‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 100 sur 158 · APPLICATION DE LA COMPRESSION · texte numérisé non relu

APPLICATION DE LA COMPRESSION

plastiques, au moyen desquelles il fixait sur la tumeur une lame de plomb, ou d'étain, ou un tampon de linge. Ce fut par ce procédé qu'il put maintenir pendant près de deux mois une compression sur la lèvre du nommé Lea, dont il a été question plus haut. MM. Trousseau et Velpeau ont montré tout le parti qu'on peut tirer de ces bandages en sparadrap, dans le traitement des inflammations de la mamelle. Mais on sait que, chez beaucoup de sujets à peau fine et délicate, le contact prolongé du sparadrap produit des érythèmes et des excoriations. Lorsqu'on emploie la compression pour combattre un état inflammatoire, on ne la laisse en place que pendant peu de jours, et l'inconvénient que je signale est assez minime; il est plus sérieux lorsqu'on se propose de faire atrophier une production accidentelle; car alors, le bandage doit être maintenu plusieurs semaines, ou même plusieurs mois. Dans la région mammaire, les bandages circulaires en sparadrap ont un autre désavantage ; étant privés d'élasticité, ils gênent la respiration bien plus que les bandages en toile. Je ne m'en suis servi qu'une fois, pendant une seule semaine, et j'ai été obligé d'y renoncer; la malade avait entièrement perdu le sommeil; elle supporta, au contraire, très-bien les bandes de toile que j'employai jusqu'à la fin du traitement.

La région mammaire étant celle oxx on est le plus souvent appelé à pratiquer la compression, soit pour guérir des adénômes ou des engorgements chroniques d'origine inflammatoire, soit pour combattre les douleurs de la mamelle irritable, soit pour pallier certaines complications des cancers inopérables, je crois devoir donner ici quelques conseils sur le mode d'application qui m'a paru mériter la préférence.

L'appareil se compose de deux parties, le bandage proprement dit, qui entoure toute la poitrine, et le disque compresseur qui repose sur la tumeur et lui transmet l'action du bandage.

Young employait ordinairement, comme disque compresseur, une plaque de plomb ou d'étain, exactement moulée sur la tumeur. M. Raimbert, il y a quelques années, s'est servi d'une plaque de ferblanc pour comprimer la mamelle enflammée. Ces moyens me semblent défectueux, parce que les corps métalliques ne sont pas assez flexibles pour suivre le retrait quelquefois rapide de la tumeur. Les rondelles superposées d'agaric, préconisées par Récamier, me paraissent bien préférables. J'ai une fois interposé entre le bandage et les rondelles d'agaric une laonc de plomb. La malade, qui était atteinte d'adénôme, a bien guéri; mais, en comparant ce cas aux autre'9, il m'a paru que la plaque métallique était une complication

COMPRESSION

inutile. Elle sert seulement à fixer les rondelles d'agaric, qui ont de la tendance à glisser au-dessous de la tumeur, lorsque le bandage vient à se relâcher, et on peut atteindre ce but bien plus simplement en épinglant les rondelles sur les premiers tours de bande.

Je ne décrirai pas l'application du bandage, ni les précautions nécessaires pour protéger, avec de l'ouate, la peau fine et humide des aisselles, pour protéger surtout la mamelle du côté sain. Celle-ci doit être relevée au-dessus du bandage, et on peut le plus souvent la laisser presque entièrement libre. Chez beaucoup de femmes, et en particulier chez celles qui sont maigres, les tours de bande circulaires, ou à peu près circulaires, suffisent parfaitement; mais il est des cas où l'on est obligé d'y joindre quelques tours de bande obliques, passant sur l'épaule du côté sain.

Une précaution tout à fait indispensable consiste à fixer les unes sur les autres les bandes imbriquées, à l'aide d'un très-grand nombre d'épingles. Sans cela, le moindre relâchement permettrait aux bandes de glisser, et la compression deviendrait illusoire au bout de quelques heures. Les épingles donnent au bandage une telle solidité, qu'il peut rester en place pendant huit et même quinze jours, sans subir le moindre dérangement. Enfin, il va sans dire que deux fortes bretelles, semblables h celles du bandage de corps ordinaire, doivent être fixées sur les bandes supérieures.

Le traitement des tumeurs mammaires par la compression exige de la part du chirurgien beaucoup d'attention et d'assiduité, et de la part des malades une certaine résignation. Les femmes, habituées par l'usage du corset à respirer suivant le (ype costo-supérieur, souffrent en général beaucoup, pendant les premiers jours, d'une constriction assez forte pour empêcher la dilatation de la partie supérieure de la poitrine. Plusieurs éprouvent dans le décubitus horizontal une véritable dyspnée, et j'en ai connu une qui, pendant la première semaine, ne put dormir qu'assise dans un fauteuil. Il faut tenir compte de ces conditions pour ne pas décourager les malades. J'ai donc pris l'habitude de procéder d'abord avec beaucoup de modération, au risque de rendre le traitement un peu plus long. D'un autre côté, il ne faut pas que la constriction soit trop légère, parce que le meilleur moyen d'entretenir la confiance des femmes, est de leur faire constater que leur tumeur a déjà subi, au bout de peu de jours, une diminution notable. Lorsqu'elles sont une fois convaincues de l'utilité de ce traitement, on peut agir avec plus de force, sans craindre de les décourager.

Les premiers effets de la compression sont rapides ; il est rare

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