PRONOSTIC. — DIAGNOSTIC
l'engorgement des ganglions lymphatiques et à une infection générale; il est également sans exemple qu'une tumeur guérie par une opération ait récidivé soit dans les ganglions, soit dans les viscères, soit dans des organes éloignés. Mais les opérations ne mettent pas à l'abri d'une récidive sur place, à moins qu'on n'ait extirpé ou détruit, en même temps que la tumeur, tous les tissus adjacents dans une étendue notable. L'étude de la propagation des tumeurs érectiles nous fournit l'explication de ces récidives locales. La dilatation des capillaires s'étend en effet au delà des limites apparentes de la tumeur, et jusqu'à une distance qu'il est impossible de déterminer. Ces vaisseaux dilatés peuvent donc persister sous la cicatrice et devenir le point de départ d'une récidive. Mais d'une part, cela est fort rare, et, d'une autre part, il est presque toujours facile de réprimer ces récidives par une légère cautérisation.
Le pronostic des tumeurs érectiles ne peut être soumis à aucune règle absolue. On peut dire d'une manière générale que les tumeurs sous-cutanées et profondes sont plus graves que les tumeurs tégumentaires; que les tumeurs artérielles, — et surtout celles qui sont diffuses, — sont plus graves que les tumeurs veineuses; qu'enflnies tumeurs artérielles et pulsatiles sont les plus graves de toutes. Mais si les tumeurs artérielles ont plus de tendance que les autres à produire des accidents dangereux, elles ont sur les tumeurs veineuses l'avantage d'être moins rebelles à la thérapeutique. Elles guérissent plus souvent d'une manière spontanée, soit par résolution pure et simple, soit à la faveur d'une inflanimation intercurrente, et on conçoit, d'après cela, que les méthod'es thérapeutiques qui ont pour but d'imiter le mécanisme de ces guérisons naturelles doivent avoir plus de prise sur les tumeurs artérielles que sur les tumeurs veineuses.
Le pronostic est encore subordonné au siège et à l'étendue des tumeurs érectiles, à l'importance des organes qu'elles atteignent à la difformité qu'elles produisent lorsqu'elles ont leur siège au visage, etc. Mais il serait superflu d'insister sur ces détails.
Le point qu'il importe de mettre en évidence, c'est que toute tumeur, toute tache érectile, quelque minime qu'elle soit, quelque stationnaire qu'elle paraisse, peut tôt ou tard faire des progrès et affecter une marche inquiétante. Ce n'est pas une raison poSr établir en règle que toutes les tumeurs érectiles doivent être opérées' mais toutes doivent être surveillées, et, dès que l'on voit paraître la monidre tendance à l'accroissement, il est formellement indiqué de recourir à un traitement chirurgical.
DES TUMEURS ÉRECTILES
L'existence de pulsations plus ou moins manifestes rend cette indication plus pressante encore.
Diagnostic. — Les tumeurs érectiles cutanées et celles des muqueuses accessibles à la vue, ne peuvent donner lieu à aucune erreur de diagnostic. La couleur bleue ou rouge des membranes tégumentaires indique, au premier coup d'œil, la nature artérielle ou veineuse de la tumeur.
Les tumeurs des muqueuses profondes et celles des viscères, tels que le foie ou le cerveau, sont jusqu'ici tout à fait hors de la portée de nos moyens de diagnostic. On peut bien reconnaître l'existence d'une tumeur, mais il est impossible d'en déterminer la nature.
Les tumeurs érectiles des os sont encore inconnues sous le rapport du diagnostic.
Restent les tumeurs érectiles situées sous la peau ou dans les chairs profondes. Les difficultés du diagnostic s'accroissent en raison de la profondeur de ces tumeurs. Mais les éléments de ce diagnostic sont à peu près les mêmes dans tous les cas. Il y a toutefois ceci de particulier aux tumeurs sous-cutanées, qu'elles ont souvent pour point de départ une petite tache érectile de la peau, et que la présence de cette tache constitue un indice précieux.
Les tumeurs érectiles sous-cutanées ou profondes se reconnaissent à leur consistance mollasse, souvent spongieuse, à leur indolence, à leur réductibilité incomplète^- qui résulte de l'expulsion momentanée du sang, à la légère tension qui s'y manifeste au moment des cris ou des efforts, enfin, lorsqu'elles sont volumineuses, à la dilatation des vaisseaux artériels ou veineux qui viennent y aboutir. Mais aucun de ces caractères n'est absolu. Les pulsations expansives plus ou moins nettes, le frémissement et le souffle léger qui se montrent dans certaines tumeurs érectiles artérielles, ont une signification plus précise. Il y a, il est vrai, plusieurs espèces de tumeurs solides qui, en subissant l'altération hématode, deviennent le siège de phénomènes analogues, mais ces tumeurs hématodes appartiennent presque toujours au squelette, oti les tumeurs érectiles sont extrêmement rares. On n'a pas oublié d'ailleurs qu'il n'existe jusqu'ici aucun exemple authentique de tumeur érectile pulsatile du squelette. Il suffit donc qu'une tumeur pulsatile ait son siège dans le tissu osseux, pour qu'on soit autorisé, jusqu'à nouvel ordre, à écarter l'idée d'une tumeur érectile.
Les tumeurs que l'on confond le plus aisément avec les tumeurs érectiles sous-cutanées ou profondes sont les lipômes et les encéphaloïdes. Les praticiens les plus habiles ont pu s'y méprendre.