‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 61 sur 103 · TRAITEMENT. — CAUTÉRISATION FILIFORME · texte numérisé non relu

TRAITEMENT. — CAUTÉRISATION FILIFORME

joste de dire que M. Yelpeau avait étudié depuis 1830 l'oblitératioii des artères et des veines par racupuncture ; mais il n*y a aucune parité à établir entre les phénomènes décrits par M. Yelpeau et ceux qui ont servi de base au procédé de Lallemand. M. Yelpeau se proposait de faire déposer un caillot sur la pointe de l'aiguille introduite dans la cavité d'un gros vaisseau, tandis que Lallemand cherchait seulement à faire naître une inflammation curative.

Lorsqu'on traite une tumeur érectile par l'acupuncture, il n'est pas nécessaire de l'attaquer tout entière en une seule fois. Si elle est volumineuse, il vaut mieux, à l'exemple de Lallemand, introduire les épingles en plusieurs séances. Les épingles doivent en général séjourner 7 à 8 jours dans les tissus. 'Toutefois, l'intensité de la réaction inflammatoire peut obliger le chirurgien à les retirer plus tôt.

Au lieu de larder la tumeur d'un grand nombre d'épingles, on peut se borner à en introduire quelques-unes, et s'en servir pour établir une suture entortillée par-dessus la* peau. Au bout de quatre jours, on enlève le fil et les épingles. J'ai déjà décrit le procédé de M. Fayolle, de Guéret, qui se sert de cette suture entortillée, tantôt pour faire tomber les tumeurs érectiles par ligature, et tantôt pour les guérir par simple oblitération (I).

Auguste Bérard, pour augmenter l'efficacité de l'acupuncture, introduisait d'abord dans la tumeur un certain nombre d'épingles qu'il laissait en place pendant 5 à 6 jours. Puis il les retirait, et poussait dans leur trajet, avec une petite seringue à siphon de platine, une injection de nitrate acide de mercure. Mais il ne tarda pas à renoncer à ce procédé, qui avait provoqué plusieurs fois des accidents fâcheux (S). ^

La cautérisation linéaire, ou filiforme, a été employée par Bushe (3) et par Garrondu Yillards. Le premier introduisait successivement dans la tumeur un certain nombre d'aiguilles rougies au feu. Garron du Yillards mettait d'abord en place toutes les épingles, qui étaient fort longues, et dont les tôtes, réunies à quelque distance de la peau par un petit nœud métallique, étaient chauffées par la flamme d'une petite bougie. La surface de la peau était protégée par une petite couche d'huile. La chaleur se propageait le

(I) Voy. t.1, p. 521.

(3)Bénrd et Denonvilliers, Compencfium de chirurgie pratique ^ t. l,p. 642, Paris, 184&, fraod îd-S*.

(3) Cité dans John Warren, Surgical Olservationt un Tumours^ Londoa, 1839 ia-S% p. 418.

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long des épingles^ et la cautérisation s'effectuait ainsi sur leur trajet (1).

La cautérisation filiforme peut être pratiquée aujourd'hui avec beaucoup plus de précision, grâce à la méthode galvano-caustique. Un ou plusieurs fils de platine sont passés à travers la tumeur, et mis en communication avec une pile galvano-caustique. Ce moyen, employé en 1852 à Londres, par M. Hilton, et à Paris, par M. Nélaton, avec le concours de M. Regnault, a été singulièrement perfectionné par M. Middeldorpf, qui lui a dû un grand nombre de succès. M. Middeldorpf se sert tantôt du séion incandescent dont nous venons de parler, tantôt du petit cautère très-aigu qui sert à cautériser la pulpe dentaire; ce cautère, chauffé au rouge vif, est introduit plusieurs fois de suite dans les diverses parties de la tumeur (2).

Le procédé du séton ou des sétons multiples, bien différent de celui qui précède, se pratique avec une aiguille à coudre enfilée d'un fil qu'on passe une ou plusieurs fois à travers la tumeur, et qu'on y laisse séjourner plusieurs jours, plusieurs' semaines, et même plusieurs mois. Employés d'abord par Macilig^ain (3), Lawrence et Fawdington, les sétons étaient à peu près abandonnés, lorsqu'ils furent remis en usage par Aug.Bérard, qui, pour les rendre plus efficaces, imagina de se servir des fils de manière à pratiquer une sorte de ligature sous-cutanée (i), mais qui ne réussit pas à faire pénétrer ce procédé dans la pratique.

(1) Carroii du Villards, Maladies des yeux, t. I, p. 3S7, Parii, 1847, in-8«, et BuiL de thérapeutique, 1837, t. XII, p. 71.

(2) Albr. Theod. Middeldorpf, Die Gahanocaustik, ein Beitrag zur operaiivem Mt* dicin. Breslau, 1854, in-S», p. 108-125. — Voyez aussi plas haat t. I, p. 632. JOepuis 1854 M. Middeldorpf a recueilli soit par lai -même, soit par ses élèves, un grand nombre de faits favorables, et la cautérisation filiforme est le procédé qu'il emploie de préférence dans le traitement des tumeurs érectiles. C'est ici le lieu de dire que M. Sédillot, dans son Traité de médecine opératoire, publié en 1853 (t. I, p. \\h\ parle d*une tumeur érectile qu'il aurait guérie en 1849 au moyen de la cautérisation électrique. Le texte étant assez obscur, Je me suis demandé si Tautear avait employé le fil de platine comme séton ou comme moyen d'ablation ou de deetnxtion. J'ai donc cherché cette observation dans les thèses et les Journaux de ia49« époque où H. Sédillot dit l'avoir publiée; mes recherches ayant été vaines, )e me suis adressé, il y a cinq ans, à H. Sédillot lui-même, qui m'a répondu, au bout de quelques mois, qu'il n'avait pu retrouver son observation. D'après cela, et Joaqu'à nouvel ordre, Je dois laisser à M. Hilton la priorité de l'application de la galvaii»> caustie au traitement des tumeurs érectiles.

(3) Macilwain, on i4ccoun/ oftwo Cases of deep seated Nœvus, treatedby the Introduction ofSeton dans Med, Chir, Transactions, vol. XVIll, p. 180 (1833). L'auteur annonce lui-même qu'il a été précédé par Lawrence et par Fawdington.

(4) Compendium de chirurgie. Loc. cit.

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