‹ Traité des tumeurs [electronic resource] (volume 2)Chapitre 21 sur 92 · MALADIE KYSTIQUE DU TESTICULE · texte numérisé non relu

MALADIE KYSTIQUE DU TESTICULE

sieurs centaines sur une seule coupe, ce qui suppose qu'il y en a plusieurs milliers dans toute la tumeur, et, si l'on songeau petit nombre et à la brièveté des conduits du corps d'Highmore, on trouve qu'il est tout à fait impossible qu'ils fournissent un aussi grand nombre de kystes. Il n'y a qu'une vingtaine de canal icules droits, résultant de la convergence des 600 à 900 tubes séminifères des lobules ; ces tubes droits, après un court trajet de 2 à 3 millimètres, s'anastomosent en un petit réseau d'où partent les conduits efférents au nombre d'une douzaine. Maintenant, qu'on place par la pensée, sur ces conduits si courts et si peu nombreux, le plus grand nombre possible d'oblitérations superposées, qu'on les espace seulement, chose à peine admissible, de millimètre en millimètre, puis, qu'on fasse naître un kyste dans chaque intervalle, et c'est tout au plus si l'on parviendra à trouver place pour une centaine de kystes dans les conduits du corps d'Highmore. Delà à plusieurs milliers, il y a loin, — et notez que nous avons exagéré autant que possible notre évaluation, sans tenir compte des conduits simplement dilatés qui, à eux seuls, sont plus nombreux que les conduits du corps d'Highmore. Les tubes séminifères, au contraire, ont une longueur immense, évaluée en moyenne à plus de SOO mètres pour un seul testicule (Lauth), à plus d'un demi-mètre pour un seul canalicule ; ces mesures manquent certainement de rigueur, mais on peut les réduire tant qu'on voudra, et il restera toujours plus de place qu'il n'en faut pour loger dans une partie même peu étendue de la glande séminale les kystes innombrables de la tumeur kystique. Ajoutons que le diamètre des tubes séminifères est au moins deux fois plus petit que celui des canalicules droits du corps d'Highmore, et qu'ils sont enroulés et pelotonnés un grand nombre de fois sur eux-mêmes, double circonstance qui facilite beaucoup la production des oblitérations multiples et superposées à de courts intervalles.

Concluons donc avec A. Cooper que les kystes du testicule ont leur siège dans les tubes séminifères qui sont, dans le testicule, les analogues des acini des glandes en grappe (i).

(1) Tout le monde s'accorde à reconnaître que la maladie kystique du testicule est, dans la grande majorité des cas, parfaitement bénigne ; mais on cite quelques cas où les malades, après avoir été heureusement opérés de ces tumeurs, ont succombé à des récidives viscérales, évidemment cancéreuses. Tels sont les cas de Roux, de Cruveiihier, de Curling, de Cœsar Hawkins. L'explication de cette apparente contradiction est toute sm^ple. Les oblitérations des tubes séminifères peuvent être a conséquence d'une affection idiopathique de ces conduits, ou d'une affection développée en dehors d'eux, dans le stroraa de la glande. Dans le premier cas, les kystes constituent toute la maladie, qui est et reste entièrement locale.

KYSTES PAR RÉTENTION

Dans cette revue des principaux kystes des glandes excrétoires, j'ai été obligé de soumettre à une longue discussion beaucoup de

s lo

comme le sont toutes les espèces de kystes. Mais il n'en est plus de même dan^ . second cas. La maladie, modifiée seulement dans ses caractères locaux par la pré sence des kystes, se comporte, par rapport à l'état général, comme si les kystes n'existaient pas, et si cette maladie est un cancer, le malade est exposé à la récidive et à l'infection cancéreuse. 11 ne viendra à l'idée de personne d'interpréter autrement les cas où une partie de la tumeur testiculaire est franchement encéphaloide, comme cela a lieu sur la pièce n» 2416 du Musée Huntérien (Curling, loc. cil., p. 418). La difficulté de l'explication ne se présente que lorsque toute la tumeur est, ou plutôt paraît, exclusivement kystique. Mais il peut se faire que la substance cancéreuse, réduite à de minces lames aplaties dans les cloisons qui séparent les kystes, ne forme nulle part une masse assez volumineuse pour pouvoir être caractérisée sans le secours du microscope. Ainsi M. Caesar Hawkins montra à M. Curling deux pièces de testicules kystiques provenant de deux individus qui avaient succombé à des cancers internes deux ans après la castration. Quoique les pièces eussent séjourné longtemps dans un liquide conservateur, M. Curling put, avec le secours du microscope, y trouver encore des éléments cancéreux (p. 416). Si l'on objectait que l'ancienneté des pièces avait pu jeter quelque incertitude sur les résultats de l'examen microscopique, je pourrais répondre en citant un autre cas où le même observateur trouva des éléments cancéreux caractéristiques sur une tumeur kystique récemment enlevée, et où « l'aspect était tellement semblable à celui de la « forme bénigne, qu'il eût été impossible d'établir la différence sans le microscope » (p. 417). C'est plus qu'il n'en faut pour expliquer les faits d'infection cancéreuse consécutive à la maladie dite kystique 'du testicule. Lorsque les kyste^sont idiopathiques, ce qui paraît être le cas le plus fréquent, la maladie est absolument bénigne ; et lorsqu'elle ne l'est pas, c'est parce que les kystes ne sont qu'une complication du cancer testiculaire. Il est vraisemblable qu'en examinant ultérieurement les pièces avec cette notion préalable, on découvrira entre les deux espèces de tumeurs kystiques du testicule des caractères distinctifs appréciables à l'œil nu. Mais le diagnostic pourra être, en tous cas, établi par l'examen microscopique.

Le cancer n'est pas la seule affection du testicule qui puisse revêtir la forme kystique, et simuler une tumeur kystique idiopathique. Il est arrivé plusieurs fois que des 'productions cartilagineuses plus ou moins volumineuses, reconnaissables soit à l'œil nu, soit au microscope, ont été trouvées dans la masse morbide. Les kystes, dans ces cas, ne sont probablement qu'une complication du chondrôme testiculaire.

Les kystes multiples du testicule présentent quelquefois un certain nombre, ou même un nombre très-considérable de petits amas arrondis, fermes ei brillants, d'apparence perlée, constituant ce qu'on a appelé la tumeur perlée du testicule. J'ai eu l'occasion d'étudier cette matière perlée sur la pièce qui a été si bien décrite p;ir M. Trélat, dans son Mémoire déjà cité sur les kystes du testicule. Elle constituait de petits globes blancs formés de couches concentriques qui se décomposaient ellesmêmes en écailles épithéliales. D'après cela, je suis porté à considérer les petits amas de matière perlée comme analogues aux globes épidermiques que l'on rencontre dans certaines glandes normales et dans certaines tumeurs épithéliales.

On trouvera plusieurs observations de testicule kystique dans une bonne thèse de M. Louis Boutin {De lu maladie kystique du testicule, Paris, 1861, in-4»).

Page 1