‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois; (volume 2)Chapitre 58 sur 110 · CONSERVATION A L AIR LIBRE · texte numérisé non relu

CONSERVATION A L AIR LIBRE

et prendre soin de les défaire de temps en temps, de façon à retourner les faces de chaque pièce et à mettre en haut des piles les pièces qui étaient en bas, et inversement. Cela est d'autant plus nécessaire qu'au fur et à mesure des besoins, on prend toujours dans le haut des piles, c'est-à-dire dans les bois les plus récents et les moins secs, ce qui est fâcheux.

Art. il — EMMAGASINAGE.

Le meilleur procédé pour conserver le bois consiste à Tenipiler sous des hangars. Dans les pays chauds, ces hangars doivent être construits en maçonnerie pour être moins perméables à la chaleur, et faiblement ventilés pour éviter une dessiccation trop rapide des bois. Dans les climats froids, on construit les abris en planches goudronnées, et on établit à leur intérieur, une active circulation par les temps secs. Cette dernière précaution est surtout indispensable dans les grands chantiers maritimes, car le Lymexilon pénètre volontiers sous les hangars mal aérés, et y cause de grands ravages.

AnT. III. — CONSERVATION SOUS L'EAU.

L'immersion prolongée des bois dans Teau dissout la plus grande partie de la sève et rend le bois imputrescible. On trouve çà et là, des troncs de chêne enfouis depuis des siècles dans la vase et parfaitement conservés cependant. La dissolution de la sève se fait plus vite dans l'eau douce que dans l'eau salée ; mais la pourriture renfermée en germe dans une pièce gagne rapidement dans la première et s'arrête dans la seconde. L'immersion dans l'eau de mer serait donc un moyen excellent de conservation pour les bois, si ces derniers n'étaient pas exposés aux attaques du Taret naval.

Fig. 135.

212 CONSERVATIO DES BOIS

Pour se préserver des atteintes de ce mollusque, on a imaginé divers dispositifs. Le Taret ne vivant pas dans Teau saumâtre, on a établi les dépôts de bois dans le voisinage de Tembouchure d'une rivière (dépôt de la Penfeld au fond du port de Brest). On a aussi utilisé des espaces séparés delà mer par une écluse et dans lesquels on fait arriver un mince filet d'eau douce. On vide de temps en temps ces bassins de leur eau de mer, et ou les remplit d*eau douce qui détruit les Tarets (anse de Kerhnou à Brest, dépôt de Lagoubrau à Toulon). Profitant de cette remarque de l'ingénieur Sgauzin que le Taret ne peui vivre dans une zone pélagique située un peu audessus du niveau des marées, on a encore employé des plages qui découvrent par la marée. La plage doit avoir une hauteur telle, que les bois qui y sont étalés ne restent jamais assez longtemps découverts pour être desséchés dans quelques-unes de leurs parties. Si, en efl'et, ces bois perdaient leur humidité et se desséchaient sous rinfluence du soleil, ils se dégraderaient très vite. A Lorient, où ce procédé est appliqué, la zone protectrice a une hauteur de 80 à 90 centimètres. Enfin le Taret ne séjournant que dans Teau limpide, on recouvre, à Cherbourg, les bois de 0"*,25 de vase ou bien encore on les enterre dans le sable vaseux; mais la manutention des pièces est alors extrêmement pénible.

Pour retrouver plus commodément les bois, on divise la plage en un certain nombre de compartiments séparés par des fossés, et on place dans chacun d'eux des pièces d'essences et de dimensions connues, que signalent des poteaux indicateurs.

Les chênes et les ormes, employés comme bordages dans les arsenaux, sont généralement conservés par ces procédés. Il en est de même des résineux destinés à la mâture. Pour ces derniers, une courte immersion est avantageuse, en ce sens que Teau s'oppose à l'évaporation de la résine et à la pourriture de l'aubier et par conséquent conserve l'élasticité du bois. Mais, si l'immersion se prolonge trop longtemps, l'aubier et même les premières couches du cœur se ramollissent, et le bois perd son nerf.

Les bois feuillus conservés dans Teau ne peuvent être employés de suite dans les constructions ; il faut les laisser sécher au moins trois ans dans les hangars pour qu'ils perdent entièrement leur humidité et qu'ils ne soient pas exposés à se fendre. Les bois résineux sont moins longs à se dépouiller de cette humidité. Mais ils prennent en séchant un retrait très prononcé. S'il s'agit de faire des vergues ou des mâts d'une seule pièce, ce retrait n'offre aucun inconvénient, et l'on peut travailler les pièces à leur sortie de l'eau. S'il s'agit au contraire de mâts d'assemblage, les bois doivent être travaillés secs, sans quoi le retrait détruirait l'assemblage.

Page 1