‹ Traité des tumeurs [electronic resource] (volume 2)Chapitre 80 sur 92 · PALATINES · texte numérisé non relu

PALATINES

(Houyer.)

Avant 20 ans

De 20 à 25 ans. .

De 26 à 30 ans . .

De 31 à 40 ans. .

De 41 à 60 ans...

De 51 à 55 ans.. .

Au delà de 55 ans

IG

Total

Ajoutons, pour compléter ce tableau, que l'une des malades de Velpeau avait sa tumeur depuis l'âge de 8 ans; que dans la neuvième observation de Bauchet le début remontait également à l'âge de 8 ans ; qu'enfin, dans la troisième observation de M. Rouyer, l'adénome palatin avait paru à l'âge de H ans.

Les cas publiés d'adénômes des autres glandes sont trop rares pour qu'on puisse apprécier avec quelque précision l'influence de l'âge ; mais il résulte des faits isolés que là encore, comme dans les cas précédents, la maladie se développe de préférence chez les sujets âgés de moins de 30 ans, et devient beaucoup moins commune après 40 ans. Le cancer, au contraire, se montre principalement chez les individus âgés de plus de 40 ans, et il est rare que

ÉTIOLOGIE. 4:47

le cancer des glandes débute avant 30 ans. Lorsqu'on est consulté pour une tumeur du sein chez une jeune fille, on peut presque à coup sûr, avant tout examen, diagnostiquer un adénôme.

On a vu un assez grand nombre d'adénômes de la mamelle débuter pendant la durée de la lactation. D'autres fois, on a vu des adénomes rester stationnaires dans l'intervalle des grossesses et prendre un accroissement marqué pendant la gestation et l'allaitement.

Velpeau croit avoir vu un adénôme de la glande mammaire, chez un vieux médecin âgé de 83 ans. Mais l'observation remonte à 1 836, époque où cette espèce de tumeur était à peu près inconnue ; il est donc prudent de n'accepter qu'avec réserve ce fait, jusqu'ici unique. Dans tous les autres cas connus, Tadénôme de la mamelle s'est montré chez les femmes. Il est assez singulier que l'adénome de la parotide affecte également une prédilection marquée pour le sexe féminin. Bauchet, dans son mémoire, a mentionné le sexe de 13 malades ; sur ce nombre il y avait 12 femmes. Pour ma part, j'ai vu opérer par Blandin trois de ces tumeurs, et toutes sur des femmes; mais j'en ai enlevé une, en 1837, chez un jeune homme de 19 ans, et une autre, la même année, chez un jeune docteur brésilien, âgé de 23 ans. En réunissant tous ces faits, nous trouvons 18 cas, dont 15 se sont présentés chez les femmes. Quant aux adénomes des glandes palatines, ils paraissent à peu près également fréquents dans les deux sexes, car, sur les observations réunies par M. Rouyer, je trouve 3 hommes, 5 femmes, et 1 cas où le sexe n'est pas indiqué.

Quoique entièrement locaux dans leur évolution, et probablement aussi dans leur étiologie, les adénomes peuvent quelquefois se transmettre par hérédité, ou plutôt se développer sur plusieurs femmes de la môme famille. J'en ai cité un exemple remarquable dans la première partie de cet ouvrage (t. I, p. 156).

Du reste, aucune diathèse ne paraît présider à la formation des adénômes. Ces tumeurs sont le plus souvent uniques. Celles de la mamelle sont les seules dont on ait constaté la multiplicité. On a vu jusqu'à trois et quatre tumeurs dans une seule mamelle, et quelques femmes ont les deux seins affectés à la fois. J'ai déjà parlé d'une dame qui avait depuis son enfance cinq adénômes répartis dans les deux mamelles. Il est clair qu'une cause commune préside au développement de ces tumeurs multiples; mais cette cause, limitée à un seul organe ou à deux organes identiques qui sont soumis aux mêmes influences, ne peut être en aucune façon comparée aux causes géné-

raies qui président au développement des tumeurs diathésiaue. Les adénômes multiples de la mamelle ne se développent pas tou: jours simultanément; il s'écoule quelquefois plusieurs années entre 1 apparition de la première tumeur et celle des suivantes. Il ne faut pas oublier ce fait, qui nous fournira l'explication de la récidive des adcnômes.

Signes marche, pronostic. - Les adénômes sont des tumeurs parfaitement circonscrites, ordinairement sphériques ou ovoïdes- ceux de la mamelle et de la parotide offrent souvent une forme lobulée mais ce.a ne s'observe guère que dans les tumeurs qui ont déià acquis un Yolume assez considérable.

Ces tumeurs sont très-mobiles; elles n'ont aucune adhérence avec es parties voisines; elles sont presque toujours tout à fait indolentes. Cependant elles peuvent devenir le siège de douleurs sourdes, surtout chez les femmes, aux époques menstruelles. Les adénomes du sein s'accompagnent quelquefois de douleurs névralgiques extrêmement vives, qui n'ont aucune ressemblance avec les élancements du cancer, et qui ressemblent bien plutôt aux douleurs irradiées des névrômes, ou des tubercules sous^cutanés douloureux. Ils constituent alors la principale variété de l'affection qui a été décrite sous le nom de mmyielle irritable, ou de tumeur irritable de la mamelle. Les tumeurs irritables présentent des caractères cliniques assez curieux pour qu'il soit opportun de leur accorder quelque attention dans cet ouvrage. Je leur consacrerai donc tout à l'heure un chapitre spécial.

Mais je répète que, dans la très-grande majorité des cas, la tumeur de l'adénome est tout à fait indolente.

Sa consistance, ordinairement, est à peu près celle de l'encéphaloïde cru, mais les adénômes avec prédominance du stroma présentent quelquefois la dureté et le poids des tumeurs fibreuses.

Lorsque la tumeur se développe davantage, elle peut se recou^ vrir de bosselures et se ramollir au point d'offrir une fausse fluctuation comparable à celle de l'encéphaloïde ramolli, et j'ai vu pour cela confondre plusieurs fois ces deux affections l'une avec l'autre.

Les adénômes des glandules palatines ou labiales peuvent acquérir le volume d'un gros œuf (Michon), mais ils dépassent rarement celui d'une petite noix; il est vrai qu'on les enlève presque toujours sans leur permettre de prendre un plus grand développement. Dans un cas d'adénôme de la glande lacrymale opéré par M. Chassaignac, la tumeur avait le volume d'un petit œuf, remplissait tout l'orbite et faisait saillie jusque sous la peau.

SIGNES, MARCHE, PRONOSTIC. 44y

Les adénomes de la parotide et de la mamelle peuvent acquérir un volume énorme. Baucliet a extirpé un adénome parotidien du poids de 3 kilogrammes. Ceux de la mamelle peuvent devenir plus gros encore, s'étendre depuis le bord antérieur de l'aisselle jusque tout près de la ligne médiane et retomber au-devant de la paroi thoracique jusqu'au niveau du bord inférieur des côtes. J'ai vu une de ces tumeurs qui, en retombant ainsi, s'était pédiculisée à tel point qu'on aurait pul'enlever à peu de frais. Mais la malade refusa de se soumettre à l'opération. J'ai donné plus baut l'observation de ce fait (t. I, p. 156).

J'ai déjà parlé du suintement séro-sanguinolent qui s'effectue assez souvent par le mamelon, chez les femmes atteintes d'adénômes du sein. Ce phénomène coïncide en général avec une aggravation de la marche locale de la maladie.

Les tumeurs parvenues à un volume considérable distendent et amincissent la peau qui, froissée par les vêtements, peut s'ulcérer dans une grande étendue. La tumeur subjacente étant en général molle et bosselée, ses bosselures font saillie à travers l'ulcération comme des espèces de champignons : les anfractuosités qui les séparent retiennent le pus, qui s'y corrompt. La suppuration est d'ailleurs abondante, et finit par épuiser les malades. La dame dont je parlais tout à l'heure, et qui avait une énorme tumeur pédiculée du sein, est morte ainsi épuisée par la suppuration. On a vu, dans quelques cas, une inflammation gangréneuse s'emparer des couches de la tumeur mises à nu au fond de l'ulcère, mais je ne connais pas d'exemple où l'élimination ait été totale, et suivie de cicatrisation.

Tels sont les accidents qui peuvent survenir lorsque la tumeur s'accroît sans limites ; mais heureusement beaucoup d'adénomes s'arrêtent avant de devenir sérieusement nuisibles, et restent ensuite stationnaires pendant un grand nombre d'années, ou même pendant toute la vie. J'ai vu toutefois un adénôme, stationnaire depuis plus de quarante-cinq ans, prendre ensuite un accroissement très-rapide (chez la dame qui avait des adénomes multiples). Il faut donc savoir qu'un adénôme stationnaire peut à toutes les époques recommencer à s'accroître. Mais cette éventualité se présente assez rarement, d'où il résulte qu'on est pleinement autorisé à laisser en place les adénômes qui n'occasionnent aucune gêne, et qui paraissent stationnaires.

L'adénôme peut-il se résoudre spontanément ? On en a cité plusieurs exemples, et j y crois volontiers, car, si je n'en ai pas vu

moi-môme, j'ai vu du moins des adénômes du sein diminuer notablement de volume en quelques mois, sans aucun traitement.

Le pronostic de l'adcnôme n'est pas tout à fait sans gravité, mais on peut dire que cette tumeur est au nombre des plus bénignes. 11 n'existe qu'une seule observation d'adénôme compliqué de l'engorgement spécifique des ganglions correspondants (Robin et Lorain). Dans tous les autres cas connus, les ganglions étaient intacts, ou atteints seulement d'inflammation chronique, ce qui est d'ailleurs fort rare. Jamais l'adénome n'infecte l'économie; jamais il ne se propage aux tissus qui l'entourent ; et s'il produit quelquefois l'ulcération de la peau, cette ulcération accidentelle, comparable à celle des gros lipomes, diflere entièrement de celle des tumeurs qui s'ulcèrent naturellement {{). L'adénôme peut devenir très-gênant et même nuisible par son volume. Celui du voile du palais déterminerait l'asphyxie ou la dysphagie si on ne l'enlevait à temps ; celui de la glande lacrymale peut produire une exophlhalmie compliquée d'une amaurose incurable; c'est ce qui eut lieu chez le malade de M. Chassaignac. La tumeur avait sans doute comprimé et atrophié le nerf optique, car la vue ne se rétablit pas après l'opération, quoique l'neil eût repris sa place. Enfin la compression dunerf facial par les adénômes de la parotide a donné plusieurs fois lieu à la paralysie faciale.

L'adénôme peut récidiver après l'opération; cette récidive n'a été observée jusqu'ici que dans les glandes compliquées comme la mamelle et la parotide. Elle n'est pas due à la continuation d'un mal incomplètement enlevé, car le plus souvent l'énucléation de l'adénôme est tellement facile, ses caractères sont tellement nets, que, pour en laisser une partie dans la plaie, il faudrait vraiment le faire exprès. C'est donc une répullulation véritable dans la plupart des cas, et on en est certain surtout lorsqu'elle a lieu après l'ablation d'un adénôme petit, sphérique et roulant de la mamelle. Mais ces récidives, qui sont d'ailleurs assez rares, n'ont pas un caractère inquiétant, elles ne sent pas l'indice d'une diathèse; elles reconnaissent une cause toute locale. Elles se produisent lorsqu'un nouveau lobule de la glande vient à s'hypertrophier à son tour; si on les enlève, elles ne sont suivies d'une troisième récidive que dans des cas infiniment rares, et le mal guérit tôt ou tard radicalement par une dernière opération.

Diagnostic. — Les adénômes, suivant leur degré de consistance,

(l) Voy. t. I, p. 223-225.

DIAGNOSTIC

leur volume et l'époque où on les examine, peuvent présenter des caractères tendant à les faire confondre avec le fibrome, le chon- ■drôme, le squirrhe, l'encéphaloïde cru, l'encéphaloïde ramolli, les tumeurs fibroplastiques, les tumeurs gommeuses syphilitiques, les ■engorgements ganglionnaires, avec l'hypertrophie générale de la glande malade, et enfin avec le lipome. Le diagnostic serait donc très-compliqué , si nous devions le faire d'une manière abstraite, «ans tenir compte du siège de la tumeur. Mais nous pourrons le simplifier beaucoup en remarquant que l'énumération précédente renferme plusieurs tumeurs qui n'existent jamais dans quelques-unes des régions occupées par les adénomes. Ainsi les tumeurs des ganglions lymphatiques ne peuvent se former ni dans la mamelle, ni dans le voile du palais, ni dans la glande lacrym.ale; elles ne peuvent donc ■être confondues qu'avec les adénomes de la parotide. De même les gommes syphilitiques du voile du palais sont à peu près les seules qui •doivent être mises en parallèle avec les adénomes ; les adénomes de lamamelle sont les seuls qui puissent ressembler aulipôme ou àl'hy. pertrophie glandulairegénérale, etc. Nous pourrons donc simplifier notre tâche en étudiant séparément le diagnostic des adénôm.es de chaque région. Mais auparavant, pour éviter les répétitions, nous établirons le diagnostic de ces tumeurs et des productions accidentelles qui, comme les cancers, les fîbroïdes, les fibromes et les chondrômes, peuvent se développer partout.

Les cancers, squirrhes ou encéphaloïdes, affectent une marche tellement différente de celle des adénomes que le diagnostic ressort souvent d'une manière presque évidente des seuls commémoratifs. Ainsi, lorsqu'une tumeur de la mamelle ou de la parotide a mis vingt ou trente ans à se développer, on peut, quel qu'en soit le volume, être à peu près certain qu'elle n'est pas cancéreuse. De même, lorsque le début d'une tumeur peu volumineuse remonte déjà à cinq ou six ans, que cette tumeur est stationnaire ou ne fait que des progrès extrêmement lents, qu'elle n'a pas contracté ■d'adhérences , qu'elle n'a produit ni ulcération ni engorgement ganglionnaire, on éloigne tout d'abord l'idée de cancer. Toutefois on ne doit pas oublier que le cancer, dans des cas fort rares il est vrai, peut affecter pendant de longues années des allures tout à fait inoffensives. J'ai commis une fois une erreur de diagnostic à l'occasion d'un squirrhe du sein qui datait de sept ans, qui était resté presque stationnaire pendant six ans, et qui, orsque je l'examinai, n'avait pas dépassé le volume d'un œuf de pigeon. Quoique les limites de cette tumeur ne fussent pas nettement cn-conscrites

des adénomes proprement dits.

du côlé de la glande, je pensai ([ijc ce pouvait élre un adénôme, et j'essayai vainement de Ja traiter par la compression.

Mais les cas de ce genre sont Irès-exceptionnels, et on peut dire d'une manière très-générate que l'étude des commémoraliis etde la marche clinique de la tumeur fournit un élément de diagnostic fort précieux lorsque le mal remonte déjà à une origine fort éloignée. Les difficultés du diagnostic ne se présentent guère que pour les tumeurs plus récentes, considérées à une époque où les cancers sont en général inolfensifs.

Les adénomes examinés à cette époque présentent presque toujours une consistance assez dure, car ils n'ont pas encore subi les modifications de structure qui déterminent leur ramollissement. Ils peuvent par conséquent être pris pour des squirrhes. C'était effectivement avec le squirrhe qu'on confondait généralement les adénomes durs avant les travaux d'Astley Cooper, de M. Cruveilhier, de Yelpeau, et des chirurgiens de l'École moderne. Mais le squirrhe est toujours plus ou moins diffus, ses contours sont irréguliers. Il peut présenter une mobilité apparente lorsqu'il occupe un organe mobile comme la mamelle; mais, en fixant la glande à pleine main, on peut s'assurer que la fumeur squirrheuse fait corps avec elle, qu'elle est mobile seulement par rapport au tissu conjonctif péri-glandulaire, et non par rapporta la glande elle-même. L'adénôme dur, au contraire, est parfaitement circonscrit, et, à l'époque v ù nous le considérons ici, il constitue une petite tumeur roulante, régulière, et tellement peu adhérente à la mamelle, qu'elle paraît le plus souvent n'avoir aucune connexion avec cette glande.

Ce n'est pas avec le squirrhe que les adénomes durs ont le plus de chance d'être confondus ; c'est avec l'encéphaloïde cru, qui, comme on sait, est souvent enkysté, limité par des surfaces bien nettes et bien arrondies, et enfin parfaitement mobile. La consistance de cette dernière tumeur est à peu près la môme que celle de l'adénome avec prédominance des culs-de-sac, et ce qui rend la ressemblance plus grande encore, c'est que les deux tumeurs, en s'accroissant, peuvent devenir graduellement moins fermes. Il y a donc beaucoup d'adénomes dont la consistance est à peu près égale à celle des encéphaloïdes de même volume. Mais le tissu des adénômes donne au doigt une sensation d'élasticité qu'on ne retrouve pas dans l'encéphaloïde. L'adénôme, en outre, présente fréquemment de petites bosselures mamelonnées et assez régulières, qu'on n'observe pas dans l'encéphaloïde cru; lorsque ce

DIAGNOSTIC

dernier tend à se ramollir en prenant de l'accroissement, il perd ses contours réguliers et se recouvre de bosselures arrondies, mais on remarque alors que ces bosselures sont très-inégales entre elles et plus molles que le reste de la tumeur, tandis que celles de i aaenômesont beaucoup plus uniformes, et conservent la même consistance que la masse principale. S'il restait des doutes après cet examen, l'âge du sujet pourrait fournir des indications précieuses, car on a vu plus haut que les adénomes sont très-communs avant 30 ans, extrêmement rares après 50 ans, et que la fréquence des cancers glandulaires est précisément inverse.

A une époque plus avancée, certains adénômes se ramollissent, donnent une fausse fluctualion et peuvent ainsi ressembler à l encéphaloïde mou. Mais ici les caractères distinctifs deviennent plus évidents. Le ramollissement, en elTet, ne se montre que dans les adénômes très-anciens et très -volumineux ; or, l'encéphaloïde de même âge et de môme volume est très-rare, attendu que cette affection ne laisse presque jamais vivre les malades un grand nombre d'années. Dans les cas, très-exceptionnels, où il en est autrement, la tumeur a perdu sa forme circonscrite, elle est adhérente aux muscles, à la peau ; elle est compliquée d'engorgements ganglionnaires ; les bosselures fluctuantes qui la recouvrent sont devenues de plus en plus inégales, et lorsqu'on les palpe on ne leur trouve aucune élasticité. L'adénome ramolli, au contraire, conserve, malgré son volume, des contours libres d'adhérences. Ses bosselures, plus nombreuses que celles de l'encéphaloïde, sont plus uniformes, et en môme temps plus distinctes; ce sont phiLot des lobes, unis entre eux dans leur partie profonde, que des mamelons surajoutés à la surface de la tumeur ; enfin elles donnent au toucher la sensation d'un corps légèrement élastique, qui revient sur lui-même en repoussant les doigts, comme le ferait une éponge étroitement emprisonnée dans un sac. On a vu plus haut que dans cet état l'adénome peut s'ulcérer et on pourrait voir dans cette complication un nouveau point de ressemblance avec l'encéphaloïde ramolli ; mais, au lieu de rendre le diagnostic plus obscur, la présence d'une ulcération le rend, au contraire, plus facile. Cette ulcération est souvent limitée à la peau, et la substance propre de la tumeur n'est pas entamée, ce qui ne s'observe jamais dans l'encéphaloïde. Lorsqu'elle pénètre jusque dans le tissu de l'adénôme, on reconnaît celui-ci à son aspect granuleux, qui diffère notablement de l'apparence de l'encéphaloïde ulcéré. La peau, à quelques millimètres des bords de Tulcère, est amincie sans doute, mais souple et mo-

bile, tandis qu'elle est indnrée et adhérente dans une étendue no tab e au delà des bo.ds de l'ulcère encéphaloïde. Enfi 1' b en ce' d engorgement ganghonnaire constitue un caractère d'u'ne grand

mportance ; car on sait que cet engorgement accompagne presque toujours l'ulcération de l'encéphaloïde. P'^sque On voit que le diagnostic entre les adénômes et les cancers e^t

e plus souvent facile ; toutefois on éprouve quelquefois de rhé itation, et on peut môme commettre une confusion, lorsqu'une tumeur

"et'el'^ ^"'""^ -0 ens^datant ri :

ment de quelques mois, ou même d'un ou deux ans, existe chez un sujet de 30 à 50 ans, époque où l'on peut toui aussi bien songer au cancer qu'à l'adénôme. On se demande alors s'il s'a<nt d un adénome à marche rapide, ou d'un encéphaloïde à marche lente, n ayant pas encore dépassé la période de crudité. Le célèbre caractère des douleurs lancinantes ne fournit que des indications assez mcomplètes, car il peut faire entièrement défaut pendant toute la durée de l'encéphaloïde, et exister jusqu'à un certain point dans l'adénôme. M. Ad. Richard a signalé un autre signe qui ne manque pas entièrement de valeur: l'écoulement séro-sanguinolent qui s'effectue par le mamelon dans certains adénômes du sem (1). Il est certain que cet écoulement est rare dans le cancer- SI l'on a pu croire le contraire, c'est parce qu'on a longtemps confondu et que beaucoup de praticiens confondent encore ces deux affections si différentes. Mais MM. Follin et Guérin ont vu chacun une fois l'écoulement séro-sanguinolent coïncider avec le cancer non ulcéré de la mamelle. Il ne faut donc pas accorder à ce caractère une valeur absolue dans le diagnostic (^2).

Les fibroïdes ou tumeurs fibroplastiques peuvent encore quelquefoisêtre confondus avec les adénômes. Comme les adénômes, ces tumeurs sont tantôt dures, tantôt molles; elles sont souvent circonscrites, mobiles, et peuvent se comporter longtemps comme des tumeurs bénignes. Mais elles sont rares dans les organes glandulaires où se développent les adénômes. Ainsi, je n'ai jamais vu jusqu'ici de tumeurs fibroplastiques de la glande mammaire. J'en ai vu deux dans la région mammaire, l'une située entre la mamelle et le grand pectoral, l'autre située sous le grand pectoral, mais dans les deux cas, la glande était restée étrangère à la maladie. Vel-

(î) Ad. Richard, Sur un symptôme négligé de cerlaines tumeurs du sein dans Revue médico-cfii? urgica/e. Paris, 1862, t. XI, p. 18-29. (2) Bull, de la Soc. de chirut'gie, 1855, t. V, p. 371-3.

DIAGNOSTIC. ^^'^ peau p.rle de deux cas de tumeurs fi^^^plastiques de la mamcU^^^ mais il se trouve que l'un de ces faits date de 1823 1 autre r 8 6 C st-à-dir'e d'une époque où l'existence des éléments flbropla tiques était inconnue. En 1854, Yelpeau, se proposant e Xe 'que les tumeurs fibroplastiques étaient de v^^^^abl- cers exhuma ces deux faits, et, leur appliquant un diagnostic rétrospectif tout à fait arbitraire, les donna comme des exemples de tumeurs fibroplastiques cancéreuses. Mais il ajouta que ces tumeurs étaient napiformes, nom qui désignait, à l'époque ou les observations furent recueillies, la variété la mieux earaclérisee du cancer squirrheux (1). Je suis loin de nier l'existence des m . des ,1e la mamelle, mais les observations clmiques faisant défaut, je ne puis essayer d'établir le diagnostic de ces tumeurs et des adénomes.

Même incertitude pour les fibroïdes du voile du palais e de la ..lande parotide. On en a vu un très-petit nombre d'exemples qm ont été constatés par l'examen microscopique, mais les caractères cliniques de ces tumeurs n'ont pas été indiqués. J'ai lieu de croire qu'il doit être fort difficile, au moins pendant les premiers temps, de les distinguer des adénômes.

La grande rareté des fibroïdes dans les organes où se développent les adénômes, laisse donc jusqu'ici planer le doute sur le diagnostic différentiel de ces deux espèces de tumeurs.

Les fibrômes, sous ce rapport, sont à peu près dans le même cas que les fibroïdes. Toutefois, M. Paget a vu un cas de fibromes de la mamelle, j'en ai vu également un exemple. Les fibromes sont des tumeurs très-dures qui, par cela même, ne pourraient être confondues qu'avec les adénômes où prédomine le stroma. Ceux-ci, comme on l'a vu, ne se présentent guère que dans la mamelle. C'est donc là, seulement, qu'il y a lieu d'établir un parallèle entre l'adénôme et le fibrôme. Jusqu'ici, toutefois, ces deux affections n'ont pas été confondues l'une avec l'autre. Dans le cas de M. Paget (2), la tumeur était douloureuse, elle avait pris depuis quelques semaines un accroissement rapide, et le chirurgien ne fut pas tenté de la prendre pour un adénome. Il cnit qu'il s'agissait d'un cancer dur, mais s'il eût examiné la malade quelques semaines plus tôt, il eût trouvé une tumeur bien circonscrite, très-dure, indolente, à peu près slationnaire, datant de 10 ans, chez une femme de -47 ans, et il eût, selon toutes probabilités, pris ce fibrôme pour

(1) Vclpeau, Maladies du sein. Paris, 1854, in-8, p. 45S-4GO.

(2) Paget, On Tumours, p. 151.

un adénôme dur. Pour ma part, Je ne connais aucun caractère pro pie à faire éviter cette erreur. Peut-être les observations ulttieu es

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J ai observé, il diflérait entièrement de toutes les tumeurs connue

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Les chondrômcs enfin ont une dureté qui ne permettrait de les confondre qu'avec les adénômes où prédomine e stroma Ma s la mamelle où se montre cette espèce d'adénôme, n'est pre que i mais le siège du chondrôme. Je n'en ai vu qu'un seul L et la tumeur, bien différente de la plupart des chondrômes, était 'extrêmement irregulière et ne ressemblait nullement à l'adénôme. Les chondrômes sont fréquents dans la glande parotide, mais les adénômes de cette glande ont une consistance bien inférieure à celle des tumeurs cartilagineuses. Nons signalerons toutefois le cas où une tumeur parotidienne est constituée en partie par des masses cartilagineuses, et en partie par du tissu glandulaire hvpertrophié comme Bauchet en a cité des exemples. La consistance inégale des tumeurs, les noyaux durs qu'on y sentait au milieu d'une substance plus molle, ont permis dans ces cas aux chirurgiens de diagnostiquer la nature complexe de la production accidentelle.

Après ces généralités, nous aurons à examiner quelques questions particulières de diagnostic local, relatives aux adénômes des principales régions.

Les adénômes des glandes palatines ont presque toujours leur siège soit sur la partie mobile du voile du palais, soit à son point d'insertion sur la voûte palatine, quoique M. Rouyer ait cité un cas où l'adénôme était situé directement sous la voûte osseuse. Il résulte de là que, faute de point d'appui, le chirurgien peut éprouver quelque difficulté lorsqu'il cherche à apprécier avec le doigt le degré de consistance de la tumeur et à en préciser les contours. Je pense qu'une sonde métallique recourbée, introduite dans l'une des narines jusque derrière le voile, peut rendre service en pareil cas, car elle fournit un point d'appui pour le toucher. On reconnaît ainsi que la tumeur est ferme et élastique, qu'elle est sphérique ou ovoïde et nettement circonscrite par des contours bien réguliers. Quelquefois môme il n'est pas nécessaire de recourir au toucher, et il suffit de jeter un simple coup d'œil dans l'intérieur de la bouche pour reconnaître à la fois le volume de la tumeur, son siège, sa forme et sa nature. En effet le cancer du voile du palais ne forme jamais une tumeur régulière et bien circonscrite, et on

DIAGNOSTIC. ^'^'

n'a jamais vu jusqu'ici de cliondrôme dans cet organe . Les gommes syphilitiques; il est vrai, n'y sont pas fort rares, et ces petites tumeurs, à l'état de crudité, sont fermes, arrondies et circonscrites. Elles pourraient donc être confondues à la rigueur avec un petit adénùme. Mais elles sont ordinairement multiples, tandis que 1 adénôme est unique. Elles ne font en général vers la cavité buccale qu'une saillie assez faible, parce qu'elles ont leur siège au-dessus de la forte aponévrose qui constitue, pour ainsi dire, le squelette du voile du palais. C'est donc vers le pharynx qu'elles se développent surtout, tandis que les adénomes se développent surtout vers la bouche. On voit que le diagnostic des adénomes palatins est généralement facile.

Les adénomes de la parotide demandent à être distingués spécialement des chondrômes et des hypertrophies ou engorgements chroniques de? ganglions lymphatiques. Ce diagnostic est beaucoup plus épineux que le précédent. Dans les cas ordinaires, le chondrôme est beaucoup plus dur que l'adénome, et ce caractère différentiel est parfaitement suffisant lorsque la tumeur est petite. Mais les chondrômes volumineux peuvent se ramollir et descendre même à un degré de consistance inférieur à celui des adénomes. On voit d'après cela qu'il y a des cas où les deux espèces de tumeurs se ressemblent beaucoup, d'autant mieux que toutes deux ont des contours arrondis, une forme bosselée, une marche ordinairement lente et bénigne. Mais comme elles donnent lieu l'une et l'autre aux mêmes indications thérapeutiques, l'erreur de diagnostic que le chirurgien pourrait commettre ne compromettrait pas les intérêts du malade.

Il existe dans la région parotidienne un certain nombre de ganglions lymphatiques situés, pour la plupart, au-dessous de la glande ; mais il en est de superficiels ; en outre, presque tous les anatomistes admettent qu1l y a quelques ganglions dans l'épaisseur même de la parotide, autour du tronc de l'artère carotide externe. L'engorgement de ces ganglions peut donner lieu à des tumeurs qui se rapprochent beaucoup des adénomes parleur consistance, leur mobilité, la lenteur de leur développement, la bénignité de leur marche, par la régularité de leurs contours arrondis. Enfin, lorsque plusieurs ganglions s'hypertrophicntà la fois, ils peuvent constituer, comme certains adénomes, une tumeur bosselée. On ne s'étonnera pas quedeux affections qui présentent tant de caractères communs, aient été souvent confondues. Jusqu'à une époque presque récente, les adénômes de la parotide ont été constamment considérés comme

des tumeurs ganglionnaires ; mais on sait aujourd'hui que celles-ci sont bien plus rares que les adénômes, à tel point qu'on a môme pu se demander si raflcclion décrite sous le nom d'hypertrophie des ganglions parotidiens n'était pas toujours due à l'hypei-t'-o phie partielle de la parotide. Pour ma part, je n'ai vu qu'une seule tumeur parotidienne qui fût réellement ganglionnaire, mais je n'ai pas vu le malade, et ne puis rien dire, par conséquent, des caractères cliniques. Bauchet dit que les tumeurs ganglionnaires sont douloureuses, chaudes, que leur accroissement est plus rapide que celui des adénômes. Il est clair, d'après cela, qu'il n'a vu dans les parotides que des engorgements ganglionnaires à marche inflammatoire. Or ce ne sont pas ceux-là qui peuvent simuler les adénômes ; quant à ceux qui sont indolents et chroniques, je ne vois pas par quels caractères ils pourraient être reconnus.

Les adénômes de la partie inlérieure de la parotide peuvent se détacher presque entièrement delaglande etsimuler,às'y méprendre, rengorgementdesganglionscemmM:e.J'aiopéré,enl8o7,auxTernesi une de ces tumeurs qui avait le volume d'une très-petite noix, qui était indolente, globuleuse, roulante et située derrière l'angle de la mâchoire et même un peu au-dessous. Elle paraissait tout à fait indépendante de la parotide. Le malade, qui était un jeune homme de i8 ans, avait consulté Velpeau et plusieurs chirurgiens, qui tous avaient diagnostiqué un engorgement ganglionnaire. Sa constitution, quelque peu strumeuse, paraissait confirmer ce diagnostic. 11 yavaitdeux ans que la tumeur avait débuté ; elle faisait des progrès lents, mais continus, en dépit de toutes les médications locales ou générales. Après avoir moi-même essayé sans aucun succès, pendant plusieurs mois, les badigeonnages d'iode, je cédai aux sollicitations du jeune homme et de sa famille, et je pratiquai l'ablation de la tumeur. Je ne fus pas peu surpris de constater à l'œil nu et au microscope, que ce prétendu ganglion était un bel adénôme de la parotide. J'ajoute que j'ai revu l'opéré deux ans après, et qu'il n'avait pas de récidive. J'ai cité ce fait pour montrer jusqu'à, quel point le diagnostic des adénômes parotidiens et des engorgements ganglionnaires peut devenir difficile dans certains cas.

Le diagnostic des adénômes de la mamelle a déjà été fait en partie dans nos généralités sur le diagnostic des adénômes.

Le siège de ces tumeurs fournit un élément important de diagnostic. Elles occupent le plus souvent (18 fois sur 25, Lebert) la circonférence de la glande, surtout la partie supérieure de son bord externe, en tirant vers le tendon du grand pectoral. Lesadé-

DIAGNOSTIC

nômes périphériques paraissent détachés de la glande, mais en exerçant sur eux, avec attention, des tractions légères, on constate que la mamelle leur est unie par un pédicule et se déplace avec eux. Ce caractère est très-remarquable et ne se retrouve pas dans les autres tumeurs mammaires, qui ont, dès l'origine, des connexions pins étroites avec la glande. La multiplicité des tumeurs, lorsqu'elle existe, fournit un autre indice pour le diagnostic. Soit qu'il y ait plusieurs tumeurs distinctes dans la même mamelle, ou qu'il y en ait dans les deux mamelles, l'idée de tumeurs hypertrophiques doit se présenter immédiatement à l'esprit,car le cancer primitif multiple d'unseiil sein, ou des deux seins, est extrêmement rare.

Ces renseignements viendront en aide aux indications générales que nous avons données relativement au diagnostic entre l'adénome et le cancer. Occupons-nous maintenant de quelques questions de diagnostic qui concernent spécialement les adénômes de la mamelle.

On ne les confondra pas avec les indurations chroniques inflammatoires de la glande, et il ne sera même pas nécessaire de recourir pour cela aux commémoratifs. L'induration limi tée à un ou plusieurs lobes forme une tumeur irrégulière, diffuse à sa base, et faisant corps avec le reste de la glande, tandis qu'un adénome de même volume constitue une tumeur bien circonscrite, isolable et mobile par rapport à la mamelle. Si l'induration occupe toute la glande, elle ressemble bien moins encore à l'adénome que dans le cas précédent ; car, à côté de l'adénome, on retrouve toujours une masse glandulaire saine, à moins que l'adénome ne soit assez volumineux pour empiéter sur toute la région et pour masquer la glande proprement dite; mais la tumeur alors est cinq ou six fois plus grosse que ne peutl'êtrel'induration chroniquela plus étendue.

Les kystes de la mamelle peuvent se présenter dans deux conditions différentes. Le plus souvent ils coexistent avec un adénome dont ils ne sont qu'une complication. Quelquefois, cependant, ils sont idiopathiques. Dans ce dernier cas, ils sont ordinairement uniques,leur volume ne dépasse guère celui d'une noix, et leur forme sphérique rappelle celle des adénômes de même volume ; mais leur mollesse et la fluctuation dont ils sont le siège les en distinguent parfaitement car les petits adénômes sont toujours trop fermes pour donner lieu à la moindre apparence de fluctuation. Les tumeurs mammaires polykystiques peuvent acquérir un volume beaucoup plus considérable, et constituer une tumeur bosselée qui ressemble plus ou moins à un adénome du premier type, et qui en

460 DES ADÉNOMES PftOPRRMENT DITS.

réalité est presque toujonrs nn adénômc compliqué de la dilatation kystique d un certain nombre d'acini. L'existence de cette comphcation se reconnaît à la mollesse et à la lluetuation de certaines bosse ures ainsi qu'àla multiplicité de ces bosselures, ou à lagrande inégalUe de leur volume. Les unes sont à peine grosses comme des pois, andis que d'autres peuvent êtrd plus grosses que des noix Les bosselures d'un adénôme non compliqué de kvste, sont beaucoup momsmégales en volume; elles sont aussi, en général moins nombreuses. Quoique les tumeurs mammaires polvkystiques soient presque toujours, comme je l'ai déjà dit, de môme nature que les adénomes, il importe beaucoup de pouvoir les en distinguer, parce qu'elles ne comportent d'autre traitement curatif que l'extirpation, tandis que les adénomes ordinaires peuvent être guéris par la compression. Les caractères que je viens d'indiquer permettront d'établir le diagnostic.

'L'hjpertrophie générale de la mamelle présente une consistance molle à peine supérieure, si même elle l'est, à celle de la glande normale. Elle ne peut donc simuler les adénomes avec prédominance du stroma, qui sont toujours très-durs. Les adénomes avec prédominance des acini sont également beaucoup plus fernies que la tumeur de l'hypertrophie générale, à moins qu'ils n'aient atteint un volume énorme, car c'est alors seulement qu'ils se ramollissent beaucoup. Ce sont donc seulement ces énormes adénomes, occupant et débordant toute la région mammaire, qui peuvent être pris pour des hypertrophies générales.

Nous mettrons d'abord de côté les cas oii l'hypertrophie générale n'occupe qu'un ou plusieurs lobes de la glande, car alors la tumeur est moins volumineuse, elle se continue sans interruption avec les autres lobes, enfin elle a une consistance molle bien différente de la fermeté des adénômes de même volume. Parlons donc maintenant de l'hypertrophie générale et totale du sein.

Celle-ci s'est développée uniformément et simultanément dans toute l'étendue de l'organe, tandis que l'adénome a débuté en un point circonscrit; les malades peuvent toujours foui-nir ce renseignement caractéristique. La tumeur de l'hypertrophie générale a présenté dans son développement peu de changement de consistance, elle n'a pas été dure à son début comme l'est toujours l'adénôme, ou plutôt elle n'a pas eu de début appréciable ; la malade a cru longtemps qu'il s'agissait simplement du développement naturel de l'organe ; elle n'a commencé à s'en inquiéter que lorsque la tumeur a dépassé de beaucoup les dimensions que le sein peut

TRAITEMENT

atteindre chez les nourrices les plus rebondies ; jusque-là elle s'est plutôt félicitée de l'ampliation croissante de ses charmes. Lorsque l'hypertrophie générale est parvenue à un volunrie suffisant pour dissiper cette illusion, elle offre presque toujours une consistance supérieure à celle d'un adénome ramolli de même volume., Elle est plusfranchementglandiilaireautoucher, et onysent non-seulement

les lobes principaux, mais encore les divisions et les subdivisions de ces lobes. Enfin l'hypertrophie générale totale se développe presque toujours de front dans les deux seins à la fois. Les deux mamelles présentent exactement la même forme et le même volume, et il faudrait un hasard bien singulier pour que l'adénome bilatéral reproduisît cette disposition régulière et parfaitement symétrique.

Disons enfin que les énormes adénomes ramollis de la mamelle peuvent descendre jusqu'à une. consistance voisine de celle des lipomes, et présenter comme eux, en certains points, une fausse fluctuation. Mais les lipomes de la mamelle sont rares; et dans les cas dont j'ai pu avoir connaissance, ils étaient bien loin d'atteindre le volume des adénomes assez avancés dans leur accroissement et dans leur ramollissement pour être susceptibles d'être confondus avec des tumeurs graisseuses. Toutefois, il n'y a pas de raison pour qu'un lipome de la mamelle ne puisse atteindre un volume égal à celui-là. Voici donc les caractères propres à établir le diagnostic en pareil cas : le lipome est moins lourd que l'adénôme, chose facile à constater à la main. Lorsqu'on le palpe à pleine main, il est moins élastique, moins rénitent que la tumeurglandulaire.il présente fréquemment une disposition lobée; mais les lobes n'ont pas la régularité, l'uniformité de ceux des gros adénomes ramollis.

§ 5. — Traitement des adénomes.

Les traitements internes et les applications topiques dites résolutives ont quelquefois réussià faire résorber entièrement les adénomes de la mamelle. Je n'en ai pas vu d'exemple, mais j'ai donné des soins, en 1851, à une dame chez laquelle les mercuriaux, administrés à la fois à l'intérieur et en frictions locales, avaient, en un mois et demi, fait résoudre en grande partie un adénome du sein, gros comme un œuf de poule et datant de dix-huit mois. Ce traitement, prescrit et dirigé par Thierry, réduisit la tumeur au tiers environ de son volume. Mais l'année suivante l'adénôme recom-

4C2 DES ADÉNOMES PUOPREMENT DITS.

menga à s'accroilrc, et redevint aussi gros qu'auparavant. Consulté à mon tour, j'appliquai la compression qui en cinq semaines fit disparaître entièrement et définitivement la tumeur (I). Dans ce cas, le traitement interne et les frictions n'ont produit qu'une amélioration passagère, mais je suis convaincu que certains adénômcs peuvent guérir complètement par les mêmes moyens.

M. Lebert dit avec raison que le traitement médical ne* peut avoir aucune prise sur les adénômes volumineux, ou sur ceux qui sont compliqués de kystes, mais il pense qu'il peut agir favorablement sur les adénômes simples et de petit volume, soit en les rendant stationnaires, soit en les faisant rétrograder, et même disparaître. Il donne la préférence à l'iodure de potassium administré à la fois à l'intérieur et en frictions locales. Il a vu également réussir une fois les douches d'eau froide (2). Quant aux applications de sangsues, qu'il recommande dans les cas où la tumeur se complique de tension et de douleur, je ne conseillerai pas d'y avoir recours.

Les nombreux médicaments qui ont été préconisés comme spécifiques du cancer ont dû principalement leur réputation à quelques succès obtenus dans le traitement des adénômes de la mamelle. Il y a toujours lieu de se demander toutefois, si la résolution a été réellement provoquée par l'art, ou si elle ne s'est pas faite tout naturellement. On n'a pas oublié, en effet, que l'adénome peut, dans des cas, il est vrai, fort rares, se résoudre spontanément.

Il est digne de remarque que les cas de guérison spontanée, comme ceux où la guérison a été obtenue par les résolutifs ou les médicaments externes, se rapportent tous aux adénômes de la mamelle. Les adénômes des autres glandes paraissent jusqu'ici rebelles aux moyens non chirurgicaux.

Après avoir bien des fois essayé inutilement, ou du moins sans résultat durable, les divers moyens résolutifs qui ont été préconisés, il m'a paru que le succès était trop incertain et trop rare pour qu'on pût y compter. Il y a d'ailleurs un moyen d'une efficacité remarquable et d'une innocuité complète, auquel je donne la préférence sur tous les autres. Je veux parler de la compression.

Cette méthode n'est malheureusement applicable qu'aux adénômes de la mamelle, car ceux des autres glandes échappent à

(1) Voir l'observation dans le Bulletin de thérapeutique, 18G2, t. LXII, p. 156.

(2) Lebert, Traité des maladies cancéreuses et des affections confondues avec le cancer, p. 384-387. Paris, 1851, in-S".

TRAITEMENT

l'action des bandages. Elle paraît même n'avoir que fort peu d'efficacité dans le traitement des adénomes mammaires mous et trèsvolumineux. J'ai essajé une fois, en pareil cas, d'appliquer un bandage méthodique, sans pouvoir réussir à comprimer uniformément toute la tumeur. Je n'ai pas recommencé cet essai, et je doute d'ailleurs qu'à une époque aussi avancée de leur développement, les adénomes puissent se résoudre.

J'ai tracé, dans la première partie de cet ouvrage, l'histoire du traitement des tumeurs en général, et des adénômes en particulier, par la méthode de la compression (1). On n'a pas oublié que Youn^' est le véritable inventeur de cette méthode, dont Récamier a été le promoteur en France, que ces auteurs croyaient guérir ainsi des tumeurs cancéreuses, et que de nombreux échecs firent bientôt oublier leurs succès. On put donc croire que la compression était une méthode sans efficacité, et, dans le fait, la plupart des tumeurs sur lesquelles on l'appliquait étaient des cancers qu'elle était impuissante à résoudre. Mais elle est, au contraire, très-efficace dans le traitement des adénômes ; et c'est ce que je crois avoir démontré dans un mémoire spécial que j'ai publié en 1862 (2).

Depuis 1851, époque oti j'y ai eu recours pour la première fois chez la dame dont j'ai déjà parlé, et que Thierry avait auparavant traitée, avec un succès passager, par les mercuriaux, j'ai adopté la compression comme méthode générale dans le traitement des adénômes de la mamelle, à l'exception de ceux qui sont compliqués de kystes ou qui sont à la fois bosselés et Irès-volumineux. Je ne puis préciser le nombre des cas dans lesquels je l'ai appliquée; j'avais pris, pendant les premiers tempi;, l'observation de toutes mes malades; mais plus tard, lorsque mes convictions ont été bien arrêtées, j'ai cessé de recueillir les observations avec le même soin, et si je me souviens exactement de toutes les malades que j'ai traitées dans ma pratique privée, je n'en puis dire autant de celles que j'ai soumises à la compression dans les hôpitaux, surtout dans les services intérimaires dont j'ai été chargé lorsque j'étais chirurgien du Bureau central. Il faut bien dire, d'ailleurs, que, sousle rapport de l'appréciation des résultats, la pratique hospitalière laisse beaucoup à désirer ; bien des malades, en effet, demandent leur sortie avant que l'engorgement soit entièrement dissipé, et le résultat dé-

(1) Voy. t. I, p. 40.5-411.

(2) P. Broca, Sur le traitement des adénômes et des tumeurs irritables de la ma' melle^par la compression, dans Bulletin de thérapeutique, 1862, t. LXII, p. 154, 199 et 24G.

^^>^^ DES ADÉNOMES PROPREMEiNT DITS. ^

linilif demeure inconnu. D'autres, gônéespar le bandage, se découragent au premier essai et vont se faire opérer dans un autre ser vice. Pour ces divers mol.ifs, je me trouve dans l'impossibilité de donner ici un relevé numérique rigoureux des cas que j'ai traités mais ce que je puis dire, c'est que la compression, appliquée avec persévérance, est presque toujours elficace, qu'elle guérit complètement et définitivement beaucoup de malades, qu'elle amène chez la plupart des autres, une amélioration permanente qui équivaut à une guérison, que quelquefois enfin elle ne produit que des ellets passagers, mais que jamais je ne l'ai vue donner lieu au moindre accident. D'après cela, je diviserai en trois séries les résultats que j'ai obtenus.

Les guérisons complètes, qui étaient au nombre de six en 1862, sont maintenant au nombre de neuf; mais sur ces neuf malades, il y en a quatre que j'ai perdues de vue peu de temps après leur guérison. Les cinq autres n'ont eu aucune récidive. L'une, celle de 1831, est morte en 1861 d'une affection aiguë de l'abdomen. Deux quej'ai' traitées à Sainte-Foy, en 1853 et en 1857, sont encore aujourd'hui, après onze et quinze ans, parfaitement guéries. Les deux derniers cas sont plus récents : l'un date de deux ans seulement, et l'autre de dix-huit mois. J'ai revu les deux malades il y a peu de temps et constaté que la guérison est complète, qu'il ne reste absolument aucune trace de la tumeur. L'un de ces deux derniers cas mérite une mention particulière. La malade était une dame de 50 ans. Sa tumeur datait de dix mois seulement et faisait toujours des progrès. C'était un adénome du premier type, du volume d'un œuf de poule. Je commençai la compression en mai 1866. En cinq semaines la tumeur se réduisit de moitié; la résolution avait d'abord marché rapidement, puis s'était notablement ralentie; quinze jours de plus n'ajoutèrent que peu de chose au résultat. Sur ces entrefaites, la malade fut appelée en province pour des affaires de famille, et je ne la revis qu'au commencement d'août. Elle me raconta que, dans les premiers jours qui avaient suivi l'ablation du dernier bandage, sa tumeur s'était sensiblement accrue, mais que bientôt, sans aucun nouveau traitement, elle avait com.mencé à décroître. La résolution avait alors marché lentement, mais d'une manière continue, si bien que l'adénôme n'avait plus que le volume d'une coque d'amande. Je jugeai inopportun d'intervenir, et lorsque la malade vint me revoir, au mois d'octobre suivant, il ne restait plus aucune trace de la tumeur. J'ai cru devoir citer ce fait, parce qu'il est exceptionnel. C'est le seul cas oij j'aie vu un adénôme encore vo-

TRAITEMENT. — COMPRESSION. -lOD

lumineux et déjà réduit par la compression, se résoudre entièreraentaprès l'ablation du bandage; mais j'ai vu deux autres fois disparaître peu à peu, au bout de quelques mois, les derniers restes d'un adénome ramené par la compression au volume d'un haricot.

Je range dans une seconde série les cas où la compression, sans amener la résolution complète, a produit une diminution très notable et rendu la tumeur stationnaire. J'avais, en 1862, une dizaine de faits de ce genre; j'en ai depuis lors recueilli au moins quatre autres. J'ai lieu de croire que ce sont surtout les adénomes du deuxième type, avec prédominance de l'élément fibreux, qui se comportent ainsi. Il m'a paru, toutefois, que l'élément glandulaire prédominait dans un de ces cas. La tumeur, au début du traitement, avait le volume d'une orange; elle datait de plusieurs années et était encore en voie d'accroissement. L'embonpoint de la malade, qui était une demoiselle de 40 ans, rendit fort difficile l'application du bandage. Néanmoins la tumeur diminua assez rapidement; au bout d'un mois elle était réduite au volume d'un œuf de poule; le mois suivant elle ne fit aucun progrès vers la guérison ; le traitement fut alors abandonné, mais la tumeur, depuis quatorze ans, est restée stationnaire sous le volume auquel la compression l'a réduite.

Chez une dame qui avait, dans le sein gauche, trois tumeurs, dont la plus grosse avait le volume d'un œuf, une tumeur a disparu; la seconde est réduite au volume d'une petite noix; la troisième n'est pas plus grosse qu'une noisette. Cet état persistait depuis cinq ans, lorsque j'ai vu la malade pour la dernière fois.

Je n'ai pas suivi aussi longtemps toutes les malades chez lesquelles la tumeur a ainsi été réduite à un petit volume par l'action du bandage ; mais je n'ai rangé dans cette catégorie que celles que j'ai revues ou dont j'ai eu des nouvelles au moins six mois après la suppression de la compression.

Parmi ces malades, il en est plusieurs qui ne conservent dans le sein qu'un petit nodule engorgé, dur, indolent, gros comme un haricot ou même comme un pois, qu'on ne découvre qu'en palpant la glande avec attention. Cet état, qui persiste chez elles depuis plusieurs années, peut être considéré comme équivalant à une guérison complète. On peut môme, sans exagération. Considérer comme guéries les femmes qui conservent une tumeur plus volumineuse, mais beaucoup moindre qu'avant le traitement et devenue stationnaire.

Je dois ajouter pourtant que cette amélioration n'est pas toujours

'Tl'JO DES ADÉNOMES PROPREMENT DITS.

déliniLive. J'ai U<iit6 à l'Hôtel-Dieii, en 1854, une femme de 45 ans, pour un adénômc dur, bien circonscrit et gros comme une petite pomme, qui lut réduit, en quelques semaines, à la moitié de son volume primitir. La malade rel'usa de continuer le traitement et sortit de l'hôpital ; mais elle revint me voir six mois après, dans un élatsemblableàcelui où elle était avant la compression. Elle refusa de se soumettre de nouveau au môme traitement. Je l'opérai et constatai que sa tumeur était un adénôme avec prédominance du tissu fibreux.

J'ai lieu de croire que la compression a beaucoup plus de prise sur l'élément glandulaire des adénomes que sur leur élément fibreux. Le petit nodule qui persiste si souvent après une résolution presque complète, est en général très-dur et paraît constitué principalement, peut-être exclusivement, parle stroma fibreux de l'adénôme.

EnOn, dans une troisièm.e série de cas, dont je ne puis préciser le nombre, mais qui sont beaucoup moins nombreux que les précédents, la compression a été sans efficacité ou n'a produit que des résultats tout à fait passagers. Je dois dire que la plupart des malades de cette catégorie ont manqué de persévérance. La compression produit toujours, au moins pendant la jjremière semaine, une gene assez notable de la respiration; quelques malades en ont le sommeil troublé, et, lorsque les résultats du traitement ne sont pas bien manifestes au bout de huit ou dix jours, elles se découragent et refusent de continuer le traitement ; mais je suis loin d'attribuer à cette cause tous les insuccès de la compression. Il m'est arrivé deux fois de renoncer de moi même au traitement après en avoir constaté l'inefficacité. Dans ces deux cas, la tumeur s'affaissa d'abord d'une manière notable pendant la première semaine; puis la résolution ne fit aucun progrès ultérieur, et lorsque, au bout de trois à quatre semaines, je supprimai la compression, les tumeurs revinrent promptementà leur volume primitif. J'ai opéré Tune de ces malades, qui avait un adénôme du deuxième type. J'ai perdu l'autre de vue.

Les faits que je viens de résumer permettent, je pense, d'établir en principe que les adénômes mammaires, de petit et de moyen volume, doivent être traités par la compression, attendu que cette méthode est presque toujours efficace, souvent tout à fait curative, et, en tout cas, exempte d'inconvénients sérieux. Le seul reproche qu'on puisse lui faire, est d'imposer aux malades, au moins pendant les premiers jours, une gêne assez notable ; mais cet inconvc-

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