.
2 De Vincentiis, // Mouimenlo medico-chirurgico, anno VIU, n° 27-28, 187G.
3 Sgrosso, // Progresso medico anno I, IV, 16, 1887, p. 673.
634 NÉOPLASMES DES VOIES LACRYMALES
Moauro1 a décrit un cas de sarcome bilatéral des sacs lacrymaux ; les deux tumeurs avaient le volume d'une noisette ; elles se composaient de tissu mu queux et sarcomateux avec un énorme développement des vaisseaux, dont les parois étaient très épaissies et présentaient la dégénérescence hyaline, si bien que la tumeur, qui était un angio-myxo-sarcome, rappelait les cylindromes.
Enfin Silvestri2 a fait connaître longuement l'observation d'un sarcome du sac lacrymal qu'on peut ainsi résumer : il s'agissait d'un homme de 63 ans, présentant dans la région du sac une tumeur ayant l'aspect d'une dacryocystite; mais le toucher fît voir une absence absolue de fluctuation, une dureté élastique uniforme dans toute la masse et une forte adhérence du néoplasme à la paroi orbitaire. La tumeur fut opérée plusieurs fois et récidiva en envahissant les régions sous-maxillaires et parotidiennes. L'examen histologique montra que le tissu du néoplasme était composé de cellules incluses dans un délicat réseau conjonctif ; ces cellules, en général volumineuses, étaient irrégulières dans leur forme, souvent polyédriques ; dans l'une des tumeurs enlevées on reconnut la section d'un canalicule lacrymal.
A ces quelques cas de sarcome il convient d'ajouter le carcinome du sac lacrymal, étudié en 1896 par Piccoli3. Il s'agissait d'une malade de 56 ans, chez laquelle, sans épiphora antérieure, survint une tumeur diminuant d'abord de volume quand on comprimait les points lacrymaux par lesquels il sortait du pus ; puis la tumeur augmenta beaucoup et devint irréductible. La malade refusa d'abord l'opération, qui ne put être faite que 3 mois plus tard, alors que la tumeur, grosse comme une pomme de terre, était ulcérée. La néoplasie se reproduisit rapidement, et la mort eut lieu quelques mois après. La tumeur, examinée après l'extirpation, présentait à son centre une cavité qui était celle du sac lacrymal. L'étude histologique démontra qu'il s'agissait d'un carcinome provenant du revêtement épithélial de la muqueuse du sac. Au fait de Piccoli on peut
1 Moauro, Rivista ueneta di scienze mediche, anno IV, fasc. 2, 1888, p. 180.
2 Silvestri, Annali di ottalmologia, 1897, p. 452.
3 Piccoli, Carcinome du sac lacrymal. Lau. dell. clin, oculisi. délia Universita di Napoli, vol! IV, f. III, mars i8y6.