DEUXIÈME ET TROISIÈME DEGRÉS
Fig. 3.
Je pourrai maintenant décrire en peu de naots les lésions qui accompagnent les deux autres degrés des tumeurs érectiles.
Deuxième degré : dilatation irrégulière. — Beaucoup de tumeurs érectiles persistent un grand nombre d'années, et acquièrent un grand développementsans passer à ce deuxième degré, qui peut au contraire quelquefois se manifester sur des tumeurs encore assez petites et même sur de simples taches cutanées sans tuméfaction appréciable. Ces différences dépendent du plus ou moins d'épaisseur et de résistance des parois des capillaires dilatés.
Lorsque celles-ci sont peu solides, elles cèdent très-inégalement sur les divers vaisseaux, et donnent lieu à des bosselures fusiformes, cirsoîdes OQ sacciformes, qui rappellent en pe-
lit sous le microscope l'apparence des paquets variqueux. La figure 3, que j'emprunle à M. FoUin, donne une idée de cette disposition (I). Dans un cas de tumeur érectile du bras^ M. Robin a vu la dilatation latérale d'un capillaire donner lieu à un véritable sac qui s'abouchait dans le vaisseau par un orifice rétréci (2).
Troisième degré: ruptures, — Les parois des petits vaisseaux dilatés peuvent finir par se rompre, et alors le sang se creuse, dans le tissu conjonclif qui constitue le stroma de la tumeur^ des cavités irrégulières qui communiquent toutes ensemble, et qui souvent communiquent avec plusieurs vaisseaux {fig, 4). Ces cavités, d'abord fort petites, et visibles seulement au microscope, peuvent s'agrandir outre mesure et former des poches spacieuses, larges de un et même de plusieurs millimètres. C'est alors que le tissu de la tumeur ressemble d'une manière frappante à celui du corps caverneux de la verge. On a élevé des doutes sur la réalité de cette structure caverneuse, indiquée par John Bell^ et plus tard par Dupuytrcn,qui ont commis une erreur manifeste en s'cfi'orçant de ramener toutes les tumeurs érectiles à ce type. Ils ont pris pour la règle ce qui n'est que l'exception, pour la lésion essentielle une al té ration consécutive, survenue pendant l'évolution du mal. Ils ont étudié surtout les
{\\ Follîn, Traité de pathologie externe, Paris, I8CI, iu-'.*, p. ?0C. (2) Menu de la Soc. de inoiogie, I8&3, sér. 1, t. V, p. 177.
tumeurs qui aTaient fait de grands progrès, et qui étaient devenues assez inquiétantes pour nécessiter l'extirpation au bistouri. Or il est permis de croire que les tumeurs à structure caverneuse ont en général plus de tendance à s'accroître que les autres. Tant que les parois vasculaires conservent leur continuité, elles opposent une barrière à la force d'expansion du sang; mais lorsque celui-ci est épanché dans les tissus^ lorsqu'il remplit des cavités privées de parois propres, il s'infiltre de proche en proche avec facilité, et les progrès du mal deviennent plus rapides. Il est donc naturel que la structure caverneuse soit d'autant plus fréquente qu'on examine des tumeurs plus avancées dans leur développement. Ainsi s'explique, en partie du moins, l'erreur des chirurgiens qui ont considéré cette disposition comme le caractère fondamental de toutes les tumeurs érectiles. Hâtons-nous d'ajouter toutefois que même les tumeurs les plus volumineuses sont loin de présenter toujours la structure d'un tissu caverneux. Celle-ci est assez exceptionnelle pour que beaucoup d'auteurs n'en aient jamais vu d'exemple bien caractérisé. Le plus souvent les cellules que l'on croit apercevoir sur la coupe, ne sont que les ouvertures des Taisseaux dilatés et divisés en travers. J'ai extirpé il y a une dizaine d'années une tumeur érectile veineuse de la lèvre inférieure, qui me parut au premier abord tout à fait conforme à la description donnée par Dupuytren ; mais, en disséquant attentivement la pièce, je m'assurai que la tumeur n'était qu'un lacis vasculaire, et l'examen microscopique me montra que les cavités possédaient des parois propres semblables à celles des vaisseaux capillaires. Des observations plus ou moins analogues ont été faites un grand nombre de fois^ et, par suite, on a été conduite nier l'existence des tumeurs érectiles caverneuses. La vérité est entre celte opinion exclusive et l'opinion non moins exclusive de Dupuytren. L'état caverneux, quoique rare, a été constaté plusieurs fois par des observateurs dont la compétence reconnue ne peut laisser place à aucun doute. 11 me suffira de citer deux faits que j'emprunte à MM. Lebert et Robin. Dans le cas de M. Lebert, il s'agissait d'une tumeur érectile volumineuse développée dans l'épaisseur du triceps brachial et dont le tissu, examiné à l'œil nu, présentait quelque ressemblance avec celui du placenta. Au microscope M. Lebert reconnut que cette masse morbide était constituée principalement par des capillaires dilatés, mais en plusieurs points des ruptures s'étaient produites, et avaient donné lieu à la formation de cavités multiples, aréolaires^ représentées sur la figure 4 que j'emprunte au magnifique ouvrage