TRAITEMENT. — TOPIQUES ASTRINGENTS
atteindre ce but, recourir à des moyens de réfrigération plus énergiques que ceux dont se servait Abernethy. L'application de compresses imbibées d'eau froide aurait probablement été sans aucune efficacité chez les deux malades d'Abernetby, si cette réfrigération illusoire n'eût été secondée dans le premier cas par la compression, €t dans le second cas par l'action astringente du liquide employé (eau de roses saturée d'alun) (1). Il est permis de croire que l'application permanente de la glace pourrait amener l'atrophie des tumeurs érec.tiles superticielles. Mais ce moyen n'a pas encore été employé, à ma connaissance, sans doute parce qu'il a paru difQcile à supporter.
Les topiques astringents, employés avec persévérance, ont guéri un certain nombre de tumeurs érectiles. Ce procédé, comme je viens de le dire, a eu tout le mérite de la seconde cure attribuée par Abernethy à l'action du froid. On trouve dans les recueils plusieurs observations de tumeurs érectiles guéries par des applications de compresses imbibées d'acétate de plomb (2), par des applications de teinture d'iode (3) ou de perchlorure de fer. Personne n'ignore que la teinture d'iode produit sur la peau une irritation quelquefois fort douloureuse ; c'est même peut-être à cette irritation, autant qu'à l'action spéciale du médicament, que les badigeonnages d'iode doivent leurs effets résolutifs dans les cas de tumeurs blanches, d'engorgements chroniques, etc. Il est donc possible que ce moyen agisse sur les tumeurs érectiles en y produisant lune inflammation curative, et si cette supposition était exacte, le procédé en question rentrerait dans la seconde méthode au lieu de rentrer dans la première. Mais le perchlorure de fer, qui a donné une guérison remarquable entre les mains de M. le docteur Leclerc, •de Roullac (Charente), n'agit pas comme irritant sur la peau revêtue •de son épiderme. Il n'agit pas non plus comme coagulant; il suffit •de lire l'observation de M. Leclerc, pour reconnaître que les capillaires de la peau ne furent pas oblitérés. La tumeur, qui était volumineuse et occupait presque toute l'oreille externe, rétrograda lentement ; elle resta souple, ne présenta aucun vestige d'inflammation;
(1) Jolin A';ernethy, On ihe Treatment of one Species of Nœvi Materni, dans Surgical Observations, part. II, p. 239 à 241, London, 180G, in-8o.
(2) Jos. Sigmuiid. Ueber die Behandlung kleiner Teleangiektasien bei Kindern mit Acef. Litliargii^ dans Oesterreicliische medic. Wochenschrift. — Wien, 1842 «° 19, p. 437.
(3) Voy. une note de M. Bniteel de Plymouth, dans London Médical Gazette 1849, sér. II, vol. IX, p. 319. '
^•J- DES TUMEURS ÉRECTILES
l'épidermc qui la recouvrait ne fut môme pas entamé. Elle s'aflaissa peu c\ peu et disparut enfin au bout de deux mois de traitement. L'enfant était âgé de 13 mois. Les applications de charpie imbibée de perchiorure avaient été renouvelées trois fois par jour (1).
2° procédés indirects de la première méthode sont au nombre de trois, et peuvent ôtre considérés tous les trois comme des applicat.ons de la méthode opératoire générale que j'ai décrite dans un chapitre spécial sous le nom de méthode de Harvey(2); ces trois procédés sont : 1° la ligature du tronc artériel qui fournit toutes les artères de la tumeur; 2° la ligature isolée des branches artérielles qui alimentent la tumeur; 3° les incisions périphériques pratiquées autour de la tumeur, dans le but de diviser et d'oblitérer en une ou plusieurs fois la plupart des vaisseaux qui s'y rendent.
J'ai déjà indiqué le cas où le premier procédé est applicable : c'est celui des tumeurs érectiles de l'orbite, traitées souvent avec succès par la ligature de la carotide primitive (3). C'est le seul cas où la ligature des troncs artériels offre de sérieuses chances de succès. On y joint quelquefois celui des prétendues tumeurs érectiles pulsatiles du squelette, mais je répète que ces tumeurs ne sont pas des tumeurs érectiles (4). Le second procédé, c'est-à-dire la ligature des branches artérielles qui se rendent à la tumeur, a été employé un grand nombre de fois par Pelletan, A. Cooper, Brodie, Roux, Dupuytren, etc., et toujours sans succès. On a traité ainsi tantôt des tumeurs érectiles du crâne, tantôt des tumeurs érectiles de la main et des doigts. Les anastomoses artérielles ont toujours promptement ramené le sang dans la tumeur, qui a conservé ses premiers caractères,
La connaissance de ces insuccès a conduit Physick, de Philadelphie, après lui Lawrence et Gibson, à l'emploi du troisième procédé, qui consiste à pratiquer autour de la base de la tumeur une incision circulaire assez profonde pour diviser toutes les artérioles qui s'y rendent. La tumeur continue à vivre, parce qu'elle reçoit encore, par sa face profonde, sinon des artérioles, du moins des anastomoses capillaires capables d'y entretenir une obscure circulation; puis, au bout de quelques jours, de nouvelles anastomoses capillaires s'établissent à travers la cicatrice de l'incision. Mais la
(1) Bullelin de la Sociélé de anrurgic, t. VI, p. 204. — 10 octobre 1?65.
(2) Voy. pluslKiut, re partie, livre 11, chap. vi, p. 42D-4i9.