PRODUCTION DE LA CHALEUR ÉLECTRIQUE
eu le mérite d'ériger en méthode générale une pratique employée jusqu'alors sans aucune suite, de la régulariser, de la perfectionner, et d'en démontrer les avantages. Pour arriver à ces résultats, il fallait un homme qui fût à la fois chirurgien et électricien; M. Middeldorpf a été cet homme. Il a en outre inventé un grand nombre d'instruments pour remplir les diverses indications opératoires ; parmi ces instruments nous citerons Vanse coupante, qui diffère entièrement du fil simple usité avant lui, et le galvanocautère qui se manie comme un bistouri.
Avant de parler des opérations galvanocaustiques, je dois exposer les principes généraux sur lesquels repose la méthode et décrire les appareils à l'aide desquels on peut manier avec précision le calorique dégagé par les courants galvaniques.
Ces appareils se composent 1° d'une pile, 2° de deux conducteurs métalliques, gros, longs et flexibles, adaptés respectivement par l'une de leurs extrémités aux deux pôles de la pile, et libres par l'autre extrémité; 3° d'un conducteur métallique intermédiaire qui doit seul être échauffé par le courant.
Pour éviter toute confusion de langage, nous désignerons exclusivement sous le nom de rhéophores les deux conducteurs adaptés aux pôles, et nous réserverons le nom de conducteur à la pièce métallique intermédiaire.
Dès que les deux rhéophores sont appliqués sur le conducteur, le circuit est fermé, les deux électricités contraires se précipitent l'une vers l'autre sous forme de courant continu, et, si les conditions de dégagement et de transmission du fluide électrique sont convenables, le conducteur s'échauffe sans que la température des rhéophores s'élève d'une manière notable. En quelques instants le conducteur atteint un certain degré de chaleur, qui persiste ensuite sans changement pendant toute la durée du courant, pourvu que celui-ci soit constant.
La quantité de calorique dégagée est extrêmement variable suivant les conditions où l'on se place. Quelquefois l'élévation de température est tout à fait inappréciable ; d'autres fois elle peut aller jusqu'à fondre le platine, ce qui suppose une chaleur supérieure à celle des hauts fourneaux. Tout dépend de la nature de la pile, de celle des rhéophores et de celle du conducteur. Ceci nous conduit à étudier les circonstances à la faveur desquelles la chaleur galvanique se manifeste.
Toutes choses égales d'ailleurs, le dégagement de calorique, en un point quelconque du circuit, est proportionnel à la quantité d'é-
•'^Si GALVANOCAUSTIE.
lectricilé qui dans un temps donné passe par ce point. Il est donc d'autant plus considérable que la source de l'électricité est plus abondante, c'est-h-dire qu'il s'accroît avec Vintensilé de la pile. Or, l'intensité de la pile est en rapport avec l'étendue en surface des éléments de chaque couple. Il faut donc prendre des piles k grandes surfaces pour pratiquer la cautérisation galvanique. C'est pour cela que M. Middeldorpf a donné la préférence à la pile de Grove, pile à deux liquides dont les éléments sont disposés comme dans les couples de Bunsen, avec cette différence toutefois que le cylindre de charbon est remplacé par plusieurs minces lames de platine, entrecroisées en étoile, de manière à fournir une grande surface dans un espace assez restreint.
Ceci dit de la pile, occupons-nous des parties qui constituent le circuit. Si les deux rhéophores et le conducteur formaient un ensemble homogène, le calorique se produirait uniformément dans toute leur étendue, et ne pourrait être utilisé dans les opérations chirurgicales. Il s'agit autant que possible de chauffer le conducteur sans chauffer les rhéophores, et pour remplir cette indication il est nécessaire de déterminer la cause du dégagement de la chaleur électrique.
Celle-ci, avons-nous dit, est proportionnelle en chaque point du circuit à la quantité d'électricité qui passe parce point. Mais ce n'est là qu'un des éléments de la question. Tous les points du circuit donnent passage, dans le môme temps^ à la même quantité d'électricité, et cependant tous ne s'échauffent pas au même degré, à moins que le circuit ne soit homogène.
Pour que la chaleur électrique se manifeste, il faut que le courant rencontre un obstacle et qu'il le surmonte. L'électricité qui s'écoule librement ne dégage presque pas de chaleur. L'élévation de température est l'expression, en chaque point, de la résistance vaincue.
Les obstacles qui entravent le passage de l'électricité peuvent dépendre de trois conditions bien diflerentes, savoir : la nature des parties qui forment le circuit, leur volume et leur longueur.
1" Parlons d'abord de leur nature. Tous les métaux ne conduisent pas également l'électricité. Le fer, le cuivre, la conduisent trèsbien, l'or et le platine résistent beaucoup plus. Supposons que le conducteur et les deux rhéophores soient exactement pareils par leur forme et par leur volume, mais que les deux rhéophores soient en cuivre, et que le conducteur soit en platine. Dans de pareilles conditions, rélectricité trouvera plus de résistance dans le conduc-