TRAITEMENT. — DISCUSSION DES INDICATIONS
D'une manière générale, les procédés qui agissent en modifiant la tumeur doivent être préférés à ceux qui la détruisent. Cette règle souffre toutefois un certain nombre d'exceptions. Ainsi les tumeurs saillantes et pédiculées réclament l'emploi delà ligature en masse, de l'écraseur linéaire ou de l'anse coupante galvano- caustique. Les tumeurs superficielles, bien circonscrites et peu étendues, qui sont saillantes sans être pédiculées, seront détruites également soit par la ligature sous les épingles, soit par la cautérisation. La petite cicatrice qui en résulte est moins disgracieuse que ne le serait l'induration saillante consécutive à une guérison par inûammation.
La plupart des procédés qui agissent en provoquant l'inflammation curative ne sont applicables qu'aux tumeurs cutanées. Quelques-uns permettent toutefois de faire pénétrer l'action irritante jusque dans les tumeurs sous-cutanées. Tels sont les sétons filiformes, suivis ou non des injections irritantes d'Auguste Bérard, l'acupuncture, la cautérisation avec les fils galvano-caustiques ou avec les aiguilles chauffées à blanc. La vaccination elle-même peut atteindre ce but lorsqu'on la pratique avec des aiguilles suffisamment longues, mais ce dernier moyen est douteux, parce que les aiguilles peuvent laisser dans les piqûres de la peau le virus dont elles sont chargées. Les tumeurs sous-cutanées peuvent encore être traitées par la galvano-puncture, par les injections coagulantes, et par le broiement. Je pense donc qu'on ne devra tenter l'extirpation ou la destruction dé ces tumeurs qu'après avoir essayé préalablement l'application de plusieurs des procédés que je viens d'énumérer. Je conseillerai de commencer par les injections coagulantes, qui possèdent une grande efficacité, et qui, maniées avec les précautions convenables, n'exposent à aucun accident sérieux. Ces précautions, je le répète, consistent, lorsqu'on se sert du perchlorure de fer, à multiplier les ponctions, à ne pousser que deux ou trois gouttes dans chaque ponction, et à n'employer que des solutions de 12 à 15 degrés. Lorsque l'insuccès des injections coagulantes est bien et dûment constaté, on fait choix d'un autre procédé de la méthode perturbatrice, et lorsqu'enfin on se décide à extirper ou à détruire la tumeur, on doit autant que possible donner la préférence aux procédés non sanglants. Parmi ces derniers, je signalerai en particulier la ligature sous les épingles, et le procédé spécial de Rigal, de Gaillac. Ce procédé, désigné par l'auteur sous le nom de ligature à chaîne enchevillée, permet de faii e tomber des tumeurs même assez volumineuses. Mais il n'est pas applicable aux tumeurs musculaires
DES TUiMEUHS ÉRECTILES.
OU sous-musculaircs, et lorsqu'on se décide à enlever ces dernières, il faut donner la préférence à l'instrument tranchant.
Quant aux tumeurs cutanées, elles se prêtent à l'application de tous les procédés de la méthode perturbatrice. Parmi ceux qui ont le plus d'efficacité eu égard à leur peu de gravité, je citerai en première ligne la vaccination. Elle a, il est vrai, l'inconvénient de laisser une cicatrice, mais celle-ci est ordinairement peu apparente, et on ne doit pas oublier, d'ailleurs, que le sujet devrait, en tout cas, être vacciné. L'avantage de remplir à la fois deux indications compense donc le petit désagrément de la cicatrice.
Les autres procédés irritants seront choisis autant que possible de manière à établir une proportion entre l'intensité de l'irritation qu'ils provoquent et l'épaisseur de la tumeur érectile. Les simples taches céderont à des actions tout à fait superficielles. Les tumeurs qui font un certain degré de saillie exigeront l'emploi de moyens plus actifs . Je ne pourrais en dire davantage sans passer de nouveau tous les procédés en revue. Mais je dois insister ici sur deux points : en premier lieu^ l'insuccès d'un des procédés de ce groupe ne doit pas faire renoncer à guérir la tumeur sans le secours des méthodes destructives ; après un premier insuccès, on choisit un procédé plus énergique, et on a ici toute une série de moyens d'une efficacité croissante, depuis le simple badigeonnage d'iode jusqu'à la cautérisation par le fil ou par le poinçon galvano-caustique. En second lieu, lorsque les tumeurs érectiles sont très-étendues en surface, il n'est nullement nécessaire de les attaquer à la fois sur tous leurs points; on peut, et on doit même, pour éviter les accidents, les traiter en deux ou plusieurs fois, et il devient possible, par ce moyen, de guérir par des opérations successives des tumeurs qui couvrent toute une région.
Grâce aux progrès de la thérapeutique chirurgicale, un praticien persévérant peut venir à bout de la plupart des taches et tumeurs érectiles artérielles. Mais le traitement des taches veineuses (taches vineuses ou lie de vin), est malheureusement beaucoup plus incertain. Ces taches résistent bien plus que les taches rouges ou artérielles aux procédés delà méthode perturbatrice, et celles qui couvrent une grande partie du visage sont considérées, aujourd'hui encore, comme presque incurables. Je pense, néanmoins, qu'on ne doit pas renoncer à les traiter. Lorsqu'elles sont tout à fait sans saillie, l'application du perchlorure de fer par la méthode endermique mérite d'être tentée. Lorsqu'elles s'accompagnent d'une